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Jean-Hugues Ratenon a été entendu, son domicile perquisitionné

Emploi

Témoignages.re / 14 août 2003

Décidément, la journée d’hier a été rude pour celles et ceux qui défendent les plus défavorisés. En milieu de matinée, ce sont les policiers du commissariat de Saint-Benoît qui ont débarqué en pleine rencontre entre membres du Collectif Emplois en Danger (CED) et responsables de l’agence locale de l’ANPE. Le président du CED a été emmené par les policiers et son domicile perquisitionné. Quelques heures plus tard, c’était Samuel Mouen, président de la CACEP (Coordination des associations de lutte contre le chômage, l’exclusion et la précarité) qui était emmené manu militari, selon les déclarations du principal intéressé, par le GIPN. Le premier devait être interrogé à la suite d’une plainte déposée par l’AMDR, l’autre sur une vague histoire d’insultes à agent.

Jean-Hugues Ratenon savait qu’il devait rencontrer les forces de l’ordre, pour répondre à leurs questions, suite à une plainte déposée par l’AMDR (Association des maires du département de La Réunion). En effet, le CED (Collectif Emplois en Danger) s’était installé dans les locaux de l’association, début juin, afin de poser la question des aides-éducateurs, dont le contrat allait s’achever quelques semaines plus tard.
Jean-Hugues Ratenon ne comprend pas : il a eu différents contacts avec l’AMDR et « jamais il ne m’a été dit qu’il y avait eu un problème », souligne le porte-parole du CED. Ce problème, ce serait vol de documents et autres objets, violation du secret de documents contenus dans les dossiers ou dans les ordinateurs...
Et Jean-Hugues Ratenon ne comprend pas non plus pourquoi on ne l’a pas laissé terminer sa rencontre avec l’ANPE, alors qu’il avait fait savoir qu’il ne se déroberait pas à cette convocation des forces de police, mais qu’au vu de l’actualité chargée de ces derniers jours, il se proposait de différer, de quelques heures, cette convocation.
Cela n’a donc pas pu se faire. Et Jean-Hugues Ratenon a été emmené par les policiers du commissariat de Saint-Benoît, en pleine réunion, afin qu’il puisse être interrogé par les gendarmes de Saint-Denis. Ceux-ci étaient en civil, raconte Jean-Hugues Ratenon. Ils lui ont alors fait connaître ce qu’on semblait lui reprocher. Il répondait aux questions qui lui sont posées.
Puis on lui demande s’il voit un inconvénient à ce que son domicile soit perquisitionné. Jean-Hugues Ratenon consent à cette perquisition, mais demande à être présent. Ce qui est tout à fait normal, non seulement juridiquement parlant, mais encore sur un plan humain : le porte-parole du CED est père de famille. Une perquisition qui, bien évidemment, ne donnera rien. Et pour cause : il n’y avait rien à trouver.
Et bien des questions demeurent : pourquoi avoir choisi le moment où Jean-Hugues Ratenon est en conférence de presse, donc en présence de journalistes, et où il a choisi de se rendre à l’ANPE, donc en présence de public, pour procéder à son interpellation ? Que cherchait-on ? Il était bien évident qu’une telle action ne pouvait que surprendre celles et ceux qui y assistaient.
Évident aussi que ces jeunes - ou moins jeunes - Réunionnais allaient être choqués des méthodes employées vis à vis de l’un des leurs. Mais une fois de plus, restant fidèles à leurs convictions de toujours, les membres du CED ont choisi de ne pas répondre aux provocations.
Ainsi, ce qui ressemble fort à un tentative de déstabilisation d’un responsable associatif, qui aurait pu contribuer à encore plus électrifier un contexte social tendu, a échoué. Lamentablement. Et les attaques contre Samuel Mouen sont tout aussi déplorables.

Protestation du Parti Communiste Réunionnais
Le PCR a publié hier à 13 heures 15 le communiqué suivant : « Nous avons appris que des gendarmes sont intervenus au cours d’une conférence de presse donnée ce mercredi matin par le Collectif Emplois en Danger pour venir y chercher Jean-Hugues Ratenon et l’emmener à la gendarmerie.
Le président du Collectif avait été effectivement convoqué à la gendarmerie de Saint-Benoît afin d’être entendu sur une plainte portée par l’Association des maires de La Réunion à la suite d’une occupation de ses locaux.
Selon les informations que nous avons pu recueillir, Jean-Hugues Ratenon avait obtenu que sa convocation soit reportée à une date ultérieure.
Le président du Collectif n’avait donc pas l’intention de se dérober.
Après avoir été rapidement entendu à la gendarmerie de Saint-Benoît où il avait été transporté, Jean-Hugues Ratenon a été conduit à son domicile vers 12 heures 30 en vue d’une perquisition.
Nous nous étonnons de la manière avec laquelle on a procédé à son égard, en venant le chercher en pleine conférence de presse, devant les journalistes et devant ses amis. Le départ pour la perquisition au domicile de l’intéressé s’est aussi fait au vu et au vu de tous.
Nous dénonçons cette volonté d’humilier un jeune réunionnais. Cette initiative intervenant dans un contexte social très tendu où le désespoir est grandissant, ne va pas aider à calmer les esprits.
Selon une rumeur qui circulait en fin de matinée, Samuel Mouen, autre dirigeant du mouvement des exclus et des précaires, avait été, lui-aussi, interpellé par les forces de police et interrogé »
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Attention : "alliances"
Dans son éditorial d’hier, Jean-Louis Rabou, rédacteur en chef du "Quotidien", ne pouvait pas manquer l’occasion, une fois de plus, de piétiner les Réunionnais. Des Réunionnais qui se rassemblent, qui décident, ensemble, de voir comment ils pourraient faire pour préparer au mieux l’avenir de leur île, pour calmer les inquiétudes grandissantes. Ces inquiétudes, tous les élus les ont ressenties. En particulier, les maires. Car, plus que tout autre élu, ceux sont eux qui sont en prise directe avec la population, ses demandes, tant d’emploi que de logement. Deux compétences d’État mais que les maires sont bel et bien obligés d’assumer. Toujours est-il que s’il y a menace, pour Jean-Louis Rabou, celle-ci ne vient pas de là où l’on croit. Il y avait pas menace sur le nombre de contrats emploi-solidarité. Pour le rédacteur en chef du "Quotidien", il y a menace dès que des Réunionnais affichent publiquement leur volonté de s’en sortir, de se mettre autour d’une table pour trouver des solutions réunionnaises aux problèmes réunionnais. Cette orientation est certes une idée fortement soutenue depuis toujours par le PCR, mais celui-ci n’en est pas le maître absolu. Les idées, lorsqu’elles sont percutantes, sont, dans un premier temps dénoncées, dans un deuxième temps, mises de côté, dans un troisième, mises en discussion et enfin, dans un quatrième et dernier temps, analysées et adoptées par tous. C’est ce qui vient d’arriver, avec l’idée de cette table ronde, de ce « rassemblement » (avec les guillemets dans la version Rabou). Les élus du Département viennent d’apporter un sacré démenti aux hypothèses du rédacteur en chef du "Quotidien" qui pensait que c’était "un truc" du PCR en vue des élections.
Cette idée de tuer dans l’œuf toute possibilité de l’affirmation d’une Réunion qui gagne est l’une des constantes des éditoriaux de Jean-Louis Rabou.

D. B.
"Un seul être vous manque et tout est dépeuplé"
"Le maire n’est pas là ! Où il est le maire ? Pourquoi il n’est pas là le maire ?" Voilà les questions angoissées qui ont occupé l’esprit du journaliste du "Quotidien" lors de la manifestation de mardi pour la défense des CES. Questions jugées suffisamment importantes pour faire l’objet d’un "Gros plan". Un journaliste est toujours libre de s’interroger sur ce qu’il veut, y compris les absents, mais cela révèle en même temps son mécanisme de pensée. Et là, cette réaction est quelque peu contradictoire.
Alors que ce journal est toujours prompt à dénoncer "le pouvoir des maires", l’absence d’un maire pose problème à son journaliste alors que conseillers et conseillères étaient présent(e)s. N’est-ce pas une vision bien hiérarchique et même autocratique d’une gestion municipale qui se manifeste ainsi ? Or, Le Port est géré par une équipe municipale cohérente dans sa diversité et non par un seul homme.
Y aurait-il dans les supputations du journaliste l’hypothèse implicite selon laquelle le maire ne serait pas d’accord pour défendre l’emploi des CES ? Bien mauvais procès que celui-là, contredit par une politique ancienne et constante de défense des plus démunis qui n’a rien à voir avec des échéances électorales.
Mais, peut-être nous trompons-nous. Le journaliste du "Quotidien" a simplement voulu manifester une sollicitude étonnante vis-à-vis d’un élu du Port : « un seul être vous manque et tout est dépeuplé », disait le poète Lamartine. Qu’il se rassure ! population du Port et équipe municipale gardent le cap.