La Plaine des Cafres

Jean-Yves Minatchy : « À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, mesures exceptionnelles »

Situation dramatique pour les éleveurs sinistrés

26 septembre 2003

« I fo 15, 20 an pou monte in élevage, an dé, troi moi, i pé foute toute en lèr »". S’exprimant devant une quinzaine d’éleveurs de la Plaine des Cafres, Jean-Yves Minatchy, président de la CGPER ne passe pas par quatre chemins. Réunis dans l’étable de Jean-Félix Payet, éleveur sur la route du Piton Bleu, les éleveurs présents disent tous la même chose : la situation est grave, très grave. D’ailleurs, il suffit de regarder les vaches de Jean-Félix Payet pour s’en rendre compte : pour aller de l’étable à l’abreuvoir, elle empruntent un passage que les dernières pluies ont transformé en marécage. Les vaches s’enfoncent jusqu’aux jarrets. Désolant autant qu’impressionnant !
« Aujourd’hui, nout toute lé su le minm bato ke lé an trin coulé. Na désertin i sera sési biento si i fé pa rien », plaide Jean-Yves Minatchy. Pour le leader de la CGPER, la situation est d’autant plus dramatique qu’après les intempéries (pluies et froid) de ces derniers mois, l’été arrive et avec lui, la saison des pluies. « C’est la mort programmée », n’hésite pas à affirmer le président de la CGPER. Et pour sortir de cette crise, il faut mettre les moyens. « À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles », clame Jean-Yves Minatchy. Et de faire la comparaison avec la manière dont le gouvernement a géré le sort des éleveurs et agriculteurs victimes de la canicule en France. « Gouvernman la déblok 4 milliard de francs, le comité d’expertise des calamités agricoles la propose donne in avance 62%, le ministre l’Agriculture la dit va donne 70% avant fin septembre. A nou isi, kosa nou lé pou zot, don ? »

L’État doit prendre ses responsabilités

La CGPER ne tape pas uniquement à la porte du gouvernement. Elle alerte aussi les deux collectivités, Région et Département et les invite à mettre la main au porte-monnaie et faire l’avance des six millions d’euros dont les éleveurs ont besoin pour se sortir d’affaire. Pour étayer sa demande, Jean-Yves Minatchy s’appuie sur des "jurisprudences". Ainsi, lors de Firinga, en 1989, Pierre Lagourgue, alors président de la Région, avait débloqué une avance de 40 millions de francs pour les planteurs de canne sinistrés. Idem lorsque Joseph Sinimalé était à la présidence du Département, lorsqu’il a fallu débloquer 32 millions répartis entre les deux collectivités pour les planteurs victimes de la sécheresse. « La, nou demande chakin’ i mète 3 million », explique Jean-Yves Minatchy.
Pour autant, les éleveurs estiment que les collectivités ne doivent pas payer à la place de l’État qui doit prendre ses responsabilités. La CGPER a écrit au ministre de l’Agriculture, Hervé Gaymard et a demandé audience au préfet « dans les plus brefs délais, avant que la situation devienne plus grave ». Et pour cela, pour mieux comprendre la situation des éleveurs, rien ne vaut une visite sur le terrain. « Grand-Coude, nana 36 éleveurs lé pri dan’ l’entonoir. La Plaine des Cafres, lé pareil ». Face aux différences de traitement entre éleveurs de métropole et d’ici, la CGPER ironise : « Kan Raffarin la ni ici, la Plaine des Cafres, la di lé joli, i fé bon, toute de moune la applaudi. Zordi, les vache lé dan la boue… ». Et de rappeler que jusqu’à présent, le seul geste concret a été effectué par la Région qui a débloqué une aide d’urgence de 103.000 euros pour l’alimentation du bétail.
À cette situation déjà difficile, viennent s’ajouter d’autres problèmes relatifs aux aides habituellement versées aux agriculteurs. Ainsi, l’indemnité compensatoire des handicaps naturels (ICHN) qui doit être versée en juillet, ne l’a toujours pas été. Même chose pour la détaxe sur le gas-oil. Une situation qu’un éleveur résume par cette formule : « Réveille gouvernman, l’avenir lé dan la m… » !


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