Culture et identité

Ki sa lé kaf ?

Conférence "Démounaz lesklavaz" au collège de Plateau Goyaves

7 octobre 2003

Dans ’Témoignages’ d’hier, nous avons rendu compte de la conférence débat organisée par l’association Rasine Kaf samedi dernier dans le collège saint-louisien. Ce cycle débat de la question de la réparation des crimes de la traite et de l’esclavage. Samedi, plusieurs interventions ont montré que cette notion de ’réparation’ va beaucoup plus loin d’une simple indemnisation qui serait versée à chacun et dont on pourrait d’ailleurs demander à qui et sur quel critère. C’est la notion même de ’kaf’ qui fut d’ailleurs débattue au cours de l’après-midi.

« Mon momon lé yab, mon papa lé kaf. Kan moin té ti, té kri a moin yab chouchoute, té kri a moin kafrine… ». Ces mots d’une intervenante prononcés samedi au collège de Plateau Goyaves montrent bien à quel point les mots peuvent avoir du poids sans qu’on s’en rende bien compte. Une autre intervenante raconte : « Moin lé noir, moin lé kafrine. Moin na troi zanfan. Si ou agarde lé troi, na poin in’ i pé di li lé kaf… » Alors, ki sa lé kaf ?
La démarche de Rasin kaf est originale et très intéressante. Mais pour autant, comme le faisaient remarquer plusieurs intervenants dans la salle, elle mériterait d’être élargie, de toucher un public plus nombreux. Autrement, ce débat, qui met le doigt sur un aspect important de notre Histoire, dont la moitié a été marquée du sceau de l’esclavage, risque d’être interprété comme la démarche d’une minorité intellectuelle et d’un petit cercle d’initiés dans lequel beaucoup se plaisent à enfermer tout ce qui touche à notre Histoire, notre culture, notre identité.

Pour aller vers demain

S’interroger sur une histoire niée, passée sous silence, ce n’est pas se contenter de regarder dans le rétroviseur. C’est surtout se donner des bases pour aller vers demain et la démarche n’est pas nombriliste, n’en déplaise aux figir lantikité et à ceux qui sont toujours en pointe… dans les combats d’arrière-garde.
Une question qui mériterait d’être versée au débat pourrait-être : en quoi, chaque Réunionnais se sent-il concerné dans ce qui est fait appel à la mémoire et qui, à partir de ce socle, pose la question de la réparation morale et sociale ? Chaque Réunionnais est-il réellement conscient qu’aujourd’hui encore, quelque part en lui, il subsiste des stigmates de ce furoncle de notre Histoire ?
Yann Leblais, juriste, intervenant sur la question de la réparation, apporte un point très intéressant : « je suis zoreil, même si je suis à La Réunion depuis 1974. On pourrait me dire : je ne suis pas concerné alors que je suis plus Réunionnais en métropole qu’ici ! » La question mérite d’être abordée entre Réunionnais également, avec toutes nos contradictions. « Mon momon kominis bandé, selman malbar, kaf koz pa li », chante Danyèl Waro dans un de ses maloya…

S’interroger

On l’a dit ! la tâche est rude. La moisson est certainement abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Cette soumission de l’esclavage, sans doute la retrouve-t-on encore dans le fatalisme ambiant alors que notre pays traverse une grave crise. Ou encore dans l’absence de réaction de révolte de la part de ces dizaines de milliers de chômeurs auxquels on va supprimer l’ASS.
À l’inverse, cette violence dont certains médias font leurs choux gras, ne mériterait-elle pas d’être décortiquée, analysée ? Ne serait-il pas intéressant d’essayer de comprendre pourquoi et comment, ce Réunionnais que l’on dit si gentil peut-être capable de tant de violence parfois ? Sans doute, plutôt que de s’interroger et de voir plus loin que le bout de leurs stylos, certains préfèrent alé maron. Raison de plus pour Rasine Kaf de prolonger un débat qui ne sera de toutes façons pas clos de sitôt..


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