Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Culture et identité
Conférence de Hervé Mazelin et débat organisé par Lerka
4 août 2003

Mardi après-midi, à l’initiative de Lerka, une trentaine de personnes - plasticiens, poètes, metteur en scène, acteurs culturels - sont venus participer à Jeumon à une conférence-débat du scénographe-décorateur Hervé Mazelin sur le thème de la mise en œuvre. Hervé Mazelin a présenté l’esprit et l’essence de son travail, faisant partager à l’ensemble des participants la richesse de son expérience internationale.
Parlant de son expérience à La Réunion, où il a toujours étroitement travaillé avec le Théâtre Vollard, Hervé Mazelin notait que « à La Réunion, le théâtre a su trouver des espaces de liberté pour s’exprimer et développer un imaginaire propre. L’île n’a pas de tradition forte des lieux théâtraux classiques, il a fallu inventer des lieux, sortir d’une relation classique où l’on fait face au public ».
Il faisait notamment allusion à la pièce "Lepervenche" de Vollard. Hervé Mazelin déplorait l’absence d’espace pour accueillir des spectacles lourds. La réflexion ne portait pas seulement sur les spectacles vivants mais aussi sur la mise en espace des expositions d’arts plastiques.
Les relations avec le pouvoir et avec l’argent ont aussi été abordées. Pour le scénographe, « tout créateur a une relation à l’argent. Elle est essentielle : les moyens déterminent l’objet esthétique. Le manque de moyens pousse à l’invention. La relation à l’argent peut donc être tout autant un facteur de création qu’un obstacle à la création ».
Après un survol du travail d’Hervé Mazelin et un exposé de ses conceptions de la mise en œuvre et en espace, un débat s’est instauré autour des similitudes et des différences entre la scénographie du spectacle vivant et la mise en espace des expositions. À la tribune des membres de Lerka et des invités : Dominique Carrère, Antoine du Vignaux, Laurent Segelstein et Pierre Louis Rivière.
Les questions se succédaient : « Comment et pourquoi le visiteur se déplace au sein d’une exposition ? Comment instaurer un rapport différent à l’œuvre, par le biais d’un autre cheminement pour une meilleure rencontre avec l’œuvre d’art ? »
Les intervenants ont souligné que les bailleurs de fonds ont du mal à soutenir cette réflexion. Quand un plasticien vient faire une mise en espace, il ne suffit pas seulement d’un lieu, mais il y a une nécessité de réfléchir à l’agencement des œuvres pour qu’elles soient plus sensibles. Au final, d’autres questions venaient comme celle de la fonction de l’Art Plastique.
Il apparaissait que le musée n’est pas forcément le lieu idéal pour les expositions. La tradition du musée étant importée d’Occident et plaquée à La Réunion, où elle garde une mauvaise connotation car elle correspond à une catégorie dominante, voire coloniale. La destination finale de l’œuvre n’est-elle pas d’être au plus près du public, d’entrer chez les gens, d’être à l’intérieur de la case ? Inévitablement, la question de la fonction du commissaire d’exposition est posée, et plus généralement celle du commissariat dans le contexte réunionnais.
Une nouvelle mise en espace - sortant de la tradition muséale occidentale et prenant en compte notre contexte et notre identité pour une meilleure rencontre avec l’œuvre - nécessite un lieu modulable, accessible à l’ensemble de la population. Selon les intervenants, « il n’y a aucun lieu d’exposition adapté à La Réunion » pour provoquer une vraie rencontre.
Le débat a été l’occasion de revisiter la courte Histoire des Arts Visuels à La Réunion. Une Histoire qui a pris son essor durant les années 1990, avec un soutien politique et financier fort au développement des Arts Visuels. La période 1990-1996 a été évoquée avec nostalgie, tel un moment historique où était menée une vraie politique de création plastique en symbiose avec un terrain vierge et fertile où les plasticiens ont accédé à des postes à responsabilités au sein des lieux d’exposition.
Aujourd’hui, selon les différents témoignages, cette volonté politique a disparu, ces années de grande vitalité représentent un moment exceptionnel, suivi d’un repli phénoménal. La Réunion se retrouve privée de la culture des images aussi bien dans le milieu plastique et photographique que cinématographique, où nous sommes restreints à la misère culturelle.
Les forces créatrices n’ont pourtant pas cessé de se développer, mais il semble que La Réunion n’a pas suffisamment confiance en son identité plastique, en sa qualité artistique. Rendre l’œuvre accessible à tous les Réunionnais, faire connaître au monde la valeur de nos créations, telles devraient être nos préoccupations. Il en va de l’épanouissement de notre société.
| Les responsables de Lerka |
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| • Le Bureau :
Président Dominique Carrère, responsable culturel Trésorier Emmanuel Souffrin, sociologue Secrétaire Lionel Pannetier, administrateur culturel • Le Conseil d’administration Patricia de Bollivier, médiatrice culturelle Isabelle Désiré, médiatrice culturelle Patrice Treuthardt, écrivain Antoine du Vignaux, plasticien François Giraud, plasticien Lionel Lauret, plasticien Isabelle Désiré, est permanente et médiatrice Antoine du Vignaux, chargé de mission |
Courrier des lecteurs
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