Lutte contre la mondialisation ultra-libérale

L’Afrique pose ses conditions à l’O.M.C.

Tous unis pour faire entendre une revendication : le droit au développement

2 septembre 2003

Les ministre du Commerce des pays africains se sont réunis pendant deux jours à Nairobi, au Kenya, pour préparer au mieux la prochaine conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les représentants des gouvernements du continent semble avoir réussi à s’entendre sur une position commune. D’une même voix, ils demandent aux pays riches d’écouter leur message : le droit au développement doit passer avant tout le reste.

À quelques jours de la réunion de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les ministres du Commerce des pays africains se sont concertés et demandent aux pays riches d’entendre leur appel unanime : le droit au développement doit être la priorité de Cancun.
Ils ont décidé de résister aux tentatives des nations riches d’introduire d’autres sujets de négociations, notamment les questions dites de "Singapour", à la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) prévue le mois prochain à Cancun, au Mexique.
Les questions de Singapour proposent l’ouverture des frontières aux investissements, mais les ministres africains du Commerce ont décidé vendredi à Nairobi de bloquer l’agenda clé des négociations de l’OMC, en considérant qu’il est déjà surchargé. Les questions de Singapour (investissement, concurrence, transparence dans les marchés publics, facilitation du commerce) visent à proposer une approche totalement nouvelle du commerce internationale en stipulant de nouvelles règles concernant les processus d’acquisition par les pays.
Elles visent aussi à ôter aux différents pays toute autorité sur les compagnies qui peuvent soumissionner à une adjudication. Les analystes politiques préviennent que s’il est signé, ce nouvel accord pourrait sérieusement réduire à néant les efforts des pays africains pour promouvoir les échanges commerciaux intra africains et affaiblir, par ailleurs, les blocs économiques régionaux.

Davantage de transparence

Le président du Parlement sud-africain, Frene Ginwala, a lu les différentes résolutions prises à l’issue de la réunion préparatoire de deux jours organisées avant la cinquième conférence ministérielle de l’OMC. Il a déploré l’absence de transparence à 12 jours du début des discussions à Cancun. Les officiels de l’OMC qui prennent part aux discussions ont quitté la réunion après avoir mis en garde les pays africains contre le fait que les questions de Singapour sont un sujet crucial pour les négociations globales et que leur exclusion isolerait les nations africaines des marchés internationaux.
Cependant, Frene Ginwala, le co-présidente de Coalition globale pour l’Afrique, une cellule de réflexion qui s’intéresse aux questions de développement, a rejeté cet argument biaisé qui, selon lui, vise à diviser les pays africains. « Il est avéré qu’à 12 jours seulement de l’ouverture de la conférence, le projet de document du président du Conseil devant éclairer sur la réunion de Cancun n’est pas disponible à tout le monde pour permettre des consultations plus poussées », a-t-il déploré.

Le développement avant tout

Les pays africains ont exigé que les garanties de développement qui leur ont été accordées soient plus importantes. Jayen Cuttaree, le ministre mauricien de l’Industrie et du Commerce international, a dit que la situation depuis Doha a évolué lentement, par rapport à ce qu’on espérait. « Nous sommes à quelques jours de Cancun et les questions de l’accès aux médicaments bon marché et de développement doivent être traitées en premier ».
Le Mauricien, qui est aussi le président des ministres africains du Commerce, a déclaré : « nous n’allons pas nous dérober face aux promesses faites à Doha et perdre notre énergie sur des questions totalement nouvelles qui sont moins importantes pour le peuple africain ». « Nous avons déjà beaucoup à faire et nous n’allons pas nous aventurer à traiter de nouveaux sujets », a-t-il poursuivi.
De nombreux ministres africains présents à la réunion ont dit que le projet de rapport qui n’a pas été officiellement publié ne traduit pas le point de vue des pays en développement.

Soutien à une position africaine commune aux négociations de l’O.M.C.
L’organisation caritative britannique, Oxfam International, a appelé vendredi à une position commune des chefs d’État africains lors des prochaines négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), plaidant pour une unité du continent au moment où certains tentent de diviser les pays africains.

L’analyste de la politique panafricaine à Oxfam, Houghton Irungu, a fait état, dans un communiqué publié à Nairobi, du soutien de l’ONG à la déclaration du sommet des chefs d’État de l’Union africaine (UA) au Mozambique qui a exprimé sa préoccupation à propos du blocage des négociations sur le commerce mondial.

Les dirigeants africains avaient également exprimé leur solidarité avec les pays membres de l’UA, affectés par les subventions accordées par les pays riches aux producteurs de coton, une situation qui a conduit à l’effondrement des cours mondiaux du coton.

L’organisation rassemblant tous les pays africains avait aussi dénoncé le fait que l’OMC ne lui ait pas accordé un statut d’observateur comme une organisation représentant les nations africaines. « Nous regrettons les blocages sur les questions du statut d’observateur à l’UA lors des négociations de l’OMC et lançons un appel aux États (membres) à soutenir nos efforts pour garantir un statut d’observateur à l’UA », avait indiqué la déclaration de Maputo.

Houghton Irungu a noté qu’à quelques semaines de la Conférence ministérielle de l’OMC à Cancun, au Mexique, quelques gouvernements africains restent « frustrés par cet échec spectaculaire (...) dans l’accomplissement des progrès dans des domaines d’importance capitale pour les nations africaines et d’autres pays en développement, comme l’agriculture ».

L’Oxfam soutient les dirigeants africains dans leurs exigences d’importantes réformes dans le secteur agricole et les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), d’après lesquels les nations pauvres peuvent acquérir à faible prix des médicaments contre le paludisme et d’autres pandémies.

L’organisation caritative britannique, qui fait pression constamment sur les dirigeants du monde pour la défense des libertés humaines et l’assistance dans les opérations humanitaires à travers le monde, était consciente des tentatives de diviser les États africains à la veille des négociations de Cancun, a affirmé Houghton Irungu. « Une position unifiée avant Cancun renforcera les pouvoirs de négociation individuels de tous les États africains. Ainsi, le Round du développement de Doha offrira un certain espoir à des millions d’Africains vivant dans la pauvreté », a-t-il noté.

Pourquoi les plus pauvres ne peuvent-ils pas aider leurs agriculteurs ?
Les ministres africains du Commerce ont réaffirmé vendredi dernier leur opposition aux subventions accordées par les gouvernements des riches pays à leurs agriculteurs. On rappelle que pendant que les agriculteurs des pays occidentaux reçoivent des subventions, les pays du Sud, pour qui la monoculture d’exportation constitue une part importante de revenus, n’ont pas le droit de verser des aides à leurs agriculteurs. Ils ne peuvent donc pas utiliser ce moyen pour protéger l’existence de leurs planteurs. Ce déséquilibre provoque des effets négatifs se font durement sentir dans les pays africains producteurs de coton, notamment.

Les ministres africains ont réitéré leurs critiques à l’issue d’une réunion de deux jours organisée dans la capitale kenyane pour rechercher un consensus au niveau continental avant la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), prévue du 10 au 14 septembre à Cancun, au Mexique. « Les fermiers américains reçoivent actuellement 3,4 milliards de dollars de subventions. Ce qui veut dire qu’il reçoivent 70 cents par livre de coton, ce qui encourage la production », a dénoncé Frene Ginwala, le président du Parlement sud africain. « Cela contribue à accroître les stocks et influence directement les cours mondiaux et par conséquent cause du tort aux paysans africains », a-t-elle déploré.

Le coton est le deuxième produit d’exportation du Mali et des milliers de personnes vivent de ce produit. Il est interdit au Mali de subventionner ses paysans en raison des conditions imposées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, a souligné Frene Ginwala. Cette dernière, qui co-préside la Coalition globale pour l’Afrique, affirme que d’après les informations disponibles, les recettes tirées des exportations par le Burkina Faso, le Mali et le Bénin ne sont que de 11 cents par livre de coton, un taux inférieur de deux cents au prix offert en 2001.

Par ailleurs, l’Union européenne a défendu ses États membres face aux accusations des pays pauvres selon lesquelles elle accorde d’énormes subventions agricoles et use de pratiques faussant les échanges commerciaux. Le chef de la délégation de l’Union européenne au Kenya, Gary Quince, a dit que l’UE et les États-Unis ont fait d’importants progrès en réduisant les subventions agricoles et en réduisant l’aide alimentaire aux pays africains qui sont aussi à blâmer concernant la distorsion sur les échanges. « Nous espérons que ceci constituera un élément important de notre engagement en faveur des négociations commerciales globales. Nous faisons ceci par principe et nous l’appliquons dans la pratique. Nos dépenses agricoles sont beaucoup moins importantes qu’il y a quelques années en arrière », a-t-il expliqué.

L’UE et les États-Unis sont parvenus, non sans difficultés, à un rare compromis pour réduire massivement les subventions sur les produits agricoles et les exonérations des droits de douane sur les exportations agricoles dont bénéficient leurs paysans. Mais ce projet a été qualifié plus tard de tentative de faire revenir les pays du Sud à la table des négociations puisqu’il n’offre aucun engagement en faveur d’un accès facile à leurs marchés.


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Témoignages - 82e année


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