Outre-mer

L’avenir des Jeunes agriculteurs est compromis

Inquiétude de la CGPER :

24 octobre 2003

« Est-ce que la situation financière de la France justifie qu’on fasse des économies sur le dos des agriculteurs ? » La question posée par Alain Dambreville des Jeunes agriculteurs de la CGPER résume à elle seule l’angoisse du monde agricole. Et la même question est posée par l’ensemble du monde économique réunionnais qui, d’une seule et même voix, s’interroge sur le bien-fondé d’une telle opération. Par cet amendement "Méhaignerie", du nom du député UMP Pierre Méhaignerie, le gouvernement a réussi à faire l’unanimité contre lui et à se mettre à dos tout le monde économique réunionnais !
En ce qui concerne l’agriculture, les jeunes de la CGPER, dans un courrier adressé à la ministre de l’Outre-mer, Brigitte Girardin, rappellent qu’il s’agit là d’une « grave décision » qui porte atteinte à un dispositif qui permettait « d’atténuer l’écart de prix des produits importés de métropole ». Cette TVA non perçue, poursuit Éric Soundrom dans son courrier, « participe de manière active au développement économique de La Réunion et, plus particulièrement, du secteur agricole qui nécessite de nombreux investissements spécifiques, notamment en matière d’élevage où la création d’un atelier demande un engagement financier de plus de 150.000 euros alors qu’en métropole, il suffit de 100.000 euros pour le même type d’élevage ».
Plus grave encore, estiment les Jeunes agriculteurs de la CGPER, cet amendement qui vise à faire des économies sur le dos des agriculteurs réunionnais risque de compromettre l’avenir des quelques 300 jeunes qui se sont installés ces dernières années, et qui ont bénéficié de la Dotation jeunes agriculteurs (DJA). En effet, toutes les études financières qui ont précédé l’installation de ces jeunes ont été calculées avec un seuil de rentabilité incluant la TVA non perçue. En supprimant ce dispositif, estime la CGPER, « toutes ces études sont donc caduques ».

Un amendement paradoxal...

Pour Éric Soundrom et Alain Dambreville, il y a dans cet amendement Méhaignerie plusieurs contradictions. Ainsi, le gouvernement mise sur la relance de l’activité économique mais, dans le même temps, il supprime un dispositif qui favorise l’investissement. Au plan agricole, notre île a besoin d’investir pour diversifier et répondre aux besoins d’une population qui comptera un million d’habitants dans environ vingt ans. Autre contradiction : alors que nombre d’acteurs économiques estiment que nos coûts de production ne nous permettent pas d’être concurrentiels, cette suppression de la TVA non perçue viendra plomber encore plus les coûts de production. Récemment, il a été question de la concurrence des légumes d’importation en provenance d’Afrique du Sud et d’Australie notamment. Les producteurs d’agrumes ont eux aussi soulevé le problème. Mais l’avenir risque d’être encore plus difficile. En Chine, la province du Yunan s’est spécialisée dans le maraîchage pour la transformation et l’exportation. « Là, nous ne serons absolument pas concurrentiels », constate Alain Dambreville.
Autre contradiction, et non des moindres : cette suppression de la TVA non perçue va à l’encontre des directives de l’Union européenne, qui reconnaît à La Réunion les spécificités par l’intermédiaire du statut de région ultrapériphérique. Comment demander à une Europe dont l’élargissement à 25 membres est inéluctable de continuer à reconnaître nos spécificités, et nous laisser en zone d’objectif 1 alors qu’au même moment, l’État accentue son désengagement ? Dans un tel contexte, quel avenir pour les aides structurelles, comme le FEOGA ?

... sans contrepartie

Ce qui pose encore plus problème, et cela tous les acteurs économiques le reconnaissent : cette mesure s’impose de manière brutale sans aucune mesure compensatoire. Si cette mesure fait l’unanimité contre elle, il peut paraître paradoxal de voir se joindre au concert de critiques des responsables de coopératives qui, elles-mêmes, sont pointées du doigt par nombre d’agriculteurs qui leur reprochent de pratiquer des prix qui ne devraient pas avoir cours dans le secteur coopératif. La CGPER cite l’exemple de l’engrais, qui était vendu 1.930 francs la tonne en 2000, et qui est maintenant vendu à plus de 2.000 francs la tonne « alors qu’en métropole le même engrais est vendu 1.700 francs la tonne ». Une situation, insiste la CGPER, « qui prévaut pour l’ensemble des intrans utilisés par les agriculteurs de La Réunion ». Et parmi les voix qui se font entendre, il y a celle de Karl Técher, président de la Fédération réunionnaise des coopératives agricoles (FRCA). Lequel est également très ami d’un certain sénateur-maire de Saint-André. Ami au point d’être associé avec lui dans "Pêche-Avenir", vous savez, cette société qui a bénéficié d’un miraculeux quota de lésines ? Le président de la FRCA n’a qu’à demander à son associé de faire jouer sa fameuse "guillotine" sénatoriale…
À l’heure où le gouvernement défend un projet de budget marqué par des coupes sombres dont sont victimes les plus démunis, c’est toute l’économie réunionnaise qui est maintenant visée.


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Témoignages - 82e année


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