À 20 heures 30 sur Paris Première Canal Satellite : ’Le juge et l’assassin’

L’histoire d’un criminel victime de l’aliénation sociale

16 décembre 2005

Film policier historique de Bertrand Tavernier avec Philippe Noiret, Michel Galabru, Isabelle Huppert, Jean-Claude Brialy, Renée Faure, Cécile Vassort, Jean-Roger Caussimon, Jean Bretonnière, François Dyrek...

Histoire inspirée d’un fait divers du 19 siècle. Bouvier arpente la montagne, de victime en victime. S’il tue, c’est pour se venger de la société, comme le démontre le juge Rousseau. Mai 1893. Sur le parvis de l’église d’un village de montagnes, le sergent Joseph Bouvier, être fruste, tire sur la femme qui refuse de l’épouser et retourne l’arme contre lui. Il survit, mais conserve deux balles dans la tête. Un an plus tard, il sort de l’hospice de Dôle, à moitié désaxé, et se met à commettre une série d’assassinats, au hasard de ses pérégrinations...

Mélangeant habilement film historique, drame social et enquête policière, ce film est une réussite sans pareille. L’assassin a réellement existé, il s’appelait Joseph Vacher et son histoire tourmenta la chronique criminelle de la 3ème République. On assiste ainsi à un face à face saisissant entre un juge intransigeant, fidèle à l’ordre social et ce marginal mystique, victime de ses crises de folie meurtrière.
Ce chef-d’œuvre de Bertrand Tavernier est aussi l’occasion de se replonger dans la IIIème République. Nous revisiterons cette époque où entre les progressistes menés par Zola et les traditionalistes attachés à l’ordre social, la vie était devenue une guerre de tranchée idéologique. Le scandale de l’affaire Dreyfus qui déchira le pays pendant cette période a témoigné des dissensions entre ces 2 parties du peuple que l’on nommait les dreyfusards et les antidreyfusards.
Dans cette France qui s’étripe à grands coups de pamphlets et de calomnies, la condamnation de Bouvier par le juge Rousseau se transforme en crime pour les défenseurs du progressisme social. En effet, les idéaux socialistes qui avaient cours à l’époque, savaient reconnaître qu’un crime ne pouvait avoir la même portée selon qu’il était perpétré par un nanti ou par un pauvre.
Le juge devient assassin et l’assassin devient victime, une victime de l’aliénation sociale et de l’exploitation des classes populaires qui prise de crises de folies, assassine et viole des jeunes filles. Dès lors, le condamné, en victime de l’ordre social, devient un martyre et un symbole pour la lutte des classes.
La prestation de Michel Galabru dans le film de Bertrand Tavernier, est tout simplement grandiose. C’est du grand cinéma, du bon cinéma, du Bertrand Tavernier en somme !

Philippe Tesseron

http://www.espaceblog.fr/teletesseron/


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