L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
Politique
Après la visite d’Axel Urgin
11 octobre 2003

À l’issue de sa récente visite à La Réunion, Axel Urgin, secrétaire national à l’Outre-mer (PS) a répondu à nos questions.
1 - Vous venez de boucler votre premier voyage à La Réunion au titre de vos nouvelles fonctions de secrétaire national à l’Outre-mer du Parti socialiste. Quels enseignements en avez-vous retiré ?
Axel Urgin - Mes sentiments sont contrastés. Comme à chaque fois que je suis venu à La Réunion, et cela fait plus de vingt ans que j’y viens régulièrement, je suis frappé par la formidable vitalité des Réunionnais, le dynamisme de la sphère économique et sociale et surtout la foi inébranlable de tous dans l’avenir de l’île. Ici, on ne méconnaît pas les problèmes mais on cherche en permanence à leur trouver des solutions. Mais, pour la première fois, j’ai aussi ressenti un véritable désarroi. L’inquiétude est générale, par delà le clivage droite-gauche, que par méconnaissance, préjugé ou incompétence, soit cassée depuis Paris la dynamique de croissance que connaît l’île depuis plusieurs années, dynamique certes rendue possible par les politiques de soutien et de solidarité mises en œuvre par les deux gouvernements précédents mais qui est, avant tout, le fait des Réunionnais eux-mêmes.
2 - Le patron du PS, François Hollande, a rappelé à la Rochelle que la stratégie arrêtée à votre Congrès de Dijon était celle d’un rassemblement de la gauche "le plus vite et le plus large possible". Mercredi 7 octobre, il a déclaré que les élections de mars 2004 constituaient un "package". Que recouvre exactement cette expression de "package" ?
- Lorsque François Hollande se réfère à la notion de "package", il rappelle à tous, aux socialistes bien sûr mais au delà, à l’ensemble de la gauche, qu’en mars 2004, il n’y aura pas seulement des élections régionales mais aussi des élections cantonales. En tant que telles, ces dernières sont évidemment très importantes surtout dans un contexte où l’État se désengage et transfère sur l’échelon départemental toute une série de charges. Mais surtout, François Hollande appelle l’ensemble de la gauche à faire preuve de cohérence et de mémoire. De cohérence, parce qu’il est peu concevable que la gauche soit unie à un scrutin et en ordre dispersé à un autre. Or, c’est pourtant ce que certains de nos partenaires semblent vouloir proposer ici où là. De mémoire, parce que nous, socialistes, ne pouvons oublier le 21 avril 2002 et ce que nous a coûté la dispersion des voix de gauche au premier tour.
L’objectif de ces élections ce n’est pas le rééquilibrage au sein de la gauche, qu’il se fasse au détriment du PS comme lors de l’élection présidentielle ou à son avantage comme pour les législatives qui ont suivi. L’objectif, c’est de battre la droite. Or, même si nous espérons tous qu’elle subisse le contrecoup électoral de la politique particulièrement néfaste du gouvernement Raffarin, il ne faut pas sous-estimer un adversaire qui, avec la création de l’UMP, apparaît, pour sa part, moins divisé que lors des échéances passées.
3 - Les Réunionnais ont consacré plus de 50 années de luttes pour arracher différents avantages sociaux auxquels toute personne, française ou étrangère résidant sur le sol métropolitain, a automatiquement droit depuis plusieurs décennies.
Alors que cette bataille pour l’égalité n’est pas complètement terminée, les Réunionnais constatent que, depuis un an, l’actuel gouvernement dirigé par M. Raffarin consacre ses efforts à la remise en cause systématique des conquêtes sociales : RMI, Sécurité sociale, CMU, retraites, emplois-jeunes, CES, 35 heures, Livret A, etc. Avez-vous eu le temps de ressentir au cours de votre séjour, l’inquiétude et le sentiment de révolte qui se font jour dans notre île ?
- Oui, et ce sentiment m’a paru se manifester avec encore plus d’acuité qu’en métropole. Sans doute parce qu’il y a à La Réunion bien plus de fragilité et d’exclusion sociales et donc que la politique néfaste du gouvernement y produit forcément plus de gâchis et de dégâts. Mais aussi parce que l’outre-mer est doublement pénalisé par les mesures générales et par les dispositions qui lui sont spécifiques. Prenez l’exemple de la politique fiscale du gouvernement. Au plan général, les exclus réunionnais sont comme ceux de métropole lourdement frappés par les hausses de taxes. Mais quand il s’agit de baisser l’impôt sur le revenu, pour La Réunion, on reprend alors d’une main cinq fois plus que ce qu’on a fait semblant de donner de l’autre puisque le gouvernement vient de décider en catimini de supprimer la réduction de 30% dont bénéficiaient jusqu’ici les contribuables réunionnais. C’était une mesure du rapport Laffineur, vous savez ce rapport que la ministre de l’Outre-mer déclarait il y a peu ne pas vouloir appliquer.
Le mouvement social à La Réunion a été précurseur, y compris par son ampleur. Je souhaite que les Réunionnais conservent cette avance au moment des échéances de 2004 car il s’agira aussi de sanctionner dans les urnes la politique du gouvernement et ses soutiens locaux, d’autant plus qu’après, la droite ultra-libérale aura les mains libres pendant trois ans.
4 - Au cours des années à venir La Réunion devra faire face à d’importants défis. Ils sont désormais parfaitement identifiés : 1 million d’habitants dans 20 ans, 250.000 logements à construire d’ici là, plus de 140.000 actifs supplémentaires en 2030 pour lesquels il faut créer des emplois alors que nous comptons déjà plus de 100.000 actifs privés d’emploi et que 51% des jeunes de 16 à 25 ans n’ont accès à aucun emploi, etc.
Pour sortir de cette crise "par le haut", l’actuelle équipe régionale a, depuis 6 ans bientôt, mis en œuvre d’ambitieux projets : grands travaux, recherche de l’autosuffisance énergétique grâce au développement de toutes les formes d’énergies renouvelables, nouveaux modes de transport en commun, mise sur pied d’un co-développement profitable pour La Réunion et ses voisins proches ou plus éloignés, etc.
Quelles réflexions cette démarche pour construire les bases d’un développement durable vous inspire-t-elle ?
- La politique menée par l’exécutif régional actuel autour du président Paul Vergès est fondée sur un formidable renversement de perspective consistant à valoriser les atouts de La Réunion et à changer d’échelle pour que l’île puisse relever les défis nombreux auxquels elle doit faire face. Son bilan fait l’unanimité y compris donc chez les élus de droite car les actions entreprises se sont toujours situées au dessus des clivages partisans et des réflexes sectaires. Les socialistes qui participent depuis 1998 à l’exécutif régional ne peuvent qu’être fiers de ce bilan auquel ils ont pris leur part et qui contribue à faire de La Réunion une région pilote non seulement outre-mer mais au niveau national et même européen dans le cadre des RUP.
| * Axel Urgin (Parti Socialiste) est secrétaire national à l’Outre-mer |
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| 43 ans
HEC, IEP PARIS, E.N.A. 1989-1993 : Auditeur puis magistrat à la Cour des comptes. 1989-1992 : Rapporteur général du centre d’étude et de prospective de l’Outre-mer auprès du ministre des DOM-TOM. 1993-1995 puis 1997-1998 : Conseiller référendaire à la Cour des comptes. 1995-1997 : Secrétaire général d’Europe assistance et directeur financier international. 1998-1999 : directeur adjoint de cabinet de Jean-Jack Queyranne, secrétaire d’État à l’Outre-mer. 1999-2000 : directeur de cabinet de Jean-Jack Queyranne, secrétaire d’État à l’Outre-mer. 2000-2002 : directeur de cabinet de Christian Paul, secrétaire d’État à l’Outre-mer. Depuis juin 2002 : Conseiller référendaire à la Cour des comptes et professeur associé à l’université de Marne-la-Vallée. Depuis mai 2003 : Congrès de Dijon, secrétaire national à l’Outre-mer du Parti socialiste. |
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
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