Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Santé
Malgré le projet de relèvement de son plafond
4 août 2003

Un projet de décret relevant le plafond de la CMU complémentaire à partir du 1er septembre a été soumis pour avis au Conseil général. Dans une lettre adressée à Jean-Pierre Raffarin, Jean-Luc Poudroux affirme ceci : « compte-tenu que le montant du minimum vieillesse contributif versé à La Réunion s’élève à 591,89 euros, auquel s’ajoute le forfait logement de 49,40 euros, soit un montant total de 641,29 euros, qui est supérieur au nouveau plafond de la CMU complémentaire prévu par le projet de décret, les élus de la Commission permanente demandent à ce que le plafond de la CMU complémentaire soit valorisé pour La Réunion et porté à 14% et non à 10,8% comme proposé ».
La Commission permanente de la Région s’est prononcée sensiblement dans le même sens. Elle a en effet donné un « avis défavorable au projet de ce décret ». Et le Conseil régional « demande que le taux de majoration soit calculé de manière à permettre l’intégration dans le champ d’application de la couverture maladie universelle de l’ensemble des personnes bénéficiaires du minimum vieillesse et de l’allocation supplémentaire versée au titre du fonds de solidarité vieillesse ainsi que l’ensemble des adultes handicapés bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés et allocation complémentaire » (voir encadré).
Pour la raison évoquée par les responsables des deux collectivités réunionnaises et que d’autres ont soulevée [1]un certain nombre de personnes seraient encore exclues du bénéficie de la CMU complémentaire (voir encadré sur "les deux CMU"). Sur un total de 38.500 (28.000 au "minimum vieillesse" et 10.500 à l’AAH), elles seraient en tout 17.500 à ne pas pouvoir bénéficier de la mesure. 48% des actuels exclus de la CMU complémentaire resteraient donc "au bord du chemin".
La résolution du problème reste donc un casse-tête.
Les informations que nous possédons ne nous permettent pas de dire si le projet de décret présenté concerne l’ensemble des exclus de la République ou seulement ceux des DOM. Dans un courrier adressé en mai à André Thien Ah Koon, confirmant que l’engagement qu’il avait pris en février à La Réunion serait tenu, Jean-Pierre Raffarin précisait : « cette mesure de justice sociale sera incluse dans le prochain décret annuel portant actualisation du plafond de ressources en métropole ». Or, on recense plusieurs centaines de milliers d’exclus de la CMU en France aussi. Leur étendre le bénéfice d’un relèvement du plafond de la CMU a longtemps fait hésiter le gouvernement, le précédent comme celui d’aujourd’hui. Le coût de la mesure est jugé, hier comme aujourd’hui, insupportable pour le budget de l’État.
Le gouvernement a donc longtemps hésité sur la méthode à appliquer : recourir à la voie législative en faisant voter une nouvelle loi ou utiliser la voie réglementaire ? En décidant de passer par un nouveau décret, le gouvernement s’évite un nouveau débat parlementaire et emprunte sans doute une voie qui lui évite d’avoir à étendre le dispositif à l’ensemble de la République.
Nous l’avons déjà dit : la solution choisie par le gouvernement s’éloigne de celle préconisée dans les "engagements pour l’outre-mer" de Jacques Chirac. Le candidat à l’élection présidentielle préconisait l’attribution d’une aide financière aux exclus pour leur permettre de cotiser à une mutuelle. « Je veux améliorer et compléter le dispositif existant pour répondre à ce problème, par une déduction fiscale ou un crédit d’impôt afin d’aider au paiement des cotisations aux mutuelles et aux régimes complémentaires pour les plus démunis », indiquait le chef de l’État dans son document destiné à l’outre-mer. Le gouvernement a donc opté pour la deuxième alternative qui s’offrait à lui : revaloriser le plafond de la CMU complémentaire.
La solution proposée dans le projet de décret écarte-t-elle de manière définitive tout problème ? Les minimas sociaux - dont le minimum vieillesse et l’allocation adulte handicapée - sont régulièrement revalorisés. Ils sont indexés sur le SMIC : toute augmentation du salaire minimum entraîne une augmentation des minimas sociaux. Que se passera-t-il si, après revalorisation, le montant du minimum vieillesse et celui de l’allocation adulte handicapée se retrouvaient, de nouveau, supérieurs au plafond de ressources de la CMU ? Le décret prévoit-il un mécanisme permettant un réajustement automatique ? Ou bien sera-t-on obligé de répondre au coup par coup ?
La réponse à la demande exprimée par la Commission permanente du Conseil général réside sans doute dans le courrier adressé en mai dernier par Jean-Pierre Raffarin à André Thien Ah Koon. Une phrase de cette lettre mérite qu’on s’y arrête. Le Premier ministre précisait au député-maire du Tampon que la mesure qu’il compte mettre en œuvre pour respecter l’engagement qu’il a pris vis-à-vis des Réunionnais ne lui « paraît pas exclusive des actions de solidarité que le Conseil général de La Réunion pourrait décider de mettre en œuvre ».
Avant même de faire connaître sa solution, le chef du gouvernement avait prévu de solliciter la collectivité départementale afin que celle-ci soit mise à contribution. Dans la réponse qu’il devrait faire à Jean-Luc Poudroux, l’hôte de Matignon ne pourrait manquer de le rappeler à son interlocuteur.
Mais, à terme, la question des exclus de la CMU complémentaire risque de ne plus être posée. En effet, la réforme du système de protection sociale est un des grands chantiers que le gouvernement veut mener (voir encadré). Il s’est fixé comme échéance le quatrième trimestre 2004 et, plus particulièrement, le mois d’octobre. Parmi les idées avancées, il est question de créer une nouvelle couverture maladie généralisée, qui remplacerait la CMU.
Par ailleurs, le ministre de la Santé vient de faire savoir qu’il fait mettre à l’étude un certain nombre de mesures : paiement d’une somme forfaitaire sur chaque médicament acheté, paiement d’une franchise - on parle de 1,5 euro - sur les feuilles de remboursement des soins, taxe sur les boîtes ou flacons remboursables et remboursés chaque année par l’assurance maladie. Le principe même de la couverture maladie universelle - la gratuité pour les plus démunis - serait ainsi annulé. Autant dire que la mesure initiée par le précédent gouvernement se trouve fortement menacée.
| Les "deux" C.M.U. |
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| La couverture maladie universelle (CMU) permet, depuis le 1er janvier 2000 :
- à toute personne résidant de manière régulière et stable en France ou dans un département d’outre-mer de bénéficier des prestations en nature de l’assurance maladie-maternité (frais de santé pris en charge par la Sécurité sociale) : c’est la CMU de base ; - aux personnes dont les revenus sont les plus faibles, sous condition de ressources, de bénéficier gratuitement et en tiers-payant de la part des soins non prise en charge par la Sécurité sociale : le ticket modérateur, le forfait journalier hospitalier et, dans certaines limites, certains dépassements des tarifs de la Sécurité sociale (lunettes, prothèses dentaires notamment) ; cette couverture est assurée, au choix du demandeur, soit par sa Caisse d’assurance maladie, soit par une mutuelle, une société d’assurances ou une institution de prévoyance de son choix participant à la CMU : c’est la CMU complémentaire. Pour les personnes qui dépassent de peu le plafond de ressources de la CMU complémentaire, certaines caisses d’assurance maladie prennent en charge une partie des cotisations à une assurance complémentaire santé. Il convient de se renseigner auprès de la Caisse de sécurité sociale. |
| La Région : « L’inégalité devant la prévention et les soins est une des injustices des plus criantes » |
| Vendredi dernier, la Commission permanente du Conseil régional a rendu son avis sur le projet de décret relatif à la détermination du plafond des ressources prises en compte pour l’attribution de la protection complémentaire en matière de santé dans les DOM et modifiant le code de la Sécurité sociale. On lira ci-après le texte de cet avis : « La Commission Permanente, Considérant que l’inégalité devant la prévention et les soins est une des injustices des plus criantes, Considérant qu’avec le vote de la loi n° 99-641 du 27 juillet 1999 portant création d’une couverture maladie universelle (CMU), l’intention du législateur a été d’assurer à tous une couverture de sécurité sociale et de faire bénéficier les plus défavorisés d’une couverture complémentaire ainsi que de la dispense d’avance des frais, Considérant que les mesures d’application de cette loi qui ont été prises depuis, ont exclu de cette couverture maladie universelle plusieurs milliers de Réunionnais à revenu modeste (retraités ou handicapés) pour des raisons de plafond de ressources, violant ainsi l’intention initial du législateur, Considérant l’engagement pris par le Premier ministre, lors de son passage à La Réunion en début d’année, de relever le plafond d’éligibilité à la couverture maladie universelle complémentaire dans les départements d’outre-mer, Considérant que les conditions de relèvement proposées par le projet de décret laissent encore hors du champ la couverture maladie universelle complémentaire près de 20.000 personnes à revenu modeste (retraités ou handicapés). Donne un avis défavorable au projet de ce décret, Demande que le taux de majoration soit calculé de manière à permettre l’intégration dans le champ d’application de la couverture maladie universelle de l’ensemble des personnes bénéficiaires du minimum vieillesse et de l’allocation supplémentaire versée au titre du fonds de solidarité vieillesse ainsi que l’ensemble des adultes handicapés bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés et allocation complémentaire ». |
| Protection médicale : une réforme en 2004 |
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| Le ministre de la Santé, Jean-François Mattéi, a un an, jusqu’à l’automne 2004, pour convaincre les Français du bien-fondé de la prochaine réforme de l’assurance maladie, l’autre grande réforme après celle des retraites. Le prétexte pris est celui du trou de la branche maladie de la Sécurité sociale : 9,7 milliards de déficit de prévu cette année) L’opération a commencé avec le non-remboursement de certains médicaments. Mais le Conseil constitutionnel a censuré vendredi dernier le dispositif législatif imaginé par le gouvernement pour conforter les déremboursements de médicaments Pour amorcer sa réforme, le gouvernement a commencé par mettre en œuvre une recette bien calculée : culpabiliser les intéressés. « Pour le moment, je dois dire que le patient, l’usager n’est probablement pas suffisamment responsable, il faut qu’il se rende compte que tout n’est pas gratuit », vient de déclarer le ministre de la Santé. Une fois les "coupables" désignés, sont avancées des propositions présentées comme les seules possibles. D’où la mise à l’étude d’un certain nombre de mesures de régression sociale, une fois de plus sur le dos des assurés : paiement d’une somme forfaitaire sur chaque médicament acheté, paiement d’une franchise sur les feuilles de remboursement des soins, taxe sur les boîtes ou flacons remboursables et remboursés chaque année par l’assurance maladie. Or, les mesures mises sur la table par Jean-François Mattéi apparaissent non seulement comme une régression sociale mais encore elles sont loin d’être économiquement efficaces. Par exemple, le milliard de feuilles de soins traitées chaque année par la Caisse nationale d’assurance maladie devrait rapporter 1,5 milliard d’euros si l’idée d’une "franchise" de 1,50 euro, par exemple, était retenue sur chaque feuille de soins. Autant dire que cela ne pèse rien par rapport aux 16 milliards d’euros de déficit cumulé en 2002-2003 par le régime d’assurance maladie. Le débat qui s’ouvrira immanquablement sur la réforme du système de protection sociale risque d’être au moins aussi agité que celui connu pour la remise en cause du système des retraites. Ne serait-ce que parce que ses conséquences seront plus immédiates - certaines comme le déremboursement de certains médicaments se font déjà sentir - et qu’elles concernent un thème très sensible : celui de la santé. |
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