Production sucrière

La canne au cœur d’une dynamique agricole et générale

"Caro Canne" n°2 vient de paraître

9 octobre 2003

L’équipe de la cellule Canne Progrès de l’ARTAS met en circulation le n°2 de la revue ’Caro Canne’ (septembre 2003) auprès des professionnels et de tous ceux qui s’intéressent à l’essor de la filière canne et sucre du point de vue de sa valorisation technique. À cette occasion, les responsables de la revue ont donné leur vision de la progression de la filière canne : indubitablement « une filière du 21ème siècle », disent-ils. Brève incursion dans une équipe de passionnés.

La revue "Caro Canne" fait partie d’un programme de communication, financé sur le DOCUP, pour mobiliser tous les acteurs de la filière autour d’informations techniques de premier ordre, faites pour « valoriser un patrimoine industriel et montrer la détermination de la filière à aller de l’avant ». Bernard Siegmund, Bernard de Ranchin, Mick Hellmann et Bernard Rivière, assistés d’Annie Lebot ont, en présentant la revue hier, donné un aperçu de l’état d’esprit qui anime l’interprofession dans ses avant-postes, à savoir dans sa composante technique.
Devant la prise de conscience, accentuée depuis quelques années, de la « multifonctionalité de la canne », c’est-à-dire des multiples interactions entre la filière et les autres activités agricoles, dans une fonction de préservation de l’environnement en général, les membres de l’ARTAS (association réunionnaise pour le développement de la technologie agricole et sucrière) soignent particulièrement la diffusion de l’information technique. Le président de l’ARTAS, Bernard Siegmund, insiste sur l’importance de faire passer ces informations tant auprès des professionnels que des institutions et du public en général. « Il faut que tout le monde se rende compte que la filière canne n’est pas une filière du 19ème siècle mais bien une filière du 21ème siècle : il y a de la technologie et de l’avenir là dedans », a-t-il dit en introduction.
« La filière canne doit s’adapter, doit modifier sa structure, être plus performante, améliorer ses équilibres… On doit pouvoir produire du sucre, du rhum et de l’électricité en conservant l’ensemble des emplois. Ce sont des enjeux techniques et humains », ajoute Bernard Rivière.

Mise en commun des approches

La revue cherche donc à travers ses articles à donner un aperçu de ce qui "bouge" dans l’interprofession. Par exemple, la réflexion commune engagée entre la filière canne et la filière élevage autour des réserves de terre -toutes deux étant fortes consommatrices d’espace- et des techniques d’épandage par la mobilisation de la canne dans l’élimination des effluents d’élevage.
« La surface disponible… c’est la seule chose qui n’a pas bougé depuis cinquante ans », disent-ils tous. Aussi un groupe de travail et de réflexion s’est mis en place pour tenir compte des besoins d’urbanisation, au moment où sont étudiés les SCOT (schémas de cohésion territoriale), les PLU (plans locaux d’urbanisme) et où le SAR (Schéma d’aménagement régional) est en cours de révision. Cette mise en commun des approches est un phénomène qui s’est beaucoup généralisé ces derniers temps, chaque groupe de décideurs ayant pris conscience qu’il ne pouvait pas continuer à décider tout seul. « Aujourd’hui, on assiste à un mouvement général de prise de conscience qu’il faut des règles et des encadrements. Et dès qu’on s’occupe de ce qui se passe autour, pour bien faire les choses, il faut se mettre autour d’une table », ajoute le président de l’ARTAS. De plus, la revue veut être à la pointe de l’information dans l’illustration de la "multifonctionnalité" de la canne : tout ce qui a trait à la distribution de l’eau, de l’irrigation à la consommation, part des besoins de l’agriculture et montre que la satisfaction de ces besoins a des incidences dans de nombreux autres domaines. Les efforts pour « harmoniser le foncier » à travers les travaux de cartographie et le Système d’information géographique (SIG) auquel travaille la DAF (direction de l’Agriculture et de la Forêt), nécessitent « d’importants ajustements techniques ». C’est aussi ce que veut apporter "Caro Canne" à l’ensemble des professionnels.

Mobilisation des atouts de La Réunion

En crise, la filière canne ? Sans doute, de par le phénomène de mondialisation. Mais Bernard Rivière fait observer que « depuis 200 ans, il a toujours fallu négocier nos quotas avec l’Europe. Et si nous avons obtenu gain de cause, c’est parce que nous avons toujours su faire la démonstration de ce qui était la meilleure solution, pour La Réunion et pour l’Europe. Les arbitrages européens sont toujours allés dans le bon sens. Donc ce n’est pas nouveau… et nous avons de très bons arguments. Ce n’est pas facile dans la conjoncture actuelle mais ça ne l’a jamais été », explique-t-il.
« Ce qui est nouveau -ajoute Bernard de Ranchin, responsable du Comité de pilotage de la canne et trésorier de l’ARTAS- c’est que nous disons aujourd’hui : "nous n’avancerons pas seuls". Peut-être isolée autrefois, la filière canne a pris conscience qu’il faut intégrer l’ensemble des acteurs agricoles pour faire le développement de La Réunion ».
L’équipe de l’ARTAS est convaincue que les questions posées sur l’avenir de la filière trouveront leurs réponses dans la mobilisation des atouts de La Réunion : un maximum de matière grise mise dans les améliorations à apporter à la mise en valeur de la canne et une recherche pointue.
Un témoignage de la capacité de la filière à inventer de nouveaux potentiels se trouve dans la cogénération (voir l’article sur la production d’électricité) a-t-on rappelé hier en évoquant le procédé mis au point à l’époque par Beaufonds et exporté sous ce label à travers le monde. Le fait qu’EDF accepte désormais d’acheter de l’électricité produite ailleurs a ouvert un débouché pour la valorisation de la bagasse, qui constitue 30% de la canne.
Conclusion générale : « Il est impératif de rester aux avant-postes ».

Le génome de la canne : De nombreuses pistes de recherche
Selon une information diffusée dans le dernier "Bulletin d’information de l’économie sucrière" (B.I.E.S, septembre 2003), des chercheurs brésiliens ont séquencé le génome de la canne. Selon leurs travaux, 2.000 des 33.620 gènes de la plante analysée seraient associés à la production de sucre.
Selon Mick Hellmann, ces informations recoupent ce que beaucoup savent déjà de la canne : « La partie richesse est assez complexe, puisqu’environ 2.000 gènes peuvent avoir un rôle dans ce domaine et que l’on peut intervenir sur un gène sans savoir ce qui va se passer chez les 1999 autres… », a-t-il dit. « Les progrès faits grâce à la génétique de la canne ont porté sur l’adaptation au climat et sur tout ce qui peut avoir une traduction en tonnage », a-t-il poursuivi.
À La Réunion, les recherches sur le génome de la canne ont été menées au sein d’un groupement avec des Australiens et des Américains. Ces recherches sont adossées ici à une mise en commun avec l’Université, le CIRAD, le CERF et d’autres laboratoires à l’international. Si le secteur de la recherche peut paraître « surdimensionné », c’est « pour pouvoir être à l’avant et préparer l’avenir », a ajouté Bernard Siegmund en précisant que « toutes les valorisations autres que le sucre sont des pistes de recherche en cours d’exploration ».
La canne à sucre dans le monde
Nouvel excédent statistique mondial en 2003/2004
L’Organisation internationale du sucre a confirmé en septembre 2003 la probabilité d’un nouvel excédent statistique mondial en 2003/04 (octobre-septembre), après les 6 millions de tonnes de 2002/03. Ce nouvel excédent est estimé à un million et demi de tonnes, résultant d’une production en recul de 1,3 million de tonnes, à 146,3 millions de tonnes -du fait d’une stagnation du Brésil, de la Thaïlande, de l’Inde et du Pakistan notamment et d’un recul de l’Union européenne- et d’une consommation mondiale en hausse, à 144,8 millions de tonnes (+2,3 %).
« Bien que faible, cet excédent s’ajoute à la série de surplus que le marché a connus au cours des dernières années. Le niveau exceptionnellement élevé des stocks, qui atteindraient 70 millions de tonnes à la fin de la nouvelle campagne, va diminuer les chances de rétablir l’équilibre à long terme. Selon toute vraisemblance, les stocks de surplus vont maintenir la pression sur les prix mondiaux au cours des douze prochains mois », commente l’organisme international.

Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus