L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
Relations entre les peuples
Invitée à une cérémonie traduisant la solidarité entre les Mauriciens et les Chagossiens
19 novembre 2003

Depuis 1973, l’archipel des Chagos est vidé de son peuple. Cible d’un accord entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, les Chagossiens mènent une lutte courageuse contre la première puissance militaire mondiale et son allié. Samedi, à l’invitation du gouvernement mauricien et des Chagossiens, une délégation de la commune du Port a participé dans la capitale mauricienne à l’inauguration d’une stèle destinée à rappeler la déportation de ce peuple. L’invitation à cet événement politique important est le résultat d’un soutien de longue date de la cité maritime à la lutte des déportés de Diégo Garcia, Peros Banhos et des îles Salomon.
Samedi dernier s’est tenue dans la capitale mauricienne, Port-Louis, une importante cérémonie. Hommage a été rendu aux Chagossiens, déportés de leur pays en raison de la construction de la base militaire américaine sur l’île de Diégo Garcia, à l’endroit-même où a commencé leur exil : le quai C de l’enceinte du port mauricien. Depuis samedi, une stèle dressée en ce lieu symbolique permet au peuple mauricien de manifester sa solidarité envers ceux qui furent les sacrifiés de l’indépendance du pays.
La présence des plus hautes autorités de Maurice, avec notamment le Premier ministre, Paul Bérenger, le vice-Premier ministre et ministre des Finances et de l’Agriculture Pravind Jugnauth, le ministre des Arts et de la Culture ainsi que la ministre des Droits de la Femme et de la Famille, la participation des représentations diplomatiques de la Chine, de l’Inde et de l’Afrique du Sud, donnent un aperçu de la portée historique de l’événement.
Parmi les invités à la cérémonie de samedi, la ville du Port figurait en bonne place. Elle était représentée par le maire, Jean-Yves Langenier, le 1er adjoint, Michel Séraphine, et le directeur de programme chargé de la coopération, Alain Moreau. C’était en effet la seule délégation d’un pays tiers invitée à l’insistance des Chagossiens, une demande relayée par le gouvernement mauricien.
Hier, en conférence de presse, le maire du Port, Jean-Yves Langenier, est revenu sur les raisons de cette attention particulière. Il a rappelé que la Commune a des relations anciennes avec les Chagossiens, notamment avec le Groupe réfugiés Chagos (GRC) dirigé par Olivier Bancoult. Ces rapports fraternels existent depuis bien longtemps. La Réunion était la première sortie internationale des exilés chagossiens. Dès cette époque, les représentants de ce peuple en exil avaient été accueillis très chaleureusement par la population portoise. Relatant ensuite le déroulement de la cérémonie, Jean-Yves Langenier a souligné « le grand honneur d’être invité par le gouvernement mauricien ». Il a indiqué qu’un millier de personnes avaient assisté à l’inauguration de la stèle. Un événement marqué par plusieurs prises de paroles, les plus émouvantes étant celles de Chagossiens qui ont décrit les conditions avec lesquelles les colonialistes britanniques ont déporté tout un peuple de son pays.
« Entre 1965 et 1973, 1.800 personnes ont été déportées dans des conditions inhumaines, comparables à l’esclavage », a-t-il ajouté, « malgré les promesses faites par les dirigeants britanniques, les Chagossiens ont été plongés dans la misère, désemparés ». Après une dizaine d’années de désespoir le plus total, le peuple chagossien a entamé une lutte courageuse contre la première puissance militaire mondiale et son allié britannique pour que justice soit faite. Les années de mobilisation commencent à payer.
Car la décolonisation reposait sur plusieurs principes, dont le respect des frontières. Or, à la veille de l’indépendance, la Grande-Bretagne a détaché l’archipel des Chagos de Maurice, afin d’en faire un BIOT (British Indian Ocean Territory) pour pouvoir louer Diégo Garcia aux dirigeants américains qui l’ont transformée en une gigantesque base d’agression, ancrée au cœur de l’océan Indien (voir encadré). Pour sa part, dans son intervention, Paul Bérenger a souligné le problème de la souveraineté lié au respect des frontières issues de la colonisation. Quant aux Chagossiens, ils demandent réparation et retour au pays.
La lutte courageuse et exemplaire de ce petit peuple lui a permis d’obtenir une avancée importante. En 2000, la Haute cour de Londres a reconnu la citoyenneté britannique aux Chagossiens. Ce qui veut dire, précise Olivier Bancoult, que « la Haute cour de Londres a reconnu que nous avions été bel et bien des résidents permanents des îles Chagos et qu’en tant que tel, nous pouvions désormais retourner sur nos terres ». En novembre dernier, un jugement plus mitigé a été rendu, mais, selon Paul Bérenger, cette décision ouvre des « fenêtres d’opportunité ». Elle donne la possibilité d’aller plus loin. D’ailleurs, comme l’estime Jean-Yves Langenier, la reconnaissance des droits des Chagossiens sera incontournable, « la solidarité internationale ne pourra que se renforcer », comme l’attestaient samedi les représentants de l’Afrique du Sud, de la Chine et de l’Inde.
Pour le maire du Port, la cérémonie de samedi avait un sens politique fort. Elle a traduit la solidarité du peuple mauricien avec l’action des Chagossiens. Jean-Yves Langenier a également rappelé que le Premier ministre mauricien « adhère totalement à la lutte des Chagossiens. C’est un soutien de la première heure ». La pose d’une stèle est un « nouveau geste fort ». Quant à la cité maritime, elle compte s’impliquer encore davantage pour apporter sa « nécessaire contribution à la lutte des Chagossiens » (voir encadré).
| Une solidarité renforcée et officialisée |
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| Partenaire de longue date des Chagossiens dans leur lutte pour que leurs droits soient reconnus, la commune du Port était la seule délégation d’un pays tiers invitée par le gouvernement mauricien à participer à la cérémonie de samedi dernier. Afin de renforcer encore cette solidarité entre Le Port et le peuple chagossien, le maire de la cité maritime, Jean-Yves Langenier, a annoncé toute une série d’actions qui seront accomplies par la municipalité. Tout d’abord, une délibération-cadre sera soumise au Conseil municipal. Elle aura pour but d’officialiser les relations entre Le Port et les Chagossiens. Une telle décision pourrait déboucher sur un accord de jumelage entre la commune et une association chagossienne. Ensuite, les Chagos seront l’an prochain l’hôte d’honneur de la Semaine créole. À cette occasion, une importante artère de la cité maritime sera nommée afin que les Réunionnais puissent avoir à l’esprit le crime subi et la lutte courageuse menée par ce petit peuple de 8.600 personnes contre la plus grande puissance mondiale. Car, poursuit Jean-Yves Langenier, « il est important d’être avec eux ». Ces démarches de rapprochement fraternel entre deux peuples de l’océan Indien vont donner la possibilité à des Chagossiens de tenir des conférences à La Réunion. Ils pourront évoquer leur soif de justice et rappeler une partie méconnue de l’Histoire de notre région, en relatant par exemple les méthodes utilisées par les colonialistes britanniques pour les déporter du pays de leurs ancêtres. |
| Les Chagossiens ne peuvent pas fleurir les tombes de leurs ancêtres |
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| Pour le Premier ministre de Maurice, Paul Bérenger, comme pour Jean-Yves Langenier, les Chagossiens apparaissent comme « les sacrifiés de l’indépendance mauricienne ». Entre 1965 et 1973, c’est tout un peuple qui a été déporté. À la veille de l’indépendance, la Grande-Bretagne a détaché administrativement l’archipel de Maurice. Il constitue une position stratégique importante, en plein cœur de l’océan Indien. Objectif des dirigeants britanniques : permettre à leur allié américain de construire ce qui constitue aujourd’hui comme une des plus grandes bases d’agression du monde sur la principale île des Chagos, Diégo Garcia. De là sont partis et partent les bombardiers qui ont semé la mort en Irak, en Afghanistan, tandis que le lagon peut abriter des porte-avions et des sous-marins nucléaires. En temps de guerre, Diégo Garcia peut héberger plusieurs milliers de soldats américains.
C’est tout un peuple qui, du jour au lendemain, a dû tout quitter. Le calvaire a commencé par la fermeture de l’usine de coprah, seul employeur, puis par l’empoisonnement des chiens, et s’est poursuivi par les embarquements forcés vers deux terres d’exil : les Seychelles où ils sont quelques centaines et Maurice, où ils sont aujourd’hui plus de 8.000. |
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
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