La Mobilisation

La grande marche pour l’emploi

Face aux menaces contre les C.E.S., C.E.C., C.I.A. et C.E.J.

12 août 2003

Les Portois, comme tous les Réunionnais, ne se laissent pas faire et réagissent aux mesures gouvernementales contre l’emploi à La Réunion. En effet, après avoir anéanti le dispositif ’Emploi jeune’, après avoir raccourci de deux ans le dispositif CEC, le gouvernement envisage de mettre 10.000 Réunionnaises et Réunionnais dans une situation encore plus précaire qu’aujourd’hui. Et pourtant, elle est vraiment précaire, leur situation. D’où une réaction forte : comme leurs aînés, il y a trente ans et un mois, les Portoises et les Portois ont décidé de se rendre, à pied, à Saint-Denis, pour y déposer une motion en préfecture.

Il y a trente ans, la situation était aussi très grave : en pleine période de fraude électorale, le gouvernement ne voulait pas reconnaître la citoyenneté française aux travailleurs réunionnais, en refusant de leur accorder le même salaire minimum qu’en France. Sans compter que, pendant les quinzaines de chômage, il n’y avait pas d’indemnisation. Devant de telles injustices, les Réunionnaises et Réunionnais étaient "descendus dans le chemin". Du Port à Saint-Denis, du Tampon à Saint-Pierre, elles et ils avaient marché, pour obtenir l’application d’un droit. Celui d’être considérés comme des citoyens à part entière. Celui d’avoir un emploi. Quand bien même celui-ci est précaire, ne dure pas plus de six mois... et est attendu pendant trois fois plus de temps.
Comme le disait hier Monica Govindin, « alon bouzé ». « Il n’y a que l’action qui peut faire bouger le gouvernement ». « L’heure n’est plus aux discussions : l’heure est aux décisions. Nous devons décider de ce que nous allons faire », soulignait Michel Séraphine.
Raymond Lauret, lui, rappelait aux jeunes ce que leurs parents ou grands-parents avaient fait, il y a trente ans et un mois, puisque c’était en juillet 1973 : une grande marche, entre Le Port et Saint-Denis. « Une grande marche pour faire aboutir une cause juste : l’indemnisation du chômage à La Réunion. Ils y sont parvenus, grâce à leur détermination ». Car « rien ne s’obtient sans action ni mobilisation. Le gouvernement tire une nouvelle fois à boulets rouges contre les Réunionnais les plus défavorisés, les plus démunis. Après la CMU, après la retraite, après les emplois-jeunes, après beaucoup d’autres choses, c’est maintenant contre les CES et CEC ».
Mais ce ne sont pas seulement celles et ceux qui attendent un "petit contrat" qui doivent se sentir concernés par cette menace, c’est toute la population réunionnaise. « Nous sommes tous concernés, et nous devons réagir sans tarder, la semaine prochaine, ce sera trop tard. La réunion du FEDOM pourrait se tenir le 18 août. Si l’on ne se réveille pas tout de suite, si la population réunionnaise ne descend pas dans la rue, et sans pour autant gêner les autres Réunionnais, alors, on peut craindre le pire », poursuit Raymond Lauret.
L’objectif est donc de « faire quelque chose qui se voit » et qui « n’embête pas les autres Réunionnais ». L’idée de cette grande marche est mise aux voix : elle est approuvée à l’unanimité. Histoire de montrer « à ceux qui sont dans les bureaux à Paris, quelle est la situation à La Réunion ». Que le taux de chômage est le plus fort de toute la France. Que ces contrats, ce n’est pas du superflu, c’est la seule et unique chance pour des milliers de Réunionnais de pouvoir montrer leurs compétences. D’avoir une première expérience professionnelle. De sortir de cette spirale infernale qu’est le chômage.

Tous ensemble

Comme le soulignait Raymond Lauret, cette grande marche, ce n’est pas seulement l’affaire de celles et ceux qui attendent un CES ou un CEC. C’est l’affaire de tous. La précarité touche tout le monde. « En tant que syndicaliste, c’est normal que je sois ici présent aux côtés des personnes en difficultés, car nous menons le même combat : celui contre la précarité ; les journaliers communaux, eux aussi, ont eux aussi des emplois précaires. La politique ultra libérale du gouvernement Raffarin est un rouleau compresseur » et son champ d’action, c’est aussi bien « l’emploi que le logement », note Freddy Semerle en concluant : « nous sommes tous concernés face à ce gouvernement qui veut rendre les plus pauvres encore plus pauvres et les plus riches encore plus riches. J’appelle toutes les organisations syndicales à venir rejoindre celles et ceux qui sont dans une situation de précarité ».
Un appel entendu et relayé par tous, emplois jeunes, comme David Robert : « le gouvernement est sourd à toute la détresse des plus défavorisés, il vient de commettre une nouvelle attaque contre les plus précaires. Nous sommes jeunes, mais nous savons ce qui est bon ou pas bon pour notre pays. Nous demandons un travail et le respect de notre dignité ». Ou comme Paris Paniandy : « non au terrorisme social que fait le gouvernement, non au hold up qu’il commet sur les plus pauvres et les plus démunis. On n’acceptera pas qu’il mette 10.000 personnes à la rue. Il y a un an, c’était 10.000 emplois jeunes, aujourd’hui, 10.000 CES ou CEC. Ce sont des attaques inadmissibles. La zénès i lèv dobout ». Cette jeunesse qui n’a pas manqué de haranguer ses dalons, en expliquant que cela ne suffit pas de dire « alon bouzé » si l’on ne le fait pas réellement, et que celles et ceux qui ne participeraient pas demain à cette marche, auraient bien du mal, par la suite, à faire comprendre leur mécontentement.
Et Raymond Lauret de conclure cette rencontre par quelques conseils pratiques : que chacun se munisse de bonnes chaussures de marche, de bouteilles d’eau, d’un chapeau, et « rendez-vous à 7 heures 30 devant la mairie », pour prendre la route, via La Possession atteindre Saint-Denis pour y déposer une motion en préfecture.

Des problèmes en chaîne suite à l’absence de réunion du F.E.D.O.M.
Baisse de la durée du contrat ou moins de C.E.S. en 2004 ?
La décision du gouvernement de supprimer 75% du nombre de CES et CEC aura des conséquences innombrables, parfois irrémédiables. Mais le fait de la prise de décision tardive par le FEDOM du quota définitif va provoquer encore plus de situations conflictuelles. Explications.

Un contrat CES est signé au minimum pour 5 mois et demi. Il est "valable" pour le semestre pour lequel il a été signé. C’est la raison pour laquelle, généralement, le comité directeur du FEDOM se réunit quelques semaines avant le début du semestre. En se réunissant en mai/juin, les contrats peuvent être signés dès juillet et se terminer fin décembre. En se réunissant en octobre/novembre, ils peuvent débuter en janvier et se terminer en juin.

Or voilà, depuis mai, on attend en vain la réunion du comité directeur du FEDOM. Est-il besoin de rappeler que cette réunion devrait se tenir avant la rentrée scolaire (vraisemblablement celle de La Réunion), donc avant le 28 août, et au plus tôt le 18 août. Toujours est-il que si le calendrier scolaire peut être modifié, on ne peut rajouter de mois supplémentaires à une année : elle en aura toujours 12.

Et l’on se retrouve devant un sacré casse-tête : si les premiers contrats étaient opérationnels vers le 25 septembre et comme généralement on commence un contrat le 1er du mois, on peut dire le 1er octobre, comment, entre le 1er octobre et le 31 décembre va-t-on pouvoir faire pour dégager 5 mois et demi ? Impossible.

Première hypothèse : on ne fait pas des contrats de 5 mois et demi minimum, mais des contrats de trois mois. Ce qui est à peine le temps nécessaire pour pouvoir prétendre à une indemnisation par les ASSEDIC. Et en plus, il faudrait trouver une astuce juridique, réglementaire pour justifier cette décision. À moins que, le gouvernement se saisisse de cette "opportunité" pour réduire tous les CES à 3 mois, comme il avait réduit les CEC de 5 ans à 3 ans. Ce qui serait tout à fait plausible, au vu de la politique ultra libérale de ce gouvernement qui avait bien eu l’idée de réformer - aussi - le système d’indemnisation chômage : il faudrait travailler plus de six mois pour être indemnisé moins longtemps et, bien sûr, à un tarif moindre. Le récent exemple des intermittents n’est pas fait pour nous rassurer.

Autre hypothèse : les contrats peuvent "courir" sur 2004. Et là aussi, il y a danger : celui de voir le gouvernement se prévaloir des mois-CES déjà engagés au titre de l’exercice du deuxième semestre 2003 être intégrés dans le calcul de la dotation du premier semestre 2004. Lequel se verrait donc amputé d’autant. Ce serait donc une autre façon de réduire les quotas.

En posant le problème de cette façon, en connaissant les objectifs de ce gouvernement (faire des économies, sur le dos des plus pauvres, et notamment des Réunionnais), on ne peut que se dire que l’une comme l’autre des hypothèses est vraisemblable. Et que dans un cas comme dans l’autre, les conséquences vont être les mêmes : appauvrissement des plus pauvres. Et si l’une des deux hypothèses venaient à se vérifier, voici une raison supplémentaire de se mobiliser et de réagir.


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Témoignages - 82e année


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