Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
8 février 2008

La photo du président en visite en banlieue à Sartrouville (Yvelines), parue dans “Le Parisien”, “Le Figaro” et ”Libération” mardi 22 janvier, n’a pas été signée d’un photojournaliste. C’est un gendarme, Laurent Blevennec, qui en est l’auteur. La légende des journaux, pourtant, n’en dit rien. Et aucun autre photographe n’a couvert la rencontre de Nicolas Sarkozy avec les jeunes.
Comment une image officielle, signée par un membre du service photo de l’Elysée, peut-elle ainsi se retrouver sans avertissement dans les quotidiens ? Deux journalistes de “Libération” ont mené l’enquête : la photographie en question a été récupérée par l’agence Reuters, qui l’a ensuite distribuée à ses clients et aux autres agences. En précisant "HO/Elysée Palace".
"HO", en langage d’agence, signifie "Hand Out", distribution. Chez Reuters, on apprécie peu l’article paru dans “Libération” lundi 28 janvier : « La source était très claire. Tous les services photo savent ce que "HO" veut dire. C’est la responsabilité des journaux d’informer leurs lecteurs. Récupérer des images auprès de sources officielles n’a rien d’extraordinaire ».
Sauf que cela arrive rarement en France, où M. Sarkozy est suivi en permanence par une nuée de photographes. « On préfère bien sûr avoir nos propres images. C’était un dépannage », dit-on chez Reuters.
Que s’est-il donc passé à Sartrouville pour que la presse rate ce moment où M. Sarkozy dialogue avec des jeunes ? Sur place, les photographes étaient organisés en pool : pour éviter la cohue, un seul travaille pour toutes les agences filaires, un autre pour les magazines et un pour la presse nationale. « Les services de l’Elysée nous avaient dit d’attendre au commissariat, explique un membre du pool. Nicolas Sarkozy devait y faire une conférence de presse ».
Sauf qu’avant, le président a fait un arrêt à la gare pour serrer quelques mains. Officiellement, cette halte était « impromptue ». Alors, forcément, aucun photographe n’a été convié. Les télévisions, qui se sont précipitées, ont glané quelques images. Les photographes, eux, ont tout raté.
Les services de l’Elysée ont donc offert de les "dépanner" en leur donnant leurs images, où l’on voit M. Sarkozy, l’air résolu. Gracieusement, bien sûr. Mais si l’accueil, à Sartrouville, avait été moins chaleureux, se seraient-ils montrés aussi charitables ?
Courrier des lecteurs
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