Droits humains

« Larg pa lo komba pou war klèr domin »

Journée mondiale du refus de la misère

18 octobre 2003

« Larg pa lo komba pou war klèr domin », c’est avec cet encouragement qu’un millier de personnes s’est retrouvé hier après-midi sur le parvis de Champ Fleuri à l’appel d’ATD Quart-Monde, parmi elles, Huguette Bello et Hilaire Maillot.
L’objectif était bien sûr de marquer de leur présence cette journée symbolique, eux qui œuvrent tout au long de l’année pour améliorer le quotidien des familles réunionnaises.
« Là où les hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits humains sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir ». Cette phrase écrite par le Père Joseph Wresink est gravée dans la dalle de l’esplanade du théâtre de Champ Fleuri. L’endroit était symbolique mais ô combien important en cette Journée mondiale du refus de la misère. Chaque jour dans son action, ATD Quart-Monde rencontre des personnes qui vivent une misère matérielle mais surtout morale. « L’exclusion se traduit avant tout par une détresse humaine. Les familles que nous visitons se sentent en dehors de la société. Bien sûr, il faut que le monde évolue mais eux pensent qu’on ne leur demande plus leur avis. Ils ne sont pas partenaires du développement de leur pays. Mais une grande crainte est perceptible chez les femmes réunionnaises ayant des difficultés matérielles, c’est la peur que leurs enfants soient placés. À ATD Quart-Monde, on se bat pour empêcher que des enfants soient enlevés à leurs familles sous le seul prétexte qu’ils n’ont plus suffisamment d’argent », explique Sylvianne Richard, volontaire depuis 10 ans à ATD Quart-Monde.

Des "galets bonheur" pour faire reculer la misère

Plusieurs ateliers étaient proposés aux enfants et aux adultes. Autour d’une grande balance qui symbolise le combat contre la misère, les enfants étaient invités à faire pencher la vanne du côté droit, celui du bonheur en y déposant des "galets-bonheur" qu’ils avaient peints. Le plateau de gauche contenait les galets dans leur état brut, symboles de la misère que les enfants récupéraient au fur et à mesure. De même, ils devaient écrire ce qu’ils comptaient faire pour construire un monde meilleur. Une manière de redonner des couleurs à la vie. Les adultes, eux, s’engageaient sur une carte pour construire une autre société. « Je m’engage pour un an dans un quartier, ma famille, mon école, dans mon milieu associatif ou professionnel contre la misère et l’exclusion, je choisis de voir..., je choisis d’agir... ». Après avoir déposé leur carte d’engagement, ils allégeaient le panier d’un galet gris.
En fin de journée, les familles ont pu assister à un spectacle de hip hop donné par des jeunes de La Ravine à Malheur. Et une chanson d’espoir, "Change le Monde" de Mickaël Jackson, a été interprétée par les enfants de La Saline.

Que chaque jour soit une journée de lutte

Si cette journée était placée sous le signe du refus de la misère, on a pu voir à quel point toutes les personnes présentes étaient solidaires les unes des autres. Comme l’étaient nos parents à une époque où les Réunionnais vivaient davantage en communauté et se souciaient plus du sort de leur voisin. Après le rassemblement, toutes les familles sont reparties en bus vers leur quartier. Tous sont retournés dans leur quotidien car demain, même si eux seront toujours dans leur tracas, "leur misère" n’intéressera plus grand monde, à part les personnes qui luttent contre les injustices, les associations et tous ceux qui œuvrent au sein d’ATD Quart-Monde pour faire changer les choses. « L’évolution de la société réunionnaise a créé des besoins que les gens n’avaient pas avant », déclare Sylvianne Richard. Et celle qui côtoie la détresse humaine chaque jour termine par ces mots : « L’être humain n’est pas un ventre, il n’est pas un corps à habiller, il est, avant, tout une personne qui pense et qui veut se sentir exister ».

« Vivre avec 1.155 francs par mois »
Georgette Juhel tenait à être présente à cette journée. À 40 ans, elle vit chez ses parents car elle ne touche que 1.155 francs par mois. « La vie est très dure, et encore, moi, je n’ai pas d’enfants. J’ai connu la misère quand j’étais petite mais jamais je n’aurais pensé qu’un jour, je me retrouverais dans cette situation. J’ai travaillé comme femme de ménage pendant 21 ans et j’ai été licenciée. Malheureusement, la déclaration de mes patrons n’était pas exacte et du coup, je n’ai eu droit qu’à cette somme. Comment voulez-vous vivre avec 1.000 francs par mois ? Je ne veux pas du RMI (revenu minimum d’insertion), ni du RMA (revenu minimum d’activité). Je veux un emploi qui me permette de vivre décemment. Je sais travailler de mes mains. Plus jeune, j’aidais mon père dans les champs, il était journalier agricole et cultivait un bout de terre. Il faut nous donner du travail, c’est comme cela que l’on retrouvera notre dignité et qu’on se sentira vraiment dans la société ».

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Témoignages - 82e année


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