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Le "Bourbon pointu" : haute qualité obligatoire

Agriculture

Témoignages.re / 9 mai 2003

Lors d’une conférence tenue mercredi à la Région entre les partenaires de la filière café à La Réunion, le projet expérimental du lancement du café "Bourbon pointu" « de haute gamme » a été présenté aux différents acteurs que sont les producteurs-agriculteurs-expérimentateurs, les élus de la collectivités et les experts du CIRAD. Initiée en août 2002, cette démarche aboutira dans cinq ans, sélectionnant les dix meilleurs cafés susceptibles d’être vendus sur le marché mondial.

« L’objectif est de replacer La Réunion sur le marché mondial du café à la même échelle que le Brésil, la Côte-d’Ivoire, le Costa-Rica... Le café réunionnais sera au plus haut niveau de ce qui est le plus apprécié par les amateurs… », assure le président de la Région, Paul Vergès dans son discours d’ouverture. Aujourd’hui le projet est réalisable. Même si historiquement, le café a joué de son importance, les cyclones, la simple consommation familiale ou une redoutable maladie du caféier au début du 19ème siècle, le relégueront aux oubliettes au détriment de la culture de la canne à sucre ou du géranium.
Ce sont les Japonais en visite sur notre île en août 1999, à la recherche du fameux "café Bourbon pointu", qui donnèrent l’idée à la Région de relancer la caféiculture. "Bourbon pointu" - du fait de la forme pointue de ses cerises et de ses grains -, reconnu pour sa résistance à la sécheresse et ses qualités organoleptiques (goût, odeur, couleur, aspect, consistance…), se place comme sérieux rival des meilleurs cultivars arabica. C’est dans ce cadre que Frédéric Descroix, un spécialiste du café, chercheur et expérimentateur du CIRAD (Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement) de Montpellier, est venu en mission à La Réunion pour sélectionner les candidats à l’expérimentation.

90 producteurs expérimentateurs

90 producteurs ont été choisis représentant quasiment toutes les régions plus ou humides de l’île : Trois-Bassins, Bois Nèfles Saint-Paul, Le Tampon, La Plaine des Palmistes, Petite-Île, Petite France, Mont-Vert les Hauts, les hauts de La Possession, Sainte-Suzanne ou Saint-Benoît…
Il faut savoir qu’à La Réunion, la condition sine qua non de cette production haute gamme du café ne sera cultivée que par voie humide. Les Réunionnais, jusqu’à maintenant ne produisaient leur café surtout à consommation familiale que par voie sèche. La complexité des terroirs en fonction de la diversité des sols et des données climatiques apportera une qualité et une appellation différente selon les régions. En effet, une fermentation du plant de café à 8 degrés la nuit et à 17 degrés dans une autre partie de l’île déterminera la valeur de la qualité de la production.
La Réunion, ne pourra miser que sur une production de "grand cru". En effet, les coûts de production réunionnais interdisent la production de café ordinaire sur le marché mondial. Une centaine de caféières de 1.000 mètres carrés ont été attribués aux producteurs-expérimentateurs en octobre de l’année dernière. Vingt-six parcelles des descendances des pieds mères s’y regroupent.

Viser la qualité

« Nous préparons une filière du café avec tous les atouts pour qu’elle soit efficace et de grande qualité », affirme Frédéric Descroix, surnommé "le pompier du café" par ses collègues de Montpellier. Après avoir retracé les étapes de la crise du café mondial touchant essentiellement les pays producteurs de cafés "ordinaires" depuis janvier 2000, l’expert du CIRAD a développé son exposé sur les critères de qualités demandés par le producteur (productivité, coûts de production, sensibilité aux maladies et ravageurs), l’exportateur (teneur en eau, grainage, couleur, odeur, état sanitaire, volumes disponibles), le consommateur (sûreté sanitaire, marque, label, qualité organoleptique) et l’importateur (stabilité des caractéristiques, origine (histoire culturelle) combinant le prix pour l’ensemble de ces acteurs.
À l’image des grands crus en matière de vin, les amateurs de café seront prêts à débourser plus pour les cafés spéciaux de La Réunion dont les critères d’arômes (fruité, floral, cacaoté, caramel, noix, épicé) s’équilibreront sur les attributs "dépréciatifs" (vert, terreux, moisi, puant, âpre, aigre, riote, fumé ou brûlé).

S’adapter à la demande

Ces éléments de qualité et la garantie de la stabilité n’iront pas sans la mise en place d’un cahier des charges pour chaque producteur. Après l’expédition des 40 échantillons aux acheteurs, la troisième et la quatrième année, on saura si la cinquième année sera concluante ou pas par l’arrêt du projet ou le démarrage de celui-ci. « Il y aura des pleurs dans cinq ans. Malheureusement, tout le monde ne sera pas élu ! Il faudra voir si les produits demandés correspondront aux marchés des cafés spéciaux », regrette Frédéric Descroix. Heureusement que les agriculteurs ont diversifié leurs cultures et que le café reste un projet expérimental et non principal de leur production.
Pour l’instant, les producteurs ont un formé un mini-comité de six agriculteurs (deux de l’Ouest, de l’Est et du Sud) qui s’acheminera vers une existence plus juridique dans cinq ans par l’association des producteurs expérimentateurs. Les terroirs de chaque producteur élu, seront délimités par les certifications de l’organisme des produits de qualité de la Région. Souhaitons longue vie à notre "Café bourbon pointu" !