Emploi

Le CLE demande le retrait du projet RMI/RMA

Un appel est lancé à toutes et tous

10 octobre 2003

Lors d’une conférence de presse, le CLE (collectif de lutte contre l’exclusion) a lancé un appel pour le retrait du projet de loi RMI-RMA.

Jean-Pierre Técher a commencé par rappeler toutes les attaques du gouvernement contre les plus démunis ou les travailleurs : remise en cause de la CMU, suppression du dispositif emplois jeunes, remise en cause des 35 heures, réforme des retraites... tout cela ayant contribué à « la dégradation du marché du travail et à la détérioration des conditions des plus précaires ».
Et comme il l’avait fait depuis avril, le CLE dénonce le projet de loi décentralisant le RMI et créant le RMA, dispositif qui « incite les bénéficiaires à accepter n’importe quel travail et permet aux entreprises de recruter des allocataires vingt heures par semaine pour le tiers du coût du SMIC ». Une mesure qui va provoquer « un effet d’aubaine » pour des entreprises qui « recourent déjà massivement aux emplois à bas salaires », parmi lesquels le CLE cite les secteurs de « l’hôtellerie, la restauration, les services à la personne, une partie de la grande distribution... ». Et d’expliquer que cette loi aura pour effet « d’encourager certaines entreprises à embaucher des érémistes à la place de ceux qu’elles embauchaient sur des contrats de droit commun, à temps partiel, en intérim ou en saisonnier ». D’où une précarisation encore plus grande, non seulement des précaires, mais aussi des érémistes eux-mêmes : « ils perdront une partie d’autonomie dans le choix de l’emploi, une partie financière », puisqu’ils peuvent « actuellement, en décrochant un mi temps, percevoir jusqu’à 860 euros, alors qu’avec le RMA, ils ne toucheront que 550 euros ». Et d’une manière générale, le CLE regrette que, une fois de plus, les premiers concernés n’aient pas été invités à participer à la réflexion sur la réforme envisagée.
Autre point soulevé par le CLE sur les conséquences néfastes du RMA : « en travaillant un an, un érémiste ne validerait qu’un trimestre de retraite ». D’où ce réquisitoire : « Le RMA n’offre donc pas un salaire mais une contre partie dégradée d’un travail imposé ». Et il semble que l’on s’achemine directement vers un système anglo-saxon nommé "workfare", autrement dit "obligation de travailler contre aide sociale", ce qui n’est pas dans une logique de solidarité.
Et Jean-Pierre Técher de dénoncer toutes ces idées reçues qui associent érémistes et « fainéant, paresseux, tricheur, improductif... », alors que la quasi totalité des études sérieuses montrent que « ceux qui ont du mal à sortir du RMI ont en commun d’être positionnés sur le segment précaire du marché du travail, c’est-à-dire d’être confrontés à des employeurs qui embauchent sur des temps partiels, des emplois saisonniers ».
Si l’Assemblée nationale votait le projet dans les mêmes termes que le Sénat, cela reviendrait à « dégrader un peu plus la situation des allocataires, à leur retirer le peu de droit que la loi de 1988 leur octroyait ». Car « seul l’allocataire sera tenu de respecter le contrat d’insertion ». Laquelle insertion ne se fera plus via la vie associative, culturelle, sportive, « exclue du contenu des contrats d’insertion ». Enfin, « les conseils généraux auront tout pouvoir pour nommer les représentants aux commissions locales d’insertion, et agréeront, seuls, le contrat d’insertion ». Ce qui est d’autant plus dangereux qu’il n’y a « aucune évaluation de pratique » prévue dans le texte de loi et que l’on voit « la suppression des crédits obligatoires d’insertion ».
Jean-Pierre Técher conclut : « On ne peut accepter une loi qui érige le principe de non égalité entre ses membres comme valeur du vivre ensemble. Parce qu’il contribue à "précariser" un peu plus l’emploi, à dégrader les conditions des chômeurs, à produire un nouveau sous-prolétariat, bref à affaiblir et exclure ceux qu’il entend insérer, ce projet de loi est inacceptable et "inamendable". Il doit être combattu à la mesure de l’attaque qu’il représente. Ou retiré ». Et pour que cette attaque soit menée par le plus grand nombre, Jean-Pierre Técher et les membres du CLE demandent à toutes celles et tous ceux qui se sentent concernés de venir signer un appel.


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