Cancun et nous

Le co-développement : un message d’espoir

Travailler ensemble plutôt que se concurrencer

15 septembre 2003

Tout au long de la semaine dernière, ’Témoignages’ a décrit plusieurs conséquences possibles de la mondialisation ultra-libérale dans notre pays ainsi que des propositions réunionnaises pour contribuer à la construction d’une autre mondialisation. Mais si l’on considère les différents défis que nous devons relever au début de ce siècle dans tous les domaines, et si l’on constate que dans notre région, tous les pays sont confrontés à des enjeux aussi importants liés au fait qu’eux aussi vivent un accroissement sans précédent de leur population, il apparaît que La Réunion ’ne se sauvera pas toute seule’.
Ensemble, les peuples de notre région pourraient valoriser leurs propres compétences au sein d’un projet commun qui nous permettrait de relever les défis de la transition démographique. Travailler ensemble plutôt que se concurrencer, n’est-ce pas en totale contradiction avec la mondialisation ultra-libérale ? Cela pourrait être un message d’espoir pour tous les peuples du Sud.

Au début de ce siècle, La Réunion vit une augmentation sans précédent de sa population. De 750.000 habitants, elle abritera 1 million de personnes d’ici 30 ans au plus tard. Dans notre région, tous les pays vont vivre la même situation. Cette dynamique de transition démographique fait apparaître au moins trois enjeux auxquels nous devrons répondre pour que la cohésion de nos sociétés sorte renforcée de cette période : garantir un emploi pour tous, construire suffisamment de logements et produire assez d’énergie sans dégrader l’environnement. Sans oublier les besoins en matière de formation, de déplacements, de désenclavement, de prévention des effets liés aux changements climatiques etc… Tous ces défis doivent également prendre en compte une donnée incontournable : le SIDA ravage l’Afrique australe, diminue l’espérance de vie, désorganise les système de production et frappe une jeunesse qui a à peine le temps de se former avant de mourir.

Un projet de développement partagé

De longue date, beaucoup de personnes à La Réunion et dans les pays du Sud-Ouest de l’océan Indien ont compris qu’il est important pour nos peuples de se rassembler pour tenter de construire un projet de développement partagé. Les partis progressistes de la région ont initié cette démarche dans les années 70 malgré toutes les réticences et critiques ou procès d’intention de ceux qui tentaient de faire peur à l’opinion.
Et au fil du temps, on s’aperçoit que cette idée gagne du terrain. Pourtant, même s’ils sont proches géographiquement, les pays de la région ont à se libérer des séquelles de la colonisation pour tenter de travailler ensemble.
Car depuis cette époque, les productions des îles de l’océan Indien sont concurrentes au lieu d’être complémentaires. Elles sont destinées avant tout à satisfaire un marché métropolitain : par exemple, le sucre réunionnais nourrit la France, celui de Maurice la Grande-Bretagne.
Pour surmonter ce handicap, nous avons comme atout des origines culturelles proches et des objectifs communs.

Une alternative pour la production d’énergie

Pour se développer, les pays de l’océan Indien sont à la recherche d’une alternative dans le domaine de la production énergétique. Comment faire pour disposer d’une énergie suffisamment abondante pour faire tourner des industries et des services, tout en sachant que l’application du modèle occidental à base de pétrole et de charbon n’est pas envisageable ?
Dans ce cadre, La Réunion pourrait faire profiter ses voisins de ses acquis et de ses projets dans le domaine des énergies renouvelables. Par ailleurs, alors que le monde commence à être confronté aux premiers effets d’un changement climatique et que l’Occident perçoit la nécessité d’un développement durable, des formations liées à l’environnement se mettent en place avec l’Université de l’océan Indien. Elle permettent à des jeunes de notre région de mieux se connaître et de travailler ensemble, en échangeant leurs expériences.

S’ouvrir vers d’autres horizons

De par l’étroitesse de leur territoire, les pays de l’océan Indien sont condamnés à s’ouvrir vers d’autres horizons. Leur emplacement est stratégique, entre l’Asie qui devient une superpuissance économique, et l’Afrique orientale qui a tant de besoins à satisfaire.
Nos îles ont beaucoup à gagner à mettre en place des actions communes pour unir leurs forces. Chacun a à apporter aux autres et à apprendre des autres dans la construction de ce vaste projet de co-développement.
C’est une occasion de montrer aux peuples du Sud que l’on peut surmonter les divisions issues de plusieurs siècles de domination coloniale, pour construire ensemble un co-développement qui garantisse aux générations futures des conditions de vie plus dignes. C’est un message indocéanique de résistance à la mondialisation ultra-libérale.

Désaccord à la veille des dernières négociations à Cancun
Les ministres des pays membres de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ont reçu un deuxième texte préparatoire de la déclaration de Cancun dans lequel il n’y a pour l’instant aucun accord ni aucun chiffre. Ce document reprend un à un les différents points qui étaient encore débattus la nuit dernière. Ce brouillon est déjà fortement contesté par les pays du Sud qui considèrent que l’Union européenne et les États-Unis ont, une nouvelle fois, réussi à imposer leurs vues. Dès le début de la conférence ministérielle de l’OMC à Cancun, le thème de l’agriculture était au centre des débats. Et dans ce domaine, le document proposé à la signature hier était sensiblement le même que le projet ministériel proposé le 24 août dernier et que tout le monde avait en main dès l’ouverture du cinquième sommet de l’OMC, le 10 septembre à Cancun.

Il contient des promesses vagues de fin des subventions à l’exportation - sans date, ni échéance - de la part des pays riches en échange d’une ouverture totale des marchés des pays du Sud. Et il ne tient pas compte des revendications portées par les pays pauvres qui subissent les conséquences les plus dramatiques de la mondialisation libérale.
Pour les pays producteurs de coton d’Afrique, il n’est pas même fait mention de leurs réclamations, ni des indemnisations compensatoires qu’ils réclament du fait des dégâts provoqués par des règles commerciales inéquitables. Les filières cotonnières d’Afrique de l’Ouest et du Centre, dont les coûts de productions et les salaires sont pourtant parmi les plus bas du monde, ne peuvent plus vivre de leurs revenus et risquent d’être exclus au profit de producteurs plus compétitifs car fortement subventionnés.
Une solution à leurs problèmes aurait permis de donner une certaine crédibilité à l’OMC et un peu de cohérence aux propos des pays du Nord. Elle aurait surtout aidé à sortir de la pauvreté des millions de personnes.

Il ne semble pas, que les revendications des millions de pauvres ont été entendues à Cancun. Les pays du Sud estiment que le projet de déclaration finale est un camouflet.
« À première vue, ce n’est pas assez. Il y a trop d’ambiguïtés », a déclaré le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim. « S’il n’y a pas de percée importante dans des domaines qui nous intéressent, je pense que l’on risque (...) de n’aller nulle part ».
D’autres délégués de pays en développement ont été plus critiques encore. « C’est un mauvais document. Tout est mauvais. L’agriculture est totalement déséquilibrée », a déclaré un délégué asiatique. L’ONU, à travers le représentant de Kofi Annan, a même déclaré que c’était un texte « alarmant », en retrait de la déclaration de Doha. Mais comme le montre le projet de texte final concernant l’agriculture, l’organisation chargée de donner des règles au commerce mondial est avant tout une chambre d’enregistrement au service des plus puissants.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus