Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
École
La commission ad hoc est installée depuis lundi
17 septembre 2003

Le Premier ministre a lancé officiellement lundi le grand débat annoncé sur l’éducation sur tout le territoire de la République, en déclinant l’objectif de cette opération : « Le diagnostic partagé, ainsi fondé sur vos débats, permettra de déterminer le contrat qui lie pour le 21ème siècle la Nation à son école ». Une commission a été spécialement créée à cet effet. Composée d’une soixantaine (58 exactement) de membres, elle aura pour mission d’assurer l’organisation d’un débat qui devrait pratiquement durer un an, auquel chacun doit pouvoir participer. À La Réunion, ce débat sur l’école est indispensable. Mais son organisation n’est pas encore connue.
Ce débat va se dérouler en plusieurs étapes. La première étape est un "constat" sur l’état de l’école, établi par le Haut conseil de l’évaluation de l’école (HCEE). Une fois ce rapport rédigé, il sera remis en octobre à la "commission du débat national sur l’avenir de l’école" (voir encadré).
La deuxième étape consistera à "traduire" en quelque sorte, ce "constat" en questions. La troisième étape sera la discussion, dans toute la France, à la fois du constat du HCEE et des questions formulées par la commission. De source gouvernementale, on envisage la tenue de quelques
10.000 débats, ce que Jean-Pierre Raffarin a appelé des « journées banalisées ». Elles se termineront vraisemblablement mi 2004.
La quatrième étape sera celle durant laquelle la commission collectera les réponses et rédigera à un rapport destiné aux parlementaires. La cinquième étape sera la discussion de ce rapport par les parlementaires. Ils devront alors rédiger une nouvelle loi d’orientation pour l’école. Date envisagée pour l’étude par les parlementaires : second semestre 2004.
Si l’idée avait été lancée il y a pratiquement un an, il aura fallu attendre pour voir le début officiel. Bien sûr, la guerre en Irak a retardé l’opération, mais les manifestations de mai/juin ont, elles, contribué à "lancer le débat". Peut-être pas sous la forme souhaitée par les ministres....
Toujours est-il qu’en France, dès l’annonce du lancement de ce débat, la contestation est déjà née. Des anciens ministres de l’Éducation nationale ont d’ores et déjà annoncé qu’ils n’y participeraient pas, alors qu’ils sont membres de droit de la dite commission. Le Parti socialiste a, lui aussi, rejeté l’idée. Mais à La Réunion, le débat paraît indispensable. Le rôle, la place de l’école a été soulignée par tous : élus de tous partis, syndicats, parents, élèves... Reste à attendre maintenant pour connaître les modalités d’organisation.
| Pluralité ? |
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| La commission est présidée par Claude Thélot. Conseiller maître à la cour des comptes et professeur associé en économie à l’Université Paris-V, il a été à la tête du haut conseil de l’évaluation de l’école entre janvier 2001 et février 2003. La commission a été qualifiée de « pluraliste » par le ministre de l’Éducation, au prétexte de sa composition.
Or, parmi la soixantaine (58 exactement) de personnes, nombreux sont les « grands spécialistes du monde éducatif », même si, pour Luc Ferry, ils ont des idées « diamétralement opposées », donc susceptibles de faire avancer le débat. Si le débat ne doit pas être un débat d’experts, pourquoi, sur 56 membres, ces experts sont-ils si nombreux ? Car y figurent 8 anciens ministres de l’éducation, 16 personnalités extérieures (sociologue, philosophe, journalistes, experts dont un Belge et un Britannique), 8 parlementaires, Et une place est faite aux "usagers" de l’école (8 membres), parmi lesquels un ancien président du groupe de construction, un représentant de la confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment, une PDGère... et quand même des représentants des fédérations de parents d’élèves. Les élèves et les enseignants, eux, sont des « 16 acteurs » (le vocable est intéressant). Ne cherchez pas : il n’y a aucun représentant... d’organisation syndicale. Aucun représentant politique. Leur seule "participation" sera une audition par les membres de la commission... |
| Un référendum ? |
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| Ce grand dialogue ne devrait « pas (être) très loin d’un référendum » claironnait le ministre de l’Éducation, Luc Ferry. On se demande bien quelle signification il donne au mot "référendum", qui est, selon le dictionnaire, une « procédure qui permet à tous les citoyens d’un pays de manifester par un vote l’approbation ou le rejet d’une mesure proposée par les pouvoirs publics ».
Si l’on suit la logique de Ferry, on a seulement le droit de dire "oui" ou "non", et pas celui de faire des propositions... À moins que le référendum porte sur le livre de ce ministre "Lettre à ceux qui aiment l’école"... |
| Sans tabou ? |
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| Le Premier ministre a clairement parlé de sa priorité : l’égalité des chances qui, aujourd’hui « n’est pas assurée ». Il expliquait : « Les phénomènes de ghettos se multiplient, l’échec scolaire est présent et l’école ne remplit plus tellement sa fonction de promotion sociale ». Et dans la foulée, il a parlé de la laïcité (en souhaitant que la commission collabore activement avec la commission Stasi) et d’insister sur la question de la sécurité, « une nécessité face à l’insécurité dans les établissements scolaires ». Toujours est-il que certains ont d’ores et déjà fait remarquer que le débat ne portera ni sur l’enseignement supérieur, ni sur la recherche. Mais la commission devrait aborder tous les sujets. Même ceux qui fâchent : le travail des enseignants, leurs conditions de travail, leur nombre, leur salaire. Le tout figure dans le chapitre des "questions budgétaires". |
| Quel débat pour La Réunion ? |
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| Selon les informations contenues sur le site internet ouvert à ce sujet (www.debatnational.education.fr), « Toutes les forces de la Nation doivent pouvoir s’exprimer sur l’avenir de l’École, sujet fondamental pour l’avenir de notre pays et de notre jeunesse ». Il précise : « Dès novembre 2003, le débat sur l’avenir de l’École, largement décentralisé, se déroulera à la fois à la l’extérieur du système éducatif (au niveau local) et à l’intérieur (dans des établissements scolaires) ». "Libération" précise que « plus de 10.000 débats devraient être organisés d’ici à fin décembre dans les établissements scolaires, les arrondissements, les conseils économiques et sociaux régionaux... ».
Le CESR de La Réunion est donc concerné. Son directeur, M. Lamotte, explique que la structure se doit de participer à un tel débat, mais que, officiellement pour l’instant, l’instance n’a pas été saisie par qui que ce soit. Et tout aussitôt de remarquer que, à la différence des autres régions de France métropolitaine, existe ici, une structure qui, elle aussi, est concernée. Au moins tout autant. Il s’agit du CCEE (Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement). Reste donc à savoir comment va s’articuler l’organisation de ce débat à La Réunion. Qui va être "chef de file" : CESR, CCEE, Rectorat...? Par ailleurs, il serait souhaitable que toutes les collectivités s’impliquent dans ce débat, d’une manière ou d’une autre, car elles sont toutes concernées : le conseil régional (pour les lycées et dans une certaine mesure pour l’université), le conseil général (pour les collèges), les communes (pour les écoles primaires et maternelles). Il serait aussi très intéressant que les syndicats - surtout ceux d’enseignants - soient officiellement impliqués dans les débats. Tout comme il serait fort utile d’y inviter les partis politiques en tant que tels : certes, il y a la campagne des élections régionales et cantonales de mars 2004. Mais de là à penser que ce débat pourrait être "plombé" par des déclarations intempestives de portée uniquement politicienne, électoraliste et non constructive.... En clair, il faudrait que La Réunion ait un mode d’organisation qui corresponde à sa situation particulière : région mono-départementale, avec une poussée démographique importante, donc provoquant une croissance des effectifs, une situation de diglossie (avant d’espérer atteindre une situation de bilinguisme), une fracture sociale importante (plus qu’en France) et se creusant, d’où la nécessité de (re)faire fonctionner cet « ascenseur social » qu’est l’école. Sans compter le gros problème de manque d’effectifs pour les enseignants, pour les non enseignants, qu’ils soient des TOS, des ex aides éducateurs pour lesquels le problème est très très "chaud". Ou des MI-SE. Reste maintenant à savoir si Jean-Pierre Raffarin et son gouvernement iront jusqu’à mettre leurs paroles en pratique. En effet, le premier ministre a dit et répété que ce débat s’apparentait à un exercice de « démocratie directe ». Il serait donc très malvenu de commencer cet exercice de démocratie directe en mettant de côté toutes propositions réunionnaise quant aux modalités d’organisation. |
Courrier des lecteurs
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