Politique et société

Le poids de la parole réunionnaise

10.000 emplois sauvés

16 août 2003

Suite à l’annonce - au début de la semaine dernière - faisant état d’« informations officieuses » indiquant la suppression de 75% du quota de CES pour La Réunion au 2ème semestre, soit 10.000 sur 13.000, notre pays a vécu pendant plus d’une semaine une mobilisation riche d’enseignements. Une mobilisation qui a conduit le gouvernement à reconsidérer sa position et à reconduire au second semestre la même quantité de CES qu’au premier.
Même si le problème est loin d’être totalement réglé (voir "Témoignages" du jeudi 14 août), les faits et prises de position montrent que lorsque les Réunionnais arrivent à surmonter leurs légitimes divergences politiques sur un sujet qui concerne l’existence même de la cohésion sociale de notre pays, ils arrivent à se faire entendre. Ceux qui n’arrivent pas à admettre que les Réunionnais sont capables de s’unir ou qui font tout pour tenter d’empêcher une telle union feraient bien de se poser la question suivante : que serait-il advenu sans un tel mouvement, aussi unanime ?

Les travailleurs les plus directement concernés par cette mesure annoncée n’ont pas tardé à se rassembler. Logique. Ils ont été soutenus dans leur lutte par les deux collectivités et par de nombreux maires afin que Paris reconduise au moins le quota de CES attribué au 1er semestre pour le second. Différents partis politiques et élus, des associations comme la FCPE ou le MTKR et des syndicats comme le SNUipp-FSU ont apporté leur solidarité.
Par la suite, les parlementaires de la majorité et de l’opposition ont pris des initiatives qui allaient dans le même sens. Un large front a réussi à se constituer, marqués par plusieurs actions, en particulier à Saint-Denis, Sainte-Suzanne et La Possession. Une grande marche de solidarité a été organisée entre Le Port et la préfecture à Saint-Denis avec des CES, des élus, des religieux, des sportifs etc.
Parallèlement, des courriers avaient été envoyés à la ministre de l’Outre-mer et au Premier ministre par le sénateur et président de la Région, par le président de l’Association des maires et par les autres parlementaires. Chacun a pris ses responsabilités pour préserver La Réunion d’une catastrophe sociale annoncée.

Pendant tout ce temps, l’État ne donnait pas de réponse. Interpellé de toutes parts, Paris restait silencieux chaque jour qui passait. Mardi midi, quelques heures avant l’intervention de la ministre de l’Outre-mer au journal de Télé-Réunion, le représentant de l’État à la préfecture n’était pas en mesure de répondre à l’inquiétude des centaines de marcheurs arrivés à sa porte. Mardi soir, une demi-heure avant la diffusion de la déclaration de Brigitte Girardin à la télévision, le président du Conseil général alertait la presse au sujet de l’examen de « la situation préoccupante des CES » le lendemain matin en Commission permanente.
L’annonce par la ministre de l’Outre-mer de la reconduction du quota de CES apparaît alors comme un succès de l’action et de l’union d’une très large majorité de Réunionnais.

Bientôt, d’autres défis seront à relever. Les questions du transfert imposé aux collectivités du personnel non enseignant, des retraites et des emplois-jeunes ont déjà été à l’origine de manifestations sans précédent au cours des derniers mois. Elles se reposeront sûrement. À plus ou moins long terme, l’emploi, le logement (voir "Témoignages" de jeudi), l’énergie, le co-développement, les changements climatiques, les déplacements, la cohésion sociale etc… sont des sujets sur lesquels les Réunionnais ne pourront pas faire l’économie d’un débat et d’un projet cohérent à la mesure des besoins du pays. Pendant ce temps, l’emploi ne cessera d’être la préoccupation principale des Réunionnais, d’autant plus que les chiffres sont implacables : la population active augmentera considérablement durant plus de 20 ans. Or, comment envisager un développement du pays avec un chômage structurel aussi important ?
Sur toutes ces questions essentielles, il est important que les Réunionnais fassent entendre leur voix. Dans un contexte de mondialisation ultra-libérale accentuée, le gouvernement peut être amené à prendre des décisions dont les conséquences à La Réunion peuvent être dramatiques.

Le poids de la parole réunionnaise sera alors d’autant plus important si chacun est capable de prendre ses responsabilités en surmontant les divergences politiques pour aller dans le même sens, comme pour la sauvegarde de 10.000 emplois les jours derniers.


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