Économie

Le seuil de la pauvreté

17 octobre 2003

L’intégralité de ce qu’écrit l’INSEE au sujet du seuil de pauvreté.

« La pauvreté est un phénomène social aussi facile à constater que difficile à définir. On peut vouloir malgré tout estimer un seuil permettant de calculer le nombre de "pauvres" et de déterminer leurs caractéristiques sociales.
Trois approches s’opposent sur la mesure de cette notion. L’approche par le "bien être" consiste à évaluer le "bien être" des individus à partir de leurs réponses à un questionnaire spécifique. L’approche par les conditions de vie et les consommations consiste à mesurer les conditions de vie des ménages (type de logement, équipement) et leurs consommations ainsi que ce qui peut les influencer (problème de santé). Enfin, l’approche par le revenu se fonde essentiellement sur le revenu et mesure ce que l’on appelle la "pauvreté monétaire". Elle consiste à calculer le niveau de vie à partir du revenu du ménage, en tenant compte de la taille et de la composition de ce dernier, c’est-à-dire du revenu du ménage par unité de consommation.
Cette dernière approche est la plus simple à mettre en œuvre mais elle ne tient pas compte de l’exclusion ou de l’absence d’un réseau social de soutien. De plus, le seuil, calculé à l’aide de cette méthode, peut être fixé de façon absolue (1 dollar par jour et par personne pour le PNUD) ou relativement à la population d’appartenance. Dans le premier cas, on détermine un revenu minimum qui serait le même quelle que soit la population étudiée et la période observée (ce qui peut paraître un peu trop normatif). Dans le deuxième cas, on retient la mi-médiane [1] (ce qui est assez arbitraire).
L’institut européen de la statistique (Eurostat) a adopté une définition harmonisée de la pauvreté pour les différents pays de l’Union Européenne. La méthode choisie est celle de la pauvreté monétaire relative, c’est-à-dire que le seuil de pauvreté étudié correspond à la mi-médiane de la population observée. C’est sur ces recommandations que nous avons calculé le seuil de pauvreté à La Réunion.
La hausse générale du niveau de vie réunionnais a relevé le seuil de pauvreté de 9,6% entre 1995 et 2001. Il est passé de 3.404 euros par unité de consommation [2] à 3.733 euros par unité de consommation en euros constants en 2001. On observe donc une hausse du niveau de vie de cette population la plus démunie. Corrélativement, la part de la population concernée est aussi en hausse : en 1995, 10,2% de la population réunionnaise vivait en dessous du seuil de pauvreté ; en 2001, cette par est de 11,6%.
En France métropolitaine, pour l’année 2000, ce seuil est de 6.960 euros par an et par unité de consommation ; 6,5% des personnes vivent dans un ménage dont les revenus sont inférieurs à ce seuil. Cette différence provient, en partie, de la différence du niveau des allocations sociales, en particulier du RMI entre La Réunion et la métropole. En effet, le RMI de La Réunion n’a rattrapé le niveau métropolitain qu’en 2002 et touche une grande partie de la population du département. Cependant elle s’explique principalement par la part très faible des revenus d’activité pour les ménages les plus pauvres. C’est donc principalement le chômage qui pèse sur le seuil de pauvreté ».

Une évolution très différenciée
• Le seuil de pauvreté à La Réunion est de 3.733 euros en 2001. Il est de 6.960 euros en France en 2000. Premier élément à prendre en compte.

• L’évolution en pourcentage du revenu est très variable en fonction de la structure du ménage. En effet, les ménages les plus défavorisés n’ont vu leur revenu n’augmenter que de 2,8% entre 1995 et 2001, contre une évolution de 9,6% pour ceux qui sont "dans la médiane". Entre les deux, une catégorie a connu une augmentation de 11,1%, celle qui était payée au SMIC.

• Ce sont les couples sans enfant qui ont connu une évolution du niveau de vie plus importante entre 1995 et 2001. En revanche, les couples avec un ou deux enfants, mais surtout les familles monoparentales ont connu une évolution négative, alors que les personnes seules n’ont pas vu d’évolution. En fonction des corrections apportées par l’INSEE quant à la composition des revenus (et l’intégration de l’allocation logement), l’écart est probablement moins important que celui affiché dans le tableau publié par l’INSEE, mais il reste néanmoins source de problème. Et infirme, une fois de plus, l’idée que les familles réunionnaises font des enfants pour avoir un "petit plus" financier...

• Toujours au sujet des personnes seules, « leur niveau de vie a stagné pendant cette même période (+0,7%). Ce sont elles qui vivent le plus souvent en dessous du seuil de pauvreté (21,5%) ».

• Si l’INSEE note « une tendance à la réduction des inégalités », il convient néanmoins de souligner que « les ménages les plus riches ont un niveau de vie 5,9 fois supérieur à ceux des ménages les plus pauvres ». Là aussi, toute correction faite des dérapages d’analyse. Mais la "correction" ne devrait qu’amoindrir faiblement cet écart.

• Par ailleurs, « une personne sur dix vit dans un ménage dont le niveau e vie par personne est inférieur à 3.524 euros par an. À l’opposé, une personne sur dix vit dans un ménage dont le niveau de vie par personne est supérieur à 20.835 euros par an ».

• En outre, les ménages situés autour de la "médiane", (au-dessous comme au-dessus), connaissent « une progression homogène ».

• Enfin, « les retraités sont devenus une composante importante des classes moyennes avec des niveaux de vie qui ont augmenté de 32,6% en moyenne par unité de consommation ». Explication : « les générations qui arrivent aujourd’hui à l’âge de la retraite peuvent en effet justifier d’une carrière complète plus souvent que les précédentes ».

(À suivre)


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