Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Politique
Conférence de presse du Parti communiste réunionnais
18 avril 2003

« On a senti une détermination ferme de la part des personnes concernées », a dit Élie Hoarau en commençant son intervention devant les journalistes hier après-midi à Saint-Pierre. L’analyse des dirigeants du PCR est que le mouvement de grèves et de manifestations dans l’Éducation nationale est « marqué par l’inquiétude et la morosité » a dit Élie Hoarau. Il note que ce mouvement s’est élargi depuis une semaine et que vraisemblablement, il est appelé à connaître de nouveaux développements. Le secrétaire général du PCR a décliné les principales causes sociales et politiques de cette inquiétude généralisée, à laquelle est venue s’ajouter la décentralisation du gouvernement Raffarin.
« Sur le principe, personne ne peut être contre la décentralisation : il s’agit de faire appel aux forces vives des régions, pour plus de responsabilité, plus de dignité, plus de démocratie », a dit Élie Hoarau. « Mais dans l’application, les méthodes utilisées jettent le trouble : on est amené à se demander si l’État n’est pas purement et simplement en train de transférer des charges vers les collectivités ».
Il expliquait dans la foulée les données du débat économique en France et notamment les critères de convergence du Traité de Maastricht, qui contraint les États à réduire le déficit de leurs dépenses publiques à 3% du PIB. Or la France en est encore à 3,8%. « Comment faire face à cette réalité économique qui s’impose à tous ? », a demandé Élie Hoarau dans un questionnement de la démarche du gouvernement. Manifestement, ce dernier a opté pour une manière de faire qui, au lieu de favoriser le dialogue et de mettre tout le monde devant ses responsabilités, alimente toutes les craintes.
« Les personnels de l’Éducation nationale sont demandeurs d’un débat de fond sur l’école républicaine », a-t-il poursuivi, en notant que les mesures prises par le gouvernement vont à l’encontre de cette attente : par exemple, en supprimant 40.000 aide-éducateurs pour les remplacer par 16.000 assistants éducateurs qui ne savent rien de leur statut futur. Ou en faisant planer un doute sur l’avenir de l’école maternelle, dont des syndicats enseignants ont entendu dire que ce secteur de l’Éducation nationale serait confié aux communes.
Au total, de quelque côté qu’on se tourne, le monde de l’Éducation s’interroge sur le risque de « démantèlement du service public de l’Éducation nationale ».
En résumé, pour la direction du PCR, il ne fait pas de doute que « la manière dont le gouvernement s’y prend accentue les interrogations et conduit au mouvement puissant que nous voyons aujourd’hui ».
Certains se disent qu’il pourrait s’agir d’un ballon d’essai, avant d’autres mesures dans d’autres secteurs de la Fonction publique. Le PCR est d’avis que le système scolaire est perfectible et qu’il faut l’améliorer. Il connaît aussi l’attachement des Réunionnais au service public de l’Éducation nationale, même si ce système souffre encore aujourd’hui de très graves inégalités. De plus, le danger ne porte pas seulement sur l’école, mais sur l’ensemble des services publics.
Et sur ce chapitre, le PCR défend une idée forte depuis plusieurs décennies : « le développement de La Réunion ne pourra se faire sans la préservation et l’amélioration du service public », a rappelé Élie Hoarau. Cette ligne de conduite a inspiré toute la politique des communistes dans les municipalités depuis vingt ou trente ans.
En 2002, lors de l’élection présidentielle, le PCR a proposé une plate-forme minimum pour les 15 ans à venir, dont le troisième point portait sur la préservation des services publics. Le secrétaire général du PCR en a donné lecture publiquement, citant notamment un passage qui réaffirme qu’« aucune remise en cause ne doit être envisagée alors que les plans de rattrapage ne pas réalisés » et qui englobe l’ensemble des services publics : éducation, santé, postes, services pénitentiaires, etc…
« Le nombre des embauches nécessaires a été chiffré à l’époque », a poursuivi Élie Hoarau. Et à cet égard aussi les transferts annoncés par le gouvernement aujourd’hui ne laissent pas d’inquiéter. En effet, si l’État transfère aujourd’hui ses personnels vers les collectivités territoriales sur la base des besoins d’aujourd’hui, que se passera-t-il ensuite ?
Si des grèves ont lieu pour augmenter les personnels, au regard de besoins croissants : qui va payer ? C’est à ce stade que vont apparaître des distorsions entre les régions, entre celles qui auront les moyens de combler leurs retards et les régions qui n’auront pas ces moyens-là. C’est ainsi que l’égalité devant le service public, déjà mise à mal dans le système actuel, pourrait aller de mal en pis.
« Nous avons conscience des difficultés auxquelles la société réunionnaise est confrontée », a poursuivi Élie Hoarau en abordant le chapitre de la gestion de la crise par le gouvernement. La Réunion est devant la perspective rapprochée du million d’habitants. Cette réalité aussi est source d’inquiétudes : elle est l’objet, dans l’île, d’une prise de conscience générale à laquelle le gouvernement ne peut pas espérer répondre en continuant de « régler les problèmes ponctuellement, au coup par coup ».
« Nous sommes pour la décentralisation », a encore dit Élie Hoarau en rappelant que, lors des Assises des libertés locales, le PCR a fait des propositions ; les Réunionnais toutes tendances confondues ont fait des propositions… Or ces propositions n’ont pas été retenues, n’ont pas été transmises au Conseil des ministres.
« On refuse ce que nous avons demandé et on nous dit de prendre ce que nous ne voulons pas ! L’incohérence n’est pas de notre côté ! », a dit Élie Hoarau, en ajoutant que l’inquiétude peut gagner demain d’autres catégories sociales. Comment vont réagir demain les planteurs devant les changements introduits par la réforme de la PAC ? Comment les familles les plus modestes vont-elles réagir devant les risques de remise en cause de certaines prestations sociales ?
« Devant cette situation, nous avons le sentiment que la loi-programme n’apportera pas la solution. On dit "loi-programme pour l’outre-mer"… Quel outre-mer ? Quelle loi-programme et avec quels moyens ? », a demandé le secrétaire général du PCR. Ce parti a pourtant contribué à la loi-programme et a dit hier, par la voix de son secrétaire général, qu’il continuerait à le faire. Mais là n’est pas l’essentiel. Si aujourd’hui les pouvoirs publics peinent à maintenir dans leur emploi quelques milliers de personnes sous contrat emploi-jeune, que feront-ils dans quinze ans, quand ces mêmes jeunes, frappant à la porte de l’emploi, se compteront à La Réunion par dizaines de milliers ?
Pour le PCR, la loi-programme proposée par le gouvernement est « dépassée ». Faute d’ambitions, faute d’un affichage assez clair quant aux moyens et à la stratégie d’ensemble, elle est aujourd’hui reléguée au rang d’accessoire inapproprié par l’ampleur des manifestations de soutien au service public.
La direction du PCR a fait hier une proposition : organiser entre l’État, les collectivités territoriales et locales, les syndicats et l’ensemble des forces vives, des Assises du Développement durable, capables de définir « un nouveau Contrat social pour La Réunion », par lequel l’ensemble des problèmes - de la production, de l’organisation sociale, de l’emploi, de l’aménagement du territoire ou encore des questions identitaires et culturelles - trouveront une réponse globale. Pour en finir avec les ballons d’essai sectoriels et inadaptés…
« Nous sommes prêts à apporter notre contribution à la réflexion et tout le monde doit pouvoir en faire autant si nous voulons aboutir à une consultation large et à des échanges entre toutes les forces vives du pays », a poursuivi Élie Hoarau en terminant sur un message d’espoir lancé aux forces vives et à la jeunesse en particulier. « Si on ne donne pas une perspective, on va tromper les gens. Le pays est en ébullition. Il convient d’avoir ensemble une réflexion globale pour apporter une espérance et des solutions pour l’avenir ».
| An plis ke sa |
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Le PCR décentralise…
C’est depuis la permanence de Saint-Pierre que la direction du PCR - représentée par Jean-Max Hoarau, Pierre Vergès, Élie Hoarau, Claude Hoarau et Jean Saint-Marc - s’est adressée à la presse hier. « C’est la décentralisation », a plaisanté Élie Hoarau. Après les emplois-jeunes, les agriculteurs, les aspirants à la retraite et l’ensemble des agents des services publics… l’inquiétude quant à l’avenir a gagné beaucoup de monde. Quelles seront les réponses apportées lorsque La Réunion aura un million d’habitants, 130.000 actifs de plus - et parmi eux combien de chômeurs ? - si dès aujourd’hui les seules mesures envisagées passent par la suppression de un milliard de francs dans le budget de la nation ? Après Pierre Vergès, notant ironiquement que « les parlementaires ont gravé dans le marbre de la Constitution que l’État français est dé-cen-tra-li-sé », Claude Hoarau a fait observer à son tour que la Constitution a été modifiée et que des lois organiques vont organiser les transferts. « Mais du point de vue juridique, rien n’est fait », a-t-il noté. On peut penser qu’après les Assises des libertés locales, qui ont culminé avec les Assises nationales de Rouen, le gouvernement va informer les collectivités de ses propositions. Mais là encore, ce n’est pas fait. |
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