Culture

Le Théâtre Saint-Paul en résidence aux Bambous

"M comme…", une création théâtrale de Christine Guérin

19 août 2003

Pour sa première création théâtrale, Christine Guérin semble être confiante. Pour preuve, "M comme…", est un projet qui a été mûrement réfléchi. Au sein du Théâtre Saint-Paul (TSP) crée en 1996, l’aventure sur les planches commence véritablement pour Christine Guérin en 1998. C’est aussi à cette époque que trois créations verront le jour au TSP : "L’autre Jardin" ou trois monologues sur la violence faite aux femmes, en 1999 "Dodo Story" ou la vision délirante de La Réunion en 2030 et en 2000, "Mondo", d’après le roman de Jean-Marie Gustave Le Clézio. Ces trois pièces permettront aux membres du TSP d’être à l’initiative du Laboratoire théâtral expérimental avec l’encouragement de la DRAC : « nous nous sommes interrogés sur le devenir des personnes à la sortie du Conservatoire nationale de région (CNR) au bout de 3 ans de formation. Comment les artistes pouvaient se rencontrer dans un lieu pour se poser des questions sur leur profession, lutter contre la sensibilité aléatoire du comédien, aller vers une identification au texte ?…et nous avons vu les limites du fonctionnement du "labo" sans mentor » explique l’auteure de théâtre avant de poursuivre : « nous avons donc fait appel à Luc Rosello de Cyclone Production pour étudier l’autonomie du comédien ou encore le mouvement de la pensée dans le texte. Cette confrontation technique à l’écriture a abouti à un engagement vers la création "M comme…" ».
Deux autres formations durant l’année 2002, autour de la codification théâtrale, avec la compagnie du Dauphin de Saint-Malo dirigé par Michel Sayat, sur l’initiation à la Comédie Dell’Arte et Enrique Pardo du Panthéâtre de Paris sur le théâtre chorégraphique, auront donné définitivement raison à l’artiste de se lancer dans l’écriture.
"M comme… ", est donc le résultat d’un an et demi de préparation même si les prémices du texte ont été étoffés sur les bancs du lycée à l’âge de 17 ans.
« C’est donc l’histoire de plusieurs destins croisés de femmes : Morgane, Marine, Madeleine et Marie. C’est la guerre. Madeleine accouche d’une petite fille qu’elle abandonne dans un fossé la nuit tombée. Marie prend l’enfant. La nourrice l’allaite et tout un village se tait. L’enfant grandit dans le mensonge et apprend que Marie n’est pas sa mère (…)
L’axe fort est déterminé par la relation mère-fille et son entourage. C’est un contexte presque universel. On s’interroge au niveau de la construction de l’individu avec des problématiques humaines… »
, évoque en substance la metteure en scène. « Et puis, c’est vrai, j’éprouve quelques réticences à raconter déjà ce que vous verrez peut-être et qui a été écrit pour être parlé », résume l’auteure.
Huit comédiens se retrouvent sur scène avec pour « apartés innovants » selon Frédéric Robin, directeur artistique du Théâtre des Bambous, deux personnages symboliques : le Coryphée (« représentatif tout autant du destin que de l’ordre social. Il suit et commente l’action, prend position… ») et la voix intérieure (les pensées secrètes des personnages de chair, reflétant « le sensible, l’instinct et les émotions »).
Dénicheur d’auteurs audacieux et talentueux, Frédéric Robin répond aux missions qu’on lui a confiées en donnant les clés de son théâtre à des compagnies telles que le TSP ou tout dernièrement celle de Lolita Monga, de la compagnie Acte 3 : « c’est une souplesse que nous avons au niveau de nos partenaires. Nous voulons mettre en avant la création contemporaine par le renouvellement de nos auteurs. Christine Guérin a eu cette démarche d’écriture, nous avons matière à la défendre et à l’accompagner. De toute façon, nous sommes en face de quelqu’un qui a pigé le théâtre », confie sereinement Frédéric Robin comme une bénédiction prometteuse avant la première de ce soir.


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