Quelle mondialisation ?

Les atouts réunionnais pour le droit au développement durable

Devant les défis qui nous attendent

18 septembre 2003

Au lendemain de la conférence ministérielle de l’OMC, le résultat de cette rencontre ne signifie pas une remise en cause de la mondialisation ultra-libérale. Ce n’est parce que les pays européens et nord-américains n’ont pas pu imposer leurs vues à Cancun que les inégalités vont du jour au lendemain arrêter de s’accroître sur la planète.
Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple dans notre région, la pensée unique du chacun pour soi condamne à mort chaque jour des milliers de personnes atteintes par le SIDA, d’autres n’ont pas le droit d’avoir une alimentation suffisante pour vivre. Cela parce que l’attrait du profit prend le pas sur la solidarité et sur le respect des droits humains.
Pour tenter de faire face aux conséquences de la mondialisation ultra-libérale, des réponses s’élaborent . Ainsi, par exemple, les pays de notre région « cherchent à s’organiser, à mettre en place un espace commun de commerce et d’échanges », rappelait Élie Hoarau lors de l’assemblée générale du Parti communiste réunionnais le 20 juillet dernier au Port, en citant par exemple la SADC (Communauté pour le développement de l’Afrique australe) et le COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe).

Notre contexte

La Réunion sera amenée à vivre dans un contexte de mondialisation ultra-libérale pendant encore de nombreuses années. Il est important de s’y préparer et d’être capable de proposer des alternatives pour faire entendre le droit de vivre dans une société moins injuste, où l’être humain deviendrait le centre des préoccupations et l’acteur de son développement. Les réponses à la mondialisation ultra-libérale doivent se situer également dans un contexte partagé par la majorité de l’humanité : celui de la transition démographique . Car au moment où la mondialisation ultra-libérale porte des coups chaque jour plus violents contre les droits humains, la population des pays du Sud vit une augmentation sans précédent.

Des initiatives réunionnaises

Dans ce contexte, les Réunionnais montrent qu’ils ont la volonté de construire un projet de développement qui est une réponse aux valeurs que la mondialisation ultra-libérale tente d’imposer. Quelques exemples le prouvent .
Ainsi, dans l’emploi , c’est par exemple la mise en valeur de l’économie alternative et la création de nouveaux services qui contribuent à davantage d’égalité et de solidarité dans notre société. Dans le logement , c’est la signature d’une Charte qui est un document élaboré à La Réunion ; elle décrit des moyens à mettre en œuvre pour relever un défi de notre transition démographique : construire en 30 ans quasiment autant de logement qu’il en existe actuellement.
Dans le domaine de la consommation, c’est faire la vérité sur la formation des prix à La Réunion. Pour la politique énergétique et environnementale, c’est arriver en 2025 à l’ autosuffisance dans la production d’électricité en utilisant des énergies renouvelables ; d’une part, pour apporter une contribution réunionnaise à la lutte contre l’effet de serre ; d’autre part, pour ne plus dépendre des fluctuations du marché pour notre production énergétique. Autre voie de développement : l’intégration de La Réunion dans sa région, c’est penser des relations nouvelles entre des peuples marqués par des siècles de colonisation, afin de mettre en avant les atouts de chacun dans une démarche de co-développement .

Un changement des mentalités

Ce ne sont là que quelques exemples de pistes pour un projet réunionnais, qui est encore à inventer pour lui donner toute sa cohérence et donc sa crédibilité. Mais un tel projet est d’autant plus nécessaire que l’ultra-libéralisme laisse dans notre pays une grande partie de la population sur le bord du chemin.
Il traduit aussi un changement décisif dans les mentalités. Mais ce changement est à la mesure des défis (emplois, logement, énergie, déplacements…) que nous devons relever dans les années qui viennent. Car de la manière dont nous arriverons à régler toutes ces questions dépendra l’existence d’un développement durable de notre pays.
Les actions entreprises par celles et ceux qui tentent de construire un tel projet accordent une place centrale au Réunionnais, appelé à devenir acteur de son développement. Cela signifie explorer d’autres pistes que celles qui privilégient une application mécanique de décisions prises dans une lointaine métropole en fonction de réalités totalement différentes des nôtres.

La place de La Réunion dans le monde

Dans cette optique, il est important de souligner l’importance de la visite de la délégation chinoise de Tianjin dans notre pays. D’un point de vue réunionnais, elle montre notre rôle de carrefour entre trois continents - l’Afrique, l’Asie et l’Europe -, entre le monde dit "développé" et celui qui aspire à une nette élévation de son niveau de vie sans mettre en cause les conditions de vie des générations futures.
Chercher d’autres solutions pour nous donner de meilleures perspectives d’avenir, c’est une proposition réunionnaise de développement durable s’intégrant aux profonds changements que nous vivons aujourd’hui.
Pays construit à partir de la rencontre de plusieurs civilisations millénaires dans un contexte de libéralisme, La Réunion pourrait alors surmonter les séquelles et les survivances d’un passé colonial. Elle pourrait utiliser ses atouts culturels pour devenir un point de rencontre entre les différentes grandes puissances économiques et les pays qui luttent pour se développer. Le résultat de cette démarche de co-développement pourrait créer des milliers d’emplois, tout en affirmant la place de La Réunion dans le monde de demain.

Cancun : une victoire selon les Mauriciens
L’Ile Maurice se réjouit officiellement du résultat de la 5ème conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), car il permet à l’île de continuer à jouir de certaines préférences commerciales, alors que la Plate-forme anti-OMC, qui avait manifesté dans les rues de Port-Louis la semaine dernière, a fait état d’une « victoire pour les altermondialistes ». Selon le ministre mauricien de l’Industrie et du Commerce international, Jayen Cuttaree, son pays est sorti gagnant de la conférence « car l’échec des négociations signifie que les préférences commerciales dont Maurice jouit actuellement restent intactes et que leur durée va sans doute être allongée ». Le secrétaire général adjoint de la Chambre de commerce et d’industrie, Rajiv Servansingh, a estimé que Cancun a démontré que les pays du Sud ont pris conscience de leur capacité d’influer sur les négociations. « Les pays développés prendront le temps nécessaire pour digérer ce qui s’est passé à Cancun. Les futures négociations seront plus équilibrées car les pays en développement ont montré qu’ils ne se laisseront pas marcher sur les pieds », a-t-il déclaré. Pour sa part, la directrice de la Mauritius Export Processing Zone Association (MEPZA), Danielle Wong, a estimé « qu’au-delà du résultat, c’est surtout la consolidation de la solidarité entre pays en développement et Pays les moins avancés (PMA) qui a marqué la conférence ».

« Cancun a démontré comment la pauvreté de certains pays peut gêner les négociations. Cette conférence invite à jeter un autre regard sur les pays pauvres, sur la façon dont les relations économiques avec ces pays doivent être entretenues », a-t-elle dit. Quant à Maurice, a-t-elle observé, l’île a bénéficié d’un ballon d’oxygène sur la question des tarifs industriels.
De son côté, l’animateur de la Plate-forme locale altermondialiste, Ashok Subron, s’est dit satisfait du résultat de ce sommet. « C’est une victoire pour le mouvement altermondialiste qui conteste le modèle de développement capitaliste et néo-libéral », a-t-il fait savoir.

Selon lui, un nouvel espace et un espoir ont été créés pour que les autres valeurs qui respectent la dignité humaine régissent le monde et l’humanité. Il a appelé le gouvernement mauricien à collaborer avec d’autres pays en voie de développement pour demander un moratoire immédiat dans la mise en application des accords de l’OMC. « Nous estimons que le ministre Jayen Cuttaree et le gouvernement devraient cesser de harceler la population avec l’inexorabilité de la globalisation et du libéralisme », a-t-il déclaré.

Des journaux sud-africains approuvent la fermeté du Sud
Des journaux sud africains ont félicité mardi les pays pauvres pour s’être opposé au monde riche à l’occasion de la conférence de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) qui s’est tenue à Cancun, au Mexique, la semaine dernière. « Ils (pays pauvres) méritent notre soutien sans faille malgré le fait qu’ils n’aient pas remporté la bataille du fait de l’échec des discussions ouvertes en vue de la prise en charge des préoccupations des nations démunies », a indiqué le quotidien à grand tirage, "Star".

Le journal affirme que les pays en développement, l’Afrique en particulier, doivent continuer de lutter pour l’instauration d’un commerce équitable, notant que ces subventions servent de barrière qui empêchent au continent d’exporter ses produits agricoles. Le "Star" a noté que cette situation aggrave la pauvreté car les agriculteurs africains sont chassés du secteur en raison de l’arrivée massive sur le marché de produits fortement subventionnés.
Le "Sowetan" estime de son côté que les pays "en développement" ont raison de se réjouir de l’impasse dans laquelle la réunion de Cancun a abouti, faisant valoir que le fait d’avoir résisté aux pressions des États-unis et de l’Europe représente une « remarquable performance - même si c’est à ce prix ». « Cependant, même les pays en développement doivent savoir que cette affaire ne peut pas se terminer ici. S’ils peuvent, à juste titre, se réjouir d’avoir réussi à repousser l’assaut des multinationales, ils doivent définir la démarche à suivre pour aller de l’avant », commente le journal.

Suite à l’échec des pourparlers de Cancun, les journaux estiment qu’il convient de ne pas laisser les États-Unis et l’Europe continuer, de manière unilatérale, à subventionner leurs agriculteurs et menacer les moyens de subsistance de millions de personnes vivant dans les pays pauvres.
Le "Sowetan" a également proposé que le monde en développement sollicite immédiatement des appuis pour bénéficier d’un commerce équitable avec les pays développés. Le journal a également suggéré que le monde en développement agisse rapidement pour protéger ses propres industries, ainsi que les emplois et les moyens de subsistance de ses citoyens. « Les protections tarifaires représentent une option à examiner comme éventuelle réponse aux subventions agricoles du Nord », a conseillé le "Sowetan".


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