Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Culture
À voir ce soir et demain au Théâtre du Grand Marché
2 mai 2003

Époustouflant, le spectacle des "Mamans d’l’eau" donné actuellement (ce soir et demain soir à 20 heures) au Théâtre du Grand Marché de Saint-Denis par la compagnie Acte 3. Toutes les comédiennes sont d’un professionnalisme hors pair. L’histoire de ces femmes pêcheuses de zourites remplaçant leurs maris aveuglés (en raison de leur suffisance) par une sirène, maîtresse du lagon et qui doivent s’affronter entre elles pour ramener à manger sur terre.
On est très vite dans le bain, à souffrir et à partager la douleur du combat de ces femmes, chapeautées par une Sirène, symbole autoritaire et gouvernante de leurs faits et gestes.
Incroyablement bien jouée par l’ensemble des actrices, la performance ne s’arrête pas là… Le décor, les costumes et le son sont en parfaite osmose avec le jeu. L’ingéniosité du texte amalgamant le créole et le français, comme la tradition et la modernité aux travers des deux piliers que sont la Sirène et la Girafe, nous permettent de réaliser la richesse de la pièce.
Lolita Monga, écrivaine et metteure en scène, a réalisé le « perfo-rage » du cœur en nous entraînant au fil de l’eau dans ce conte onirique si proche de notre réalité sociale. Partagée entre une Girafe à la science infuse « venant de déor », modestement imposante par ses connaissances dans ce milieu populaire de la pêche où les femmes doivent trimer, la Sirène ne cessera de jouer de ses atouts (le chant, la levée de marée ou l’afflux de poissons dangereux) pour que les pêcheuses restent sous sa gouverne.
On en ressort bouleversé par la philosophie dégagée, trop proche de nos maux réunionnais : le chômage (« un homme n’est pas fait pour rester assis »), la pauvreté, la suffisance, la trop lourde tradition du rapport hommes-femmes dans les mentalités et la prétendue supériorité d’une culture sur une autre.
Un spectacle digne d’aller plus loin et de connaître les couleurs exportables, au point de regretter que seulement trois représentations seront données au Grand Marché. Faites-en l’écho auprès de vos proches car cette compagnie nous offre un cadeau en or, à l’exemple de ces « zourites en or ».
Courrier des lecteurs
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