L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
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• Grève aux urgences de l’hôpital de Saint-Pierre
27 décembre 2003

Les médecins du service des urgences du Groupe hospitalier Sud Réunion sont contraints de gérer quotidiennement la pénurie. Cela les amènent à faire des choix qu’ils ne devraient pas à faire. Que se passerait-il s’il se produisait en même temps deux gros accidents la nuit dans une région de notre île qui comprend 270.000 habitants ? Alors que le service a récemment été agrandi, les moyens humains ne sont pas suffisants. Il manque cinq médecins pour travailler dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Les urgentistes se mis en grève pour tenter de se faire entendre. Ce mouvement n’est pas isolé. Partout en France, des voix s’élèvent pour réclamer davantage de moyen pour que l’hôpital puisse assurer correctement son service public. Elles dénoncent les restrictions budgétaires et le manque d’effectifs.
C’est une grève sans tapage. Une grève sans blocage. Une grève où tout semble fonctionner normalement. Vu de l’extérieur, le bâtiment flambant neuf des urgences du Groupe hospitalier Sud Réunion (GHSR) accueille les patients avec une modeste banderole sur la façade avec ces simples mots : "urgences en grève". À l’intérieur des locaux, quelques calicots apposés sur les murs, pour informer ceux et celles qui viennent ici soigner petits bobos et maux divers. Les médecins vont et viennent, consultent. Sur leur blouse blanche, ils arborent un morceau de sparadrap sur lequel on peut lire : "en grève, mais là pour vous". Lorsque nous sommes passés aux urgences saint-pierroise, en fin d’après-midi, c’était plutôt calme. Mais si l’on était loin des images de la série télévisée "Urgences", le malaise est réel.
Dans ce service du GHSR, ils sont une vingtaine de médecins. Mais, si l’on tient compte des repos, des congés, ce sont 7 ou 8 médecins seulement qui officient en semaine. « C’est comme cela en semaine. Mais la nuit, les week-end et les jours fériés, il n’y a que deux médecins : un au SMUR et un aux urgences », explique Valérie, jeune médecin urgentiste. Or, aux urgences, les patients sont orientés, selon la gravité des cas, vers trois services. Il arrive donc que le médecin de garde soit réclamé en trois endroits différents ! « Dans ces cas-là, on est obligé de faire des choix », convient Nicolas, autre médecin urgentiste qui ajoute : « Lors de ma dernière garde, j’avais un malade agité au service porte et un autre au déchocage. On se retrouve donc à faire des choix que l’on ne devrait pas avoir à faire ».
Le week-end, lorsqu’il n’y a que deux médecins -un au SMUR et l’autre aux urgences- on compte près de 120 passages au service des urgences. Cela va du simple petit bobo à l’urgence vitale. Difficile pour des médecins, malgré leur dévouement, d’être partout à la fois. On l’aura compris : pour les urgentistes, la situation devient franchement invivable. « La situation n’est pas nouvelle, cela fait un moment que cela dure. Mais il y a aussi des facteurs aggravants : les médecins libéraux qui n’assurent plus de garde de nuit, la fermeture des pharmacies la nuit, un manque de lit en réanimation et bien sûr la population qui augmente. Tout cela conduit à une augmentation du nombre de passage aux urgences de l’ordre de 10% par an », analyse Nicolas. Au SMUR, la nuit, on croise les doigts pour qu’il ne se produise pas deux gros accidents en même temps, car là aussi, il faudrait faire un choix cruel. « Un choix qu’on ne devrait pas avoir à faire », comme le fait remarquer Nicolas.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que pour une zone allant de Saint-Leu à Saint-Philippe en passant par le Tampon, Cilaos et l’Entre-Deux, le service des urgences du GHSR est particulièrement mal loti pour couvrir une zone géographique vaste, comprenant au total près de 270.000 habitants. « À Saint-Denis, pour 130.000 habitants, il y a deux équipes. Plus une autre à Saint-Benoît et une autre à Saint-Paul », notent Valérie, Nicole et Nicolas. Cela ne signifie pas que leurs collègues du Nord, de l’Est et de l’Ouest soient des nantis, loin de là, par rapport à la population concernée, il ne fait aucun doute que Saint-Pierre apparaît comme le parent pauvre. D’autant qu’un service est également assuré à l’hôpital de Saint-Joseph. Un lieu où le nombre de passages est relativement peu élevé, mais qui nécessite malgré tout la présence d’une équipe sur place.
« Nous travaillons 48 heures par semaine dans des conditions dangereuses pour les patients et pour nous-mêmes », estime Nicolas. Des conditions telles que comme nombre de ses confrères et consœurs envisagent, si rien ne bouge, de quitter un secteur qu’ils aiment malgré tout pour rejoindre un cabinet libéral. Compte tenu de la responsabilité qui pèse sur leurs épaules, des choix difficiles qu’ils sont amenés à faire parfois, faute de moyens humains, ils estiment, comme Nicolas : « on n’a aucun intérêt à travailler dans ces conditions ».
Pourtant, le service des urgences s’est modernisé et est passé de 500 à 2.000 mètres carrés. « Si l’on avait le personnel nécessaire, tout cela serait fonctionnel », constate Valérie en parcourant les couloirs des nouveaux locaux. Exemple concret : si les patients sont reçus dans les nouveaux locaux, pour une radio, il faut aller dans les anciens locaux. Cela fait beaucoup de couloirs à parcourir, surtout quand on manque de personnel. « Dans les anciens locaux, on était à l’étroit, c’est vrai. Il y avait le stress, mais on est formé à la médecine de catastrophe, on gère », raconte Nicole. Et Nicolas d’ajouter : « Avant, c’était déjà dangereux. Mais là, en plus, ça devient complètement absurde ».
Et les médecins d’ajouter, un rien désabusés : « On avait débattus de tous ces problèmes avant même la construction du nouveau service des urgences. On a voulu le dialogue. On a écrit. Mais nos courriers sont restés sans réponse… »
| « Au minimum, il faudrait cinq médecins de plus » |
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| Ils sont en grève, mais sont assignés par la direction. Ils continuent donc d’exercer en arborant sur leur blouse ce message destiné aux patients : "En grève, mais là pour vous". Mais, comme le souligne Nicole, si rien ne bouge, le mouvement pourrait se durcir. « Pour l’instant, c’est un mouvement gentil, pour que les patients n’en pâtissent pas ». Une réunion est prévue avec la direction de l’hôpital lundi. « Il faut au minimum cinq médecins de plus. Cela permettrait d’avoir un médecin supplémentaire pour la nuit, les week-end et les jours fériés. Là-dessus on ne transigera pas », affirment les urgentistes.
Une rencontre a déjà eu lieu avec la sous-directrice de l’Agence régionale d’hospitalisation. « Les propositions qu’on nous a faites sont insuffisantes. On nos propose deux médecins supplémentaires, alors que ces deux postes étaient déjà acquis pour…l’année dernière », fait remarquer Valérie. Lundi donc, les urgentistes réitéreront leur demande pour avoir cinq médecins de plus. Pour Nicole, il n’est pas question que « les gentils docteurs abordent l’année 2004 dans des conditions pareilles. Nous voulons travailler dans des conditions de sécurité adéquates pour les patients comme pour nous-mêmes ». |
| André Thien Ah Koon « solidaire des médecins » |
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| Le député-maire du Tampon est aussi président du conseil d’administration du GHSR. C’est à ce titre qu’il a rencontré hier les médecins urgentistes. Une visite informelle qualifiée par les deux parties de « visite de courtoisie ». Pour TAK, « ces difficultés étaient prévisibles quand on sait que l’hôpital de Saint-Pierre est situé sur une zone comprenant 270.000 habitants ». Le président du conseil d’administration de l’hôpital de Saint-Pierre se dit « solidaire des médecins » et estime que « l’administration doit faire un effort ». |
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
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