Culture et identité

’Masques à l’âme’

Exposition de masques burkinabés à la médiathèque de Saint-Benoît

24 septembre 2003

Entrez dans la médiathèque Antoine Roussin de Saint-Benoît et vous vous sentirez transportés à quelques kilomètres de là chez nos cousins burkinabés, nos frères africains.
L’originalité de cette exposition se démarque dès que vous ouvrez la porte.
En guise d’introduction, un parterre de pots en terre cuite, certains brisés, renfermant du riz ou de l’encens, des bougies en forme de tipis indiens, bien évidemment de la terre, un miroir et une inscription : « passez imaginaira ouvérèz vo zesprit, servez-vous », langage artistique du scénographe malgache Fy Ratsifasoamanana, à l’origine de cette installation. Juste à côté de cette banderole d’invitation, des rouleaux de papier s’amoncellent et la réaction première est de tendre la main : « est-ce que vous portez un masque ? »
Toutes les feuilles ont le message identique, forçant par la même occasion à se poser la question : "Il est nécessaire de libérer le masque qui est en nous !" Voilà, la problématique est posée avant d’avancer plus loin.
Au fil de la marche, nous découvrons la quasi reconstitution d’un village africain, avec cette terre et ces poteries alignées, signes de délimitation de territoire. La toiture de fibres de paille rappelle nos calbanons lontan.

Ressentir la magie africaine

La disposition giratoire de la salle nous donne l’impression que ces géants de bois (des masques recouvrant pratiquement toute la surface d’un pan de mur) nous observent attentivement derrière leurs yeux masqués. Tout à coup, des inscriptions au mur, à la couleur de l’Afrique, aux intonations "griotiques" : « Haillons, haillons, clous ficelles, herbes, trous des rien du tout et ce ne sont que des clefs, des clés, qui ouvrent l’unique, espoir où les haillons se portent comme un habit de lumière ». On reconnaît là, toute la manipulation des mots qu’utilise aisément Kossi Efoui, dramaturge togolais, pays voisin limitrophe du Burkina-Faso, actuellement en résidence aux Bambous. Se succède à lui, un autre maître de la poésie et de l’écriture, Léopold Senghor : « Masques ! ô Masques ! Masque noir, masque rouge, vous masques blanc et noir, masques aux quatre points d’où l’esprit, je vous salue dans le silence ». Alors, en silence, la visite se fait pour mieux palper, respecter et ressentir la magie africaine. Les barbes de paille rendent les masques plus puissants.

Noir, rouge et blanc

« Trois couleurs prédominent : le noir symbolisant la nuit, les forces occultes (bitume, charbon de bois…) ; le rouge, la plus importante signifiant la force, la vie ; et le blanc transmettant la lumière, les dieux (kaolin, blanc d’œuf…) », explique Fy Ratsifasoamanana dans son fascicule de présentation.
Les masques exposés à la médiathèque sont essentiellement des parures de « danses de marché, de divertissement non sacrés, accessibles aux femmes et le plus souvent à représentation animale : de nuit (hibou, hyène), de feu (lion, singe, buffle) à lames ou à ailes…il existe également des masques sacrés à haute résonance rituelle ou religieuse », complète le scénographe. Tous de collection essentiellement privée, celle d’ARTitude, il ne sera pas aisé au profane de reconnaître le crocodile "sacré dans l’immortalité", le poisson "dansant à la fête des masques" ou un buffle mâle "en force pour la fécondité".
Juste avant la fermeture de la médiathèque, Judith, étudiante, se précipite à l’entrée pour récolter son message du jour. Une installation qu’elle aura fortement appréciée, au détour de ses livres d’études, comme enfin « quelque chose d’immatériel », une "âme" sensible "aux masques".


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