Emploi

Maurice Gironcel : « Le prélude d’une grande action »

Rassemblement de soutien aux C.E.S. devant la mairie de Sainte-Suzanne

8 août 2003

À l’appel du maire de Sainte-Suzanne, un grand rassemblement d’environ 300 personnes s’est constitué dans la cour de la mairie hier matin. L’objectif était de lancer un cri d’alarme face à un danger : les nouvelles mesures gouvernementales menacent de diminuer en masse les emplois précaires financés par l’État à La Réunion. Après la CMU, les retraites, le transfert imposé des TOS aux collectivités territoriales, le RMI transformé en RMA, le gel des crédits pour les logements sociaux, la suppression des emplois-jeunes dont les emplois des aides-éducateurs, les intermittents du spectacle, c’est au tour d’une autre catégorie sociale précaire de faire les frais de la politique décidée à Paris.
Selon Maurice Gironcel, les Contrats emplois solidarité (CES), comme les autres contrats d’insertion tels que les CEC ou les CIA, sont désormais les bienvenus dans le gouffre « raffarinois ». La suppression de 75% des quotas de CES pour le second semestre 2003 précipite La Réunion vers une asphyxie totale de son économie.

« Comment répondre à cette situation ? »

Les visages tendus, le regard inquiet, la population rassemblée - tous corps professionnels confondus (personnel communal, emplois-jeunes, emplois-verts, CES, chômeurs, fonctionnaires) - avait répondu à l’appel lancé la veille par le maire de Sainte-Suzanne.
Nous reproduisons ci-dessous un extrait de son discours :
« La décision de cette réunion s’explique par la situation sociale aggravante que le gouvernement instaure par ses mesures antisociales. Jean-Pierre Raffarin nous a annoncé une diminution de 75% de quotas pour les CES, CEC et toutes sortes de contrats d’insertion. Pour nous, concrètement cela signifie une baisse de 100 CES à 25 contrats.
Nous avons des grands défis à relever pour préparer notre pays et notre développement. Que ce soit en matière de logements sociaux - avec le gel des crédits sociaux - alors que nous devons répondre à plus de 2.400 demandes de logements en instance. 3.594 demandes de CES ont été faites. Comment répondre à cette situation ? »

« Nous avons reçu ce mercredi un courrier de la Direction départementale du Travail (DDTE). Voilà ce que le directeur nous écrit : "dans l’attente d’une décision définitive, un quota de 474 mois est établi. Ce qui correspond aux besoins liés à la rentrée scolaire. Aujourd’hui, le quota du premier semestre a été consommé, ne restant que 71 mois. Il faut retirer cette demande..." ».
Et le maire de Sainte-Suzanne de s’insurger : « Une liste de personnes a déjà été envoyée. Comment faire pour notre prochaine rentrée scolaire ? Il n’y aura pas de CES pour les écoles maternelles, pour les accompagnateurs de bus. Ce n’est pas au maire de prendre une telle responsabilité. Le président de l’Association des maires, Jean-Louis Lagourgue, a attiré l’attention des pouvoirs publics. Tout le monde est confronté à cette situation, c’est une réalité et nous devons mettre de côté la politique des uns ou des autres ».

Mettre les responsables devant leurs responsabilités

Selon Maurice Gironcel, « deux problèmes sont récurrents à La Réunion : ce sont l’emploi et le logement. Cela relève de la compétence de l’État et, en tant qu’élu local, nous ne pouvons faire face à cette situation. Le gouvernement enfonce davantage les familles les plus modestes. Il est du côté des plus forts. Voyez comment en matière de CMU le danger que cela représente pour 20.000 personnes handicapées ou au minimum vieillesse. Les érémistes sont montrés du doigt avec le RMA. D’ici 20 ans, Sainte-Suzanne passera de 20.000 personnes à 40.000 personnes. Nous avons des défis à relever pour ne pas tuer notre jeunesse. L’avenir de notre pays réside en elle », a-t-il souligné.

« C’est par la lutte qu’on gagne »

« Le mois d’août est un mois de vacances pour les membres du gouvernement mais nos CES doivent-ils penser aux vacances ? poursuit Maurice Gironcel. Nous devons répondre aux manifestations futures, que ce soit à l’appel des organisations de chômeurs ou des syndicats. Ce rassemblement est le prélude d’une action plus forte.
C’est par la lutte qu’on gagne et qu’on fait avancer nos revendications.
Nous devons mettre en place une véritable politique de développement durable. 60% de notre population a moins de 30 ans. Nos problèmes sont différents de la France métropolitaine. Alors qu’en France on ferme certaines écoles, ici nous luttons pour l’ouverture des classes. Que ce soit au niveau environnemental (pour l’embellissement de notre commune), au niveau associatif ou scolaire, le gouvernement joue avec le feu avec les emplois d’insertion ».
« La loi-programme a été votée pour 15 ans. La vision de La Réunion a été programmée pour 15 ans alors qu’on n’est même pas capable de régler les 7.000 à 8.000 emplois-jeunes en fin de contrat. Les cas les plus urgents doivent être pris en compte. L’UMP de La Réunion doit être différentr de l’UMP en France. Les problèmes sont totalement
différents. La loi-programme ne considère pas les problèmes de fond de notre pays. Un chômeur, c’est aussi un travailleur privé d’emploi, quelle famille réunionnaise n’est pas touchée par le chômage ? Nous avons plus de 4.000 chômeurs, ce qui représente près de 40% de la population active. Avec 3.594 demandes de CES, soit 500 de plus que l’année dernière, comment dire aux familles que l’État refuse ces nouvelles demandes ? »

Un cas concret

« Il y a un mois de cela, nous avons reçu un responsable de la Direction du Travail. Nous lui avons fait visiter le chantier de deux mini-crèches. Il nous a clairement dit que les 21 CEC nécessaires ne posaient aucun souci. Au 30 juillet, on nous répond ces 21 demandes sont perdues.
On nous parle d’un second semestre, alors qu’il est déjà commencé pour la validité des contrats. On parle de la continuité des décisions administratives mais où est la continuité de l’État ? Pour les jours qui viennent, les élus de Sainte-Suzanne seront avec vous pour penser à la lutte »,
a conclu Maurice Gironcel.

« À force, nous finirons par nous faire entendre »

Parmi les personnes rassemblées hier devant la mairie de Sainte-Suzanne, Pierrette Laï-Kon, Sandrine Simbi et Micheline Noury nous ont donné leurs réactions avant l’intervention du maire Maurice Gironcel. Adjointe à Bagatelle, emploi-jeune à la mairie et responsable du bureau de CES, toutes trois connaissent de près le dossier :

« C’est vraiment dommage que l’État ait recours à cette baisse phénoménale des CES. Les gens en ont besoin comme nous à la Mairie, quel que soit le domaine, scolaire ou environnemental. Pour moi, en tant qu’adjointe à Bagatelle, nous tenons une permanence tous les 15 jours. Les gens sont essentiellement préoccupés par leur emploi et leur logement. J’ai mal au cœur de proposer à un CES que 4 à 5 mois de travail. La conjoncture ne nous facilite pas les choses. Si l’État ne nous donne pas les moyens, nous serons malheureusement confrontés à cette baisse de 75%.

« Nous avons déjà un manque de personnel »


Il est difficile de satisfaire tout le monde. Nous avons déjà un manque de personnel dans notre quota pour les cantines, en temps normal. Alors avec ces nouvelles mesures, cela va transparaître dans tous les secteurs. Dans les demandes de dossiers, nous ne pouvons pas renouveler les demandes, cela ne se fait qu’en cas extrême ».

« L’entretien ou le nettoyage à La Réunion sont des volets complètement différents entre La Réunion et la France, comme toutes autres spécificités », s’indignent les intéressées.

200 CES pour 3.500 demandes


Micheline Noury, du Bureau de CES, nous explique plus en détails la procédure difficile qu’engendre une demande de dossiers pour un tel contrat : « Nous recevons près de 3.500 demandes pour un semestre. Nous ne pouvons en retenir que 200 CES. Avant d’arriver à ce résultat, nous établissons par exemple les besoins que nécessitent les écoles. Cette liste de besoins, nous la communiquons à l’ANPE qui affiche les annonces de CES. Sur cette liste de l’ANPE, nous recevons trois candidatures pour un poste. Pour 10 CES, nous obtenons 30 demandes. Puis la commission des CES de la Mairie effectue une sélection en fonction des gens les plus défavorisés. Le problème que nous rencontrons bien souvent dans nos services, c’est que les personnes pensent avoir été retenues une fois qu’elles ont fait acte de candidature à l’ANPE. Alors, elles viennent à la Mairie et exigent des explications sur leur dossier, parfois de façon virulente. Ce qui est une chose délicate en soit. Les personnes pensent que nous faisons du favoritisme ».

« Je suis extrêmement inquiète »


Sandrine Simbi, en tant qu’emploi-jeune, se sent doublement concernée : « comment faire pour trouver autre chose ? J’ai 28 ans et mon contrat prend fin le 1er février 2005. Mais j’ai une famille à charge, un loyer, je suis extrêmement inquiète. J’espère que les gens feront désormais la différence entre les élus qui soutiennent les intérêts des Réunionnais les plus pauvres et ceux qui pensent d’abord à leurs intérêts personnels », proteste-t-elle.

« C’est un problème très grave pour nous »


Isabelle Rebecca complète ces arguments juste après le discours du maire : « C’est un problème très grave pour nous. Beaucoup de familles sont dans cette situation critique. Nous avons tous besoin d’un travail. Nous sommes tous père et mère de famille. C’est une chose impossible à envisager cette restriction des contrats emploi-solidarité ».

« Nous avons besoin de travailler »


Enfin, un trio de jeunes mères de famille, toutes trois en pleine discussion près de la fontaine de l’hôtel de ville, s’alarment après l’intervention du maire : « Ce que le maire a dit est une vérité. Nous avons besoin de travailler et avec cette réduction de 75% de CES, nous allons vers la catastrophe. Il n’est pas facile de lutter, de combattre mais il faudra le faire. À force, nous finirons par nous faire entendre. C’est le gouvernement qui est responsable. Nous n’étions pas au courant du courrier que le maire a lu. Nous faisons partie du service d’entretien. Que seront nos enfants demain sans surveillants ou accompagnateurs de bus ? », se révoltent Claudette, Marie-Claude et Miguy.

Des jours bien difficiles s’annoncent en vue d’une prochaine rentrée scolaire plus que mouvementée.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus