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4 juin, parNos peines
L’hommage du G.R.A.H.TER à nos ancêtres au cimetière des Malabars de Saint-Louis
16 avril 2003

Nous reproduisons ci-après le discours de Marc Kichenapanaïdou, président du G.R.A.H.TER (Groupe de recherche sur l’archéologie et l’Histoire de la terre réunionnaise), prononcé dimanche matin lors du dépôt de gerbe dans ce lieu de mémoire à des ancêtres qui ont contribué à construire La Réunion.
« Du temps de l’esclavage, avant 1848, les Indiens venant de l’Inde étaient considérés comme des esclaves. Ils ont obtenu la liberté avec les autres esclaves le 20 décembre 1848. Les 66.000 esclaves libérés sont devenus des S.D.F. (sans domicile fixe), la grande majorité est morte dans la misère. Le G.R.A.H.TER, dans le cadre de ses recherches et dans le devoir de mémoire, s’attachera dans les années qui suivent à restaurer ces sculptures abandonnées et à rendre hommage à nos ancêtres.
Après 1848, les gros propriétaires terriens de l’île sont allés chercher en grande partie les engagés indiens qui sont arrivés à La Réunion en 1850. Près de 80% d’entre eux étaient de confession hindouiste alors que les autres étaient des engagés musulmans et des engagés catholiques. La majorité travaillait autour des usines sucrières, et leur condition de vie ressemblait beaucoup à celles des esclaves. Un exemple frappant : les femmes et les enfants étaient séparés. Si un père recherchait un membre de sa famille sur une autre propriété et qu’il était prit par la police, sans aucune explication, ni de jugement, on le mettait directement en prison. Pour se faire libérer, il était obligé de payer une amende au policier qui l’avait arrêté.
À l’occasion de ce nouvel an tamoul 5104, nous avons rendu hommage à l’ensemble des engagés qui sont arrivés à La Réunion en 1850 par une exposition de coffrets-lumières à la médiathèque de Saint-André. Cette lumière à l’intérieur du coffret a une importance considérable car pour nous, elle représente la lumière qu’ils ont transmis de décennie en décennie. Si La Réunion est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est grâce à nos ancêtres qui nous ont laissé leur lumière de travail, de savoir et d’ingéniosité qui transmise à notre génération d’hier et d’aujourd’hui et à venir.
Nous ne portons pas de jugements sur telle ou telle décision prise à la fin du 19ème siècle à l’encontre des engagés indiens mais force est de constater, qu’on a obligé un certain nombre des engagés indiens à se convertir au catholicisme, en particulier dans la région Est et dans le Sud. À Saint-Louis, beaucoup d’engagés indiens ont refusé de se convertir au catholicisme et ont voulu conserver leur religion d’origine.
Le pouvoir en place n’a pas accepté cette décision. On les a considérés comme des païens. Ils étaient donc "impurs" de pouvoir être enterrés dans le cimetière chrétien. Ils sont désormais dans le cimetière qu’on appelle "le cimetière des Malabars". Dans l’esprit de la mémoire des Saint-Louisiens, ce cimetière est toujours considéré comme le cimetière des Malabars, car ils ont enterré le corps de leurs ancêtres avec les rites et les cérémonies de l’Inde. Il fallait attendre le début du 19ème siècle pour qu’ils puissent avoir l’autorisation de les enterrer dans le cimetière des chrétiens.
En ce jour du Jour de l’An Tamoul 5104, le G.R.A.H.TER rend hommage à ces anciens engagés qui ont quitté leur terre natale pour venir dans notre pays travailler à la sueur de leur front, transmettre leur savoir et travailler dans notre pays jusqu’à la mort. Nous déposons aujourd’hui une gerbe de fleurs sur la tombe des engagés indiens. C’est la première fois dans l’Histoire de notre pays que nous accomplissons ce geste. Nous rendons hommage à la mémoire de nos anciens. Nous leur disons merci pour leur travail, pour nous avoir transmis leur savoir-faire.
Comment pouvons-nous affirmer qu’il y a véritablement le corps des engagés indiens dans ce cimetière ?
Oui nous pouvons l’affirmer. En 2000, nous avons organisé la première conférence des archéologies de l’océan Indien. C’est ainsi que trente archéologues des douze pays de la zone de l’océan Indien sont venus dans l’île. Deux d’entre-eux ont fait une expertise dans ce cimetière des Malabars : les Docteurs Rao et Satymurthi. Ils ont été catégoriques. Ils existe bien des tombes dans ce cimetière construit sur le modèle des tombes indiennes.
Nous prenons l’engagement pour le Jour de l’An Tamoul 5105 de rénover ce cimetière. Ainsi les Saint-Louisiennes et les Saint-Louisiens, comme toute la population, pourront venir en nombre rendre hommage à nos anciens ».
Nos peines
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