Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Culture et identité
Fin du colloque "Regards sur l’Afrique et l’océan Indien"
30 mai 2003

Le colloque international organisé par l’association Espace Afrique avec l’Université de La Réunion (CRESOI), la chaire UNESCO de La Réunion et l’association de la Maison des Civilisations et de l’Unité réunionnaise a pris fin mercredi soir. Il a réuni sur trois jours plusieurs centaines de personnes : des chercheurs et des enseignants venus d’horizons géographiques divers - historiens pour la moitié d’entre eux - et aussi des Réunionnais du milieu associatif et des acteurs de la vie culturelle. Des citoyens qui se sentent très concernés par les questions portant sur la part d’Afrique dans la culture et la société réunionnaise, et la « part d’esclavage » dans l’héritage historique et socio-économique de notre pays.
« Nous sommes tous concernés par ces questions », devait d’ailleurs dire une militante de "Rasine Kaf" dans le débat qui a suivi la synthèse finale, présentée par Françoise Vergès. Celle-ci, en soulignant également « le manque de récit partagé » dans l’Histoire réunionnaise, a relevé la difficulté de faire accepter par l’ensemble des habitants de La Réunion, de quelque origine qu’ils soient, l’héritage de « la part d’esclavage », substrat de notre Histoire commune.
« Quelle que soit l’origine de nos ancêtres, nous vivons tous sur une terre modelée par l’esclavage, dans une société héritée de l’ordre social inégalitaire fondé sur un ordre racial », a-t-elle exprimé.
Ce substrat est parfois l’objet d’un déni de notre Histoire, dont la part esclavagiste est renvoyée par certains - souvent : les derniers arrivés - à un passé dit "révolu". L’invitation à « affiner la relation entre le passé et le présent » a fait état des « ruptures - des transformations, des oublis, des pertes… - …nécessaires, dans la linéarité de l’Histoire, à la production de nouvelles situations ».
Si "ruptures" il y a, encore faut-il les penser comme étapes, dans ce qu’elles ont produit, plutôt que comme moyen d’oblitérer un passé dont les traces restent malgré tout lisibles. Le colloque a ainsi invité à prendre la mesure de l’importance de l’esclavage dans la construction sociétale et économique au cours de l’Histoire et jusqu’à aujourd’hui, dans la mesure où cette question rejoint celle de la démocratie : qui a eu droit à la parole ? qui ne l’a pas eu ? et aujourd’hui encore : qui s’exprime ? qui ne s’exprime pas ? Ces questions ont été posées lors de la synthèse et dans le dernier débat.
Les communications présentées ont dans l’ensemble proposé d’explorer de nombreux thèmes relatifs à la citoyenneté, à la violence dans l’Histoire et à la déshumanisation qui a été la marque de l’esclavage "moderne" et capitaliste, comme forme (dé)passée de mondialisation. Avec ce dernier aspect, c’est aussi la question de la réparation, ou des formes de réparation, qui a été débattue par les participants.
Des exemples de formes possibles ont été évoqués, dans le but de « mettre fin aux discriminations ». Et d’abord : « qui répare ? Qu’est-ce qui est réparé ? » et comment ne pas « penser la réparation en lien avec la question de la démocratie et de la citoyenneté : qui a droit à la parole ? qui a droit de cité ? ».
Des idées ont été avancées lors de la clôture, sous forme de revendication : des études afro-malgaches à l’université ? un sujet - obligatoire, et non facultatif - sur l’esclavage au baccalauréat ?
Les réponses seront données en partie par le contenu des débats qui seront poursuivis ou non dans la société réunionnaise.
La forte présence des historiens dans ce colloque - 17 intervenants sur 33 - a conduit à suggérer une plus grande diversité pour une prochaine rencontre : pourquoi pas des sociologues, des anthropologues ou des artistes… pour dire les réalités de notre part afro-malgache ?
Dans le débat qui a suivi la synthèse de clôture, il a beaucoup été question de la réparation - matérielle ou symbolique - de l’esclavage, dans la nécessaire reconstruction d’une société dont tout indique encore aujourd’hui que ses lignes de fractures renvoient à une Histoire insuffisamment explorée et encore largement méconnue et incomprise.
À noter pour finir qu’une pétition, présentée dès le premier jour par l’historien Prosper Ève et signée par de nombreux participants, a demandé au maire du Tampon de renoncer à éclipser le nom de la "Plaine des Cafres" - attesté dans notre Histoire depuis un récit de voyageur daté de 1708.
| Programme 2003 de l’Association pour la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise |
| "Héritages"
Après une première conférence sur "L’héritage indien" et larencontre de samedi dernier sur "Identités culturelles et démocratie" (voir "Témoignages" du mardi 27 mai), la prochaine conférence de l’Association pour la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise abordera la question de l’héritage malgache : le 13 juin au CNR de Saint-Pierre et le 18 juin à la Salle Candin, à Saint-Denis. Le Kolèktif Rèspèk nout Mémoir organise un Kabar Maron le dimanche 1er juin 2003 de 9 heures à 17 heures pour dire "Non au changement de nom de la Plaine des Cafres en plaine des volcans". Nous invitons la population à nous rejoindre à Bourg Murat sur la place du Champ de Foire (près de l’atelier d’André Béton) pour un Piknik partaz. Le parcours sera fléché à partir de la Maison du Volcan. |
Courrier des lecteurs
Mézami , néna par-la dë somenn in sèrtin prézidan zétazini la di dann in konféranss de press li lé dakor pou ashté bannzil chagos mé sa sé in (…)
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