Culture

N’Guyên Lê célèbre Jimi Hendrix

Festival des "Six cordes pour une semaine"

21 août 2003

Dans le cadre du festival de guitares "Six cordes pour une semaine", l’Office départemental de la culture (ODC), en partenariat avec le Pôle régional des musiques actuelles (PRMA), accueille le "savant mixeur" des influences rock, jazz et world music, N’Guyên Lê.
Le guitariste franco-vietnamien, dont la réputation n’est plus à faire dans le milieu "jazzy" des festivals, est venu célébrer un "mythe universel" du monde des six cordes en la personne de Jimi Hendrix. À l’occasion de la sortie de son album "Celebrating Jimi Hendrix" en octobre 2002, plusieurs titres seront repris selon une interprétation plus féminine par la voix de Terri Lyne Carrington.
Adepte de La Réunion depuis quelques années déjà, N’Guyên Lê avait découvert notre pays pour la première fois en 1994 en jouant au Bato Fou et s’était fait remarqué lors d’un concert accompagné de Paolo Frésu. C’est lors d’un festival à Metz, qu’Alain Courbis, directeur du PRMA, a décidé de lancer l’invitation au guitariste contemporain.
« Ce spectacle ne pouvait se faire sans la présence de notre Jimi Hendrix local qu’est Alain Mastane », a indiqué Jacques Dambreville, directeur de l’ODC. Dans le circuit depuis les années 70, "Mastane" s’est entouré d’une équipe très soudée de professionnels. Malgré ses « talents remarquables », on peut regretter qu’à ce jour aucun CD n’ait vu le jour pour ce musicien hors pair.
« Il est rare qu’un artiste prenne en compte les artistes locaux. Tous deux ont adopté le même choix d’interprétation d’Hendrix en mettant en avant les voix féminines », indique le directeur de l’ODC.
Influencé par la musique de ses pairs, surtout traditionnelle, « car c’est là qu’on peut s’enrichir », N’Guyên Lê a découvert assez tardivement « le génie dont tout le monde a parlé, Jimi Hendrix ». Ce défi semble être relevé pour le guitariste, en apportant « quelque chose de plus assis conceptuellement » dans son improvisation. La musique traditionnelle du Vietnam, comme plus tard celle de l’Inde ou de l’Afrique, ont été les « premiers acquis de cette rencontre ethnique ».
« Jimi Hendrix a été le premier héros de la musique américaine voire universelle », confie le musicien. « Comme le coca, aucun tri n’est fait pour les non-américains que nous sommes. C’est à nous de l’effectuer. Quelle identité avons-nous en jouant cette musique venue d’ailleurs, en réinterprétant ce que l’on nous donne ? »
C’est pour cette raison, que l’artiste choisira avec soin le « métissage culturel » par l’intermédiaire d’une chanteuse malienne où les textes seront traduits en bambara.
Ce sera « l’alliance de boucles rythmiques d’Afrique du Nord, retraçant le lien entre une musique de transe et la mythologie dans les textes de Jimi Hendrix, comme revenir à ces racines du Blues… », argumente le musicien. Par ailleurs, durant son séjour sur l’île, N’Guyên Lê participera à trois ateliers pédagogiques au PRMA afin d’initier les férus de la guitare à son style singulier. « C’est une expérience particulière d’avoir fait ce travail car il rallie tout le monde, comme une sorte de bannière. Que ce soient les ados, le public hippies ou mon public habituel de jazz, célébrer Jimi Hendrix a un côté plus populaire et démocratique », lance l’ancien étudiant de philosophie et d’arts plastiques. L’art, décidément, était un règne qui lui était âprement destiné.


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