Environnement

« Ne pas transmettre des fossiles
ou des images à nos enfants »

Assemblée générale des Amis des Plantes et de la Nature

24 novembre 2003

D’ordinaire, une assemblée générale, une "AG" comme on dit dans le jargon du monde associatif, c’est un moment important, certes, mais souvent rébarbatif, ennuyeux au possible. Et si une "AG" est le reflet du fonctionnement d’une association, de l’intérêt et de l’implication de ses membres, alors les APN (Amis des plantes et de la nature) sont d’une santé robuste. La preuve, sur les quelque 222 adhérents que compte l’association, on n’était pas loin du compte samedi après-midi, dans la salle Georges Brassens, aux Avirons. Commune où les APN ont vu le jour il y a quelques années, un certain 11 février.
Les finances sont modestes mais saines, et proviennent quasi-exclusivement des 16 euros dont s’acquittent les membres. La philosophie de ces Amis des plantes et de la nature est résumée par le président, Raymond Lucas : « rien ne s’achète, rien ne se vend. Tout se donne ou s’échange chez nous ». En illustration de ces propos, plusieurs des participants à l’AG sont repartis avec en main un plant qu’il mettra amoureusement en terre dans un coin de son jardin…
C’est cela aussi, l’esprit des APN : conserver, multiplier, « pour ne pas transmettre des fossiles ou des images à nos enfants ». Ils sont comme ça, les APN, mordus, têtus, tenaces, n’hésitant pas à consacrer du temps et de l’énergie pour sauvegarder notre patrimoine végétal. Et donc, ce n’est que justice qui fut rendu à Éloi Boyer, fait membre d’honneur de l’association pour sa persévérance dans la sauvegarde du Palmiste Roussel. Découvert par Thérésien Cadet, ce palmiste endémique n’existait plus qu’à quelques dizaines d’exemplaires sur le Tampon.
Désormais, ce sont des centaines de pieds qui, grâce aux efforts d’Éloi Boyer - sa modestie dut-elle en souffrir - permettront de perpétuer l’espèce et de la sauver d’une mort annoncée à brève échéance. Au final, outre les centaines de plants distribués aux membres de l’association, un sanctuaire sera dédié au Palmiste Roussel à Palmiste Rouge et à La Ravine des Cabris, où une centaine de plants ont été mis en terre.
À l’actif également d’Éloi Boyer et des APN, la découverte d’un bois de source jusqu’à présent inconnu , un boehmeria en cours d’identification, avec le concours de scientifiques anglais et français. Alors que l’on ne connaît que le macrophylla, bois de source noir, le penduliflora, le bois de chapelet, le bois de source blanc, ce bois de source, lui, se présente sous la forme d’un arbre de 8 mètres de haut…

2004, l’année du corse blanc bâtard

Pour 2004, Raymond Lucas, président des APN, fixe deux objectifs majeurs. En premier lieu, « veiller au respect des noms vernaculaires de nos plantes. C’est aussi une façon de respecter nos ancêtres et notre patrimoine ». Illustration par l’exemple : ne dites pas "vigne marrone", mais "raisin marron". Au plan scientifique, cette différence s’explique aisément.
Quelles que soient les motivations qui poussent à changer les noms donnés aux plantes du patrimoine réunionnais, il faut donc dire non. Ces velléités de changement de noms, estime Raymond Lucas, constituent « une erreur, une hérésie et nous serons vigilants là-dessus ».
Autre priorité pour la prochaine année : faire de 2004 l’année du corse blanc bâtard, une espèce particulièrement menacée. Thérésien Cadet, il y a près de vingt ans, soulignait déjà la menace de disparition qui pèse sur cet arbre…
Présents dans différents organes et institutions, les APN œuvrent également pour que chaque commune ait une fleur ou un arbre symbole. Ce qui n’est pas dénué de sens quand on sait que nombre de villages portent des noms d’arbres : Bois-Blanc, Tan-Rouge, Takamaka, Moufia… Lentement, l’idée fait son chemin. « Si ça pousse aussi lentement, alors ce sera aussi solide que du bois de fer », résume Raymond Lucas.
Autre priorité pour 2004 : continuer à travailler avec les partenaires institutionnels sur le Parc national des hauts pour que celui-ci soit un véritable outil au service de la protection, géré par des Réunionnais, et que, souligne Raymond Lucas, « la société civile et les associations soient pleinement associés et ne servent pas simplement de caution ». Même vigilance quant aux emplois qui seront créés : « il n’y a pas de meilleurs gardiens de notre patrimoine que nous-mêmes, nos enfants, notre population ».
La philosophie des APN est communicative. Ainsi, aux Makes, une agricultrice souhaitait agrandir son exploitation et défricher un lopin de terre. Elle demande conseil aux agents de l’ONF qui constatent que l’endroit est constitué de "forêt dégradée" et donnent leur aval, mais invitent la dame à se rapprocher des APN pour mieux identifier d’éventuelles espèces rares. Contactés, les APN se rendirent sur place et, sur 4.000 mètres carrés, répertorièrent pas moins de 80 espèces dont des bois de fer, des bois jaune… Moralité : l’endroit fut sauvegardé et la dame est devenue adhérente des APN. S’il fallait résumer l’activité de l’association et l’énergie de ses membres, que dire d’autre que cette formule de Raymond Lucas : « nous sommes une équipe qui sait se retrousser les manches et qui a souvent de la terre sous les ongles… »


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