Social

Non à l’accumulation de mesures régressives

À La Réunion comme en France, les plus démunis s’inquiètent

29 octobre 2003

Une quarantaine d’associations nationales de solidarité se sont regroupées dans un collectif prénommé ’Alerte’. Dans un communiqué publié il y a quelques jours, il dénonce « avec force l’accumulation des mesures régressives qui risquent de jeter dans la plus grande précarité les plus fragiles ». Une analyse sans complaisance et encore plus vraie à La Réunion.

En France, le collectif "Alerte", qui regroupe une quarantaine d’associations nationales de solidarité, rappelle dans un communiqué toutes les mesures prises récemment dans les domaines de l’emploi, de l’accompagnement social, du logement, ou de la santé, comme la réduction du temps d’indemnisation des demandeurs d’emploi, la limitation de l’Allocation Spécifique de Solidarité (ASS), les crédits revus à la baisse pour le logement, l’augmentation du forfait hospitalier, la baisse de certains remboursements par la sécurité sociale, le non remboursement d’autres médicaments.
Tout cela fait « craindre une plus grande précarisation des personnes les plus vulnérables », souligne le communiqué en précisant : « Dans le même temps, un discours dangereux tente de nous faire croire que les victimes sont coupables de paresse ou d’indolence et que l’accompagnement social maintient les personnes aidées dans l’assistanat ». Le collectif lance ce cri : « Non ! Le social ne s’oppose pas à l’emploi et le travail social ne maintient pas les personnes soutenues dans l’assistanat ».
Cette solidarité envers les personnes les plus menacées par l’exclusion, « ce n’est pas nuire au dynamisme ou à la pugnacité économique, c’est accepter de soutenir les personnes pour qui l’accident arrive, que ce soit dans le domaine de la santé, de l’emploi ou du logement, entraînant à sa suite une série d’aléas qui dépassent les capacités des personnes ou des familles à faire face à la situation ».
Il propose donc un accompagnement au plan social des personnes les plus fragiles, qui passe par l’aide à ces personnes et à leur famille, pour les aider à « stopper la spirale de la chute », il s’agit aussi de « les soutenir financièrement et psychologiquement », pour qu’elles se reprennent, qu’elles remobilisent leurs ressources « pour pouvoir ré-envisager l’avenir avec la force et la dignité nécessaires à leur ré-insertion ».
Ce sont les raisons pour lesquelles le collectif a demandé au gouvernement « que la lutte contre l’exclusion, garante de la cohésion sociale dans notre pays, redevienne une priorité nationale et que cela se traduise dans le budget 2004 ».

Baisse des emplois dits "aidés"

À La Réunion, des associations, des collectifs, luttent aussi dans ce sens. Comme "Alerte", elles soulignent que le projet de budget prévoit une forte diminution du nombre des emplois aidés, « tout au moins dans le secteur non marchand ». Le budget consacré aux dispositifs d’aide aux publics en difficulté est en baisse de 11,5%, ceci étant dû à la réduction des CES, CEC, emplois jeunes. Le nombre de CES passera de 240.000 en 2003 à 170.000 en 2004, et celui des CEC de 25.000 en 2003 à 15.000 en 2004.
Pour La Réunion, malgré les déclarations de Brigitte Girardin sur le maintien du nombre de CES ou de CEC, on ne peut raisonnablement pas croire que ces baisses annoncées et clairement affichées n’auront aucune conséquence pour nous.
D’autant plus que le budget du FEDOM, malgré les protestations de principe de la ministre, est en baisse (106 millions d’euros) : lors de l’examen du budget de l’outre-mer, les députés avaient souligné que par un tour de passe-passe comptable, le budget FEDOM comportait « un transfert de charges de 75 millions d’euros d’exonérations patronales jusqu’à présent financées par le ministère des affaires sociales et qu’il était réduit des 31 millions d’euros liés à la créance de proratisation du RMI ». Et le collectif explique que le gouvernement a fait un double pari : l’un sur la reprise économique et la création nette d’emplois par le secteur marchand, et l’autre sur « la capacité des entreprises à intégrer directement dans leurs équipes de travail des personnes dont la situation a pu être détériorée par des périodes de non-activité plus ou moins prolongée ». Ce deuxième pari, selon "Alerte", repose sur la méconnaissance de l’expérience accumulée par tous ceux qui ont aidé des personnes dans leur parcours de réinsertion sociale et professionnelle. « Il traduit aussi le mépris persistant pour la capacité du secteur associatif à aider ces personnes ». Le collectif en tire les conséquences de cette politique : elle va « mettre au chômage de nombreuses personnes et être la cause de la disparition de structures d’insertion par l’activité économique ».

Question santé

Autre volet de cette politique antisociale dénoncée par "Alerte" : les réformes de la couverture sociale des chômeurs. L’ensemble de ces réformes va entraîner « une détérioration en chaîne des situations matérielles des demandeurs d’emploi ». Le "circuit" est simple : les privés d’emplois vont rapidement basculer sur l’ASS ; comme celle-ci a été réduite, les plus "anciens" dans ce système vont, peut-être, entrer dans le dispositif RMI ; mais pour beaucoup d’entre eux, il n’y aura ni ASS ni RMI. Et dans l’état actuel du dossier, le passage d’un dispositif à un autre risque de s’accompagner d’une « amputation de ressources ».
Dénoncée aussi la politique visant le logement. « Le gouvernement sacrifie le budget du logement en le diminuant de plus de 8% », expliquait Michel Delebarre, président du mouvement HLM, lors d’un congrès en septembre dernier. Et la baisse des crédits consacrés aux aides à la personne va peser sur le budget des familles modestes en augmentant la part du loyer restant à charge.
Autre point d’immense inquiétude : la santé. "Alerte" fait état du projet de réforme de l’Aide médicale d’État (AME), dispositif qui permet aujourd’hui aux sans-papiers de se soigner gratuitement. Le gouvernement veut faire payer les usagers en leur demandant de prendre en charge le "ticket modérateur". Les conséquences seraient alors désastreuses, puisque, privés de soins, les malades vont développer des pathologies plus lourdes, parfois contagieuses ou mortelles. Mais à terme, c’est bien aussi la CMU qui est remise en cause.


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