Élections 2004

NOTE RELATIVE À LA POSITION DU P.C.R. À L’AUBE DES ÉCHÉANCES ÉLECTORALES DE 2004

Comité central du Parti communiste réunionnais

17 novembre 2003

Lors de la réunion de son Comité Central samedi dernier, le P.C.R. a constaté que « la population souffre des mesures antisociales » et exprime partout la même exigence : « Unissons-nous pour mieux nous défendre », pour créer des emplois en nombre suffisant, développer les services publics et préserver les acquis sociaux.
« Devant l’exigence formulée par ceux qui souffrent, par ceux qui se battent, il ne peut y avoir de liste PCR » aux prochaines élections régionales, déclare le Comité Central, qui ajoute : « Nous devons nous mobiliser avec l’ensemble des forces vives pour une alliance solide et durable. L’Alliance devra répondre à une triple exigence : sanctionner la politique antisociale du gouvernement ; construire un projet répondant aux souhaits de chaque formation politique ; garantir, pour chaque formation politique, une représentation équitable sur la liste de l’Alliance ».

La présente note a pour objet de réaffirmer la position du PCR dans le cadre de la préparation des échéances électorales de 2004.
Le PCR souhaite faire part de son analyse à ses partenaires potentiels. Bien que les éléments de cette analyse doivent tous être mis en débat.

Les élections de mars 2004 sont les premiers rendez-vous électoraux suite au séisme des élections présidentielles du 21 avril 2002 et à la vague bleue de l’UMP de juin 2002. De ce point de vue, il est utile de rappeler certains faits :

Au premier tour des élections présidentielles, l’actuel président de la République a recueilli moins de 20% des voix. La multitude de candidats à gauche a été un des éléments principaux de l’absence de l’un d’entre eux au second tour de l’élection présidentielle.

C’est parce qu’à l’issue du premier tour l’actuel président était opposé à un candidat du Front national qu’il a pu recueillir de très larges parts des suffrages des électeurs de gauche. A La Réunion, bien que Lionel Jospin ait été placé en tête au premier tour, c’est tout à l’honneur des Réunionnais d’avoir, au second tour, non pas plébiscité le candidat Chirac, mais écrasé par 92% des voix le candidat du racisme et de l’intolérance.

Lors des élections législatives de juin 2002, c’est avec moins de 40% des suffrages exprimés que la majorité présidentielle a obtenu plus des deux tiers des représentants à l’Assemblée nationale. Une des motivations premières des électeurs, bien que frustrés par le scénario du 21 avril, a été de refuser toute nouvelle cohabitation.

Le PCR tient à rappeler qu’avant même le premier tour des élections présidentielles, son président Paul Vergès avait conclu avec François Hollande un accord cosigné par le secrétaire général du PCR, Élie Hoarau, et le secrétaire fédéral du Parti socialiste, Michel Vergoz. Les signataires de cet accord affirmaient que malgré les efforts déployés durant la législature de 1997 à 2002, de nombreux défis restent à relever. Ils affirmaient donc la nécessité dans ce contexte de l’union la plus large des forces de progrès pour pouvoir relever ces défis.

Cet accord prévoyait, outre la bataille pour l’emploi comme première priorité, l’affirmation du principe d’égalité devant le service public, la prise en compte de la dimension culturelle et écologique, l’épanouissement de la responsabilité réunionnaise, notamment par un approfondissement de la démocratie.
Estimant qu’il était de son devoir de sensibiliser l’ensemble des candidats, sur les défis que devait relever La Réunion, le PCR leur adressait un courrier - à l’exception de Bruno Mégret et de Jean-Marie Le Pen - où, en six points, il relevait les priorités qui motivaient une politique à long terme pour La Réunion : emploi, désenclavement et liaisons aériennes, ressources énergétiques, mobilité interne, dignité de la femme, et enfin identité et diversité culturelle.

Le 13 mai 2002, le PCR soulignait - pour affronter les quinze ans à venir - la nécessité de s’unir sur une plate-forme minimum en six points :

1 - Création massive d’emplois durables
2 - Préservation des acquis sociaux
3 - Préservation du service public
4 - Promotion de l’identité réunionnaise
5 - Renforcement de notre position de région ultrapériphérique de l’Union Européenne
6 - Un minimum d’approfondissement de la décentralisation pour un développement durable

En à peine un an et demi, la politique menée par le gouvernement actuel est venue mettre à mal ces objectifs sur lesquels les Réunionnais auraient pu se rassembler. Les sujets d’inquiétude sont tels que le PCR a pu affirmer que la Réunion se trouve placé sous la plus forte menace de catastrophe sociale qu’elle ait connue depuis des décennies. Il précisait que les Réunionnais sont tous concernés parce que les acquis sociaux sont menacés, les mesures étant prises en pointant du doigt catégorie sociale après catégorie sociale. La demande de responsabilité que le PCR avait exprimée ne saurait consister en l’octroi de compétences aux Collectivités locales non souhaitées par celles-ci, surtout lorsque cela implique le transfert de personnes qui ne l’ont même pas souhaité. En fait, cette politique ultra-libérale du gouvernement actuel s’exprime dans toute sa cohérence : imposer sa conception de la décentralisation aux Collectivités départementale et régionale, en les obligeant à supporter l’essentiel de cette politique publique de restriction en alourdissant la fiscalité locale.

Bien que les échéances de mars 2004 visent à désigner des élus qui doivent assumer des compétences locales, l’influence sur ces dernières de la politique gouvernementale est telle que ces échéances revêtent un caractère plus large : comment montrer au gouvernement que la situation, à La Réunion plus encore qu’en France continentale, exige des mesures diamétralement opposées à celles qu’il préconise ?
Aujourd’hui, plus encore qu’en 2002, parce que la politique actuelle, non seulement n’a pas maintenu, par exemple, les acquis sociaux, mais les a fait régresser, l’union des forces de progrès est plus que nécessaire.
La participation de toutes celles et ceux qui veulent s’opposer à la politique actuelle en lui adressant un message fort de la rue « qui ne gouverne pas » mais qui vote, doit s’exprimer dans l’unité.

Au surplus, les premiers articles du projet de loi sur la décentralisation prévoient que le Conseil régional a compétence pour l’élaboration d’un projet régional de développement économique. C’est là une formidable opportunité offerte aux habitants de La Réunion, de montrer au gouvernement que l’union des forces de progrès ne se fait pas dans une posture d’opposition à ces mesures, mais dans la volonté résolue de proposer un projet alternatif où le développement économique serait envisagé autour d’un service public renforcé et encore plus efficace.
De 1998 à 2004, la politique régionale s’est appuyée sur la nécessité de larges délégations à ses élus de la majorité et la sollicitation d’un grand nombre de personnes motivées par la mise en place d’orientations stratégiques telles la politique de déplacement ou celle de la recherche d’énergies renouvelables. À la lumière des nouveaux défis à relever, le PCR souhaite que l’approfondissement de la démocratie passe par une amplification du débat pour l’élaboration d’un programme régional de développement économique.

Le PCR estime que la première expression de cette volonté pourrait être l’intégration d’un certain nombre de représentants des forces vives du pays dans une liste composée de représentants des forces de progrès.
C’est à partir de ces considérations que le PCR appréhende ces échéances régionales et cantonales de mars 2004. Celles-ci conduiront les électeurs à s’exprimer dans le cadre d’un premier tour sur le choix de leurs représentants pour les six années à venir au Conseil régional, et, dans la moitié des cantons du département, sur le choix d’un candidat appelé également à les représenter pour les six années à venir.

Compte tenu de ce qui précède, une des principales motivations des électeurs sera de sanctionner, tant aux élections départementales qu’aux élections régionales les représentants locaux cautionnant le gouvernement actuel. Ainsi, l’objectif de toutes celles et tous ceux qui veulent dire non à cette politique est de voir consacrer, par un vote massif, la sanction de cette politique gouvernementale. Sans exclure aucune hypothèse, c’est quand même raisonnablement au plan cantonal que peut émerger la sanction définitive par une élection - dès le premier tour - de candidats résolument opposés à la politique gouvernementale. Dans les cantons renouvelables, c’est donc bien l’accord sur une candidature unique des forces de progrès qui donnera le plus de chance à une telle possibilité. L’identité d’une telle démarche - candidature unique aux cantonales, liste unique aux régionales - conduira l’électeur d’un bureau à l’autre, le même jour, à donner mandat impératif à des candidats de s’opposer efficacement, dans l’exercice des compétences - départementales ou régionales - qui leur sont dévolues, à la politique actuelle de régression sociale.
Comment peut-on parvenir à une telle démarche unitaire ? Quels sont les principes qui peuvent guider une telle démarche ?

I - EN CE QUI CONCERNE LES ÉLECTIONS CANTONALES

Les organisations démocratiques qui pourraient s’unir dans le cadre régional et départemental pourraient s’accorder sur un certain nombre de principes.

1 - En cas de conseiller général sortant

a - Dans les cantons où le conseiller sortant est soutenu par un des courants politiques signataires dont l’influence électorale est incontestable, la responsabilité de la désignation ou du soutien à ce candidat incombera à ce courant.

b - Au cas où le conseiller sortant a été élu objectivement par une fraction importante d’un électorat ne se réclamant pas des courants politiques signataires, une primaire pourra être organisée entre ce conseiller et le représentant parmi les courants signataires et qui recueille traditionnellement le plus grand nombre de suffrages dans ce canton. En toute hypothèse, avant même le premier tour, un accord public de désistement actif doit être conclu entre lesdits candidats au profit de celui qui sera arrivé en tête à l’issue du premier tour.

2 - Dans les autres cas

a - Dans les cantons où, au vu des dernières échéances électorales, un des courants politiques signataires a la plus grande influence électorale, la responsabilité de la désignation ou du soutien à ce candidat incombera à ce courant.

b - Dans les cantons où, au vu des dernières échéances électorales, il existe un écart réduit entre des candidats s’étant réclamés de courants politiques signataires, une primaire pourrait être organisée. En toute hypothèse, avant même le premier tour, un accord public de désistement actif doit être conclu entre lesdits candidats au profit de celui qui sera arrivé en tête à l’issue du premier tour.

En tout état de cause, les parties signataires conviennent que tout candidat se réclamant ou étant susceptible d’être identifié comme appartenant à l’une d’entre elles, qui n’aura pas été désigné dans le cadre de cet accord, devra être publiquement désavoué comme n’étant pas le candidat des forces de progrès. C’est à ce prix que l’opinion publique jugera de la crédibilité d’une union.

II - EN CE QUI CONCERNE LES ÉLECTIONS RÉGIONALES

Vu l’état d’urgence sociale, le PCR, après avoir approché différentes parties en présence, oralement ou par lettre, affirme sa volonté d’appréhender les échéances 2004 avec les mouvements progressistes tels que : Free Dom, Fédération Socialiste, Mouvement La Réunion Autrement, Priorité Socialiste Réunion, les Verts-Réunion, Mouvement République et Citoyenneté, des représentants du MDLFT, ainsi que des représentants des forces vives de La Réunion dont la démarche pourrait s’inscrire autour de ces deux axes forts :

a - l’approfondissement de la démocratie par la participation d’un plus grand nombre des Réunionnais à la mise en œuvre de la politique régionale ;

b - la participation à l’élaboration d’un projet régional de développement sur les plans économique, social et culturel où le service public, au nom de l’équité envers les citoyens les plus défavorisés, serait un élément majeur.

Cette élection régionale, en principe à deux tours, verra la liste majoritaire créditée de 30 élus environ contre 15 à l’opposition. Rappelons que la victoire de candidats de l’union dès le premier tour dans un certain nombre de cantons renforcera les chances de succès tant de la liste régionale que des candidats de l’union encore en lice au deuxième tour des cantonales.
Pour le PCR, dans cet esprit, la participation des partis ou mouvements politiques à la vie régionale est une condition nécessaire mais non suffisante de l’expression de la démocratie au plan électoral. Il faut donc un signe fort en direction des forces vives en leur accordant une place sensiblement égale à celle des principaux courants politiques de l’union. Leur désignation pourrait se faire après concertation entre les parties signataires, le constat étant fait de leur non-appartenance aux courants signataires.
Lors de récents événements sociaux, le PCR, par l’intermédiaire d’un de ses représentants, a souligné, à propos des réformes envisagées par le gouvernement, qu’il ne saurait être question de « faire le bonheur des gens malgré eux ». Aujourd’hui plus que jamais, c’est par l’union des forces de progrès et la participation d’une large majorité des Réunionnais à la mise en œuvre d’un projet commun qu’il nous sera possible de créer les conditions permettant de faire face aux défis à relever tout en délivrant un message fort au gouvernement dont la politique n’est pas à la mesure de ces défis.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus