Emploi

« Nous ne nous laisserons pas faire »

Le Collectif Emplois en danger monte au créneau

10 octobre 2003

Le Collectif Emplois en danger dénonce les récentes attaques du gouvernement contre l’allocation spécifique de solidarité, tout comme il s’insurge contre la remise en cause de la prise en charge par l’État des salaires des emplois jeunes. Ou s’interroge sur l’intégration des ex aides éducateurs dans le dispositif des assistants d’éducation. Et de prévenir : ’nous ne nous laisserons pas faire, nous allons réagir’. Sans préciser pour l’instant comment il entend le faire.

Ce ne sont donc pas les sujets d’inquiétude qui manquent, comme soulignait Yannick Potier en introduction de la conférence de presse. Par exemple, les attaques contre l’allocation spécifique de solidarité (ASS) en particulier et la question de l’indemnisation du chômage en général. Monica Govindin s’interrogeait : « jusqu’où ira cet Acharnement -avec un grand A-, sur les plus démunis, que l’on peut aussi qualifier d’apartheid social ? ». Si la durée d’indemnisation est réduite, si le taux d’indemnisation est baissé, si la période de cotisation est augmentée, si l’ASS est limitée, tout cela va propulser les demandeurs d’emplois vers le RMI, ou plutôt le RMA. Solution qui est loin d’être satisfaisante.
Autre problème soulevé : celui de ces emplois jeunes qui travaillaient au CHD de Bellepierre (au poste de sécurité incendie), à qui l’on a demandé d’interrompre leur CEJ pour signer non un CDI mais des CDD. Des jeunes qui ont été « formés et diplômés. Mais depuis 18 mois, ces jeunes signent CDD sur CDD. C’est illégal. Ces 12 jeunes, pères de famille, vont voir leur contrat se terminer fin novembre. Que vont-ils devenir ? », s’interrogeait Marlène Jeanne (CGTR-Santé). Des questions restées sans réponse, malgré les courriers envoyés tant à la direction de l’hôpital qu’à l’Agence régionale de l’hospitalisation, par la CGTR-Santé et par le Collectif Emplois en danger (CED). Et Marlène Jeanne de conclure que pourtant, des engagements avaient été pris par l’agence d’hospitalisation pour la pérennisation des postes des CEJ.

Handicap

La situation est tout aussi préoccupante à l’ORPH (Office réunionnais des personnes handicapées), qui emploie des auxiliaires de vie scolaires. Mireille Hoareau et neuf autres jeunes ont eu la chance de signer un CDI avec l’office, suite à la mobilisation du CED et des personnels, il y a quelques mois. Mais quelle solution pour les sept autres auxiliaires de vie scolaire qui arriveront au terme de leur contrat emploi jeune fin novembre ? Pour l’instant aucune ne semble avoir été envisagée. Une situation d’autant plus difficile que d’une part, des engagements avaient été pris, selon Mireille Hoarau, par la direction de l’ORPH lors d’une réunion avec la MAPREJ, il y a quelques mois. Engagements selon lesquels tous les contrats allaient être honorés et transformés en CDI. Or, il est aujourd’hui demandé aux jeunes de postuler pour un contrat d’assistant d’éducation. Mais uniquement lorsque leur contrat CEJ aura expiré. Ce qui ne leur offre aucune chance d’avoir un poste d’assistant d’éducation, dans la "deuxième fournée", celle de novembre... Mireille Hoarau, comme ses collègues, reste très mobilisée.

256 sur 600

256, c’est le nombre de postes d’assistants d’éducation créés à fin septembre, expliquait Daniel Sautron. Pour 600 postes d’aides éducateurs étant arrivés à échéance fin juin 2003. Et encore, ce sont le plus souvent des postes à mi temps (contre du temps plein auparavant). Et parfois, ces jeunes travaillent sur plusieurs établissements : « il va y avoir un suivi des enfants moins important, et tous les effort faits vont être anéantis ». La remise en cause de ce dispositif va donc avoir des conséquences sur les enfants : « moins d’études surveillées, donc recrudescence de l’illettrisme, possibilité de délinquance... » Et Daniel Sautron de poursuivre : « Huguette Bello nous a accompagnés plusieurs fois au rectorat. C’est la seule élue qui s’est impliquée. Mais les services du rectorat nous mènent en bateau, nous répondant un jour quelque chose, le lendemain le contraire ; quand ce n’est pas purement le silence radio... comme quand on demande le nombre de postes d’assistants d’éducation supplémentaires dont pourra bénéficier La Réunion ». David Robert concluait : « Deux jeunes, deux mères de famille ont fait une grève de la faim, pour faire entendre la voix des aides éducateurs. Il y a eu une table ronde en préfecture, avec le rectorat. Des engagements ont été pris. Il faut aujourd’hui les respecter ». D’autant plus, soulignait Monica Govindin, qu’un autre problème s’ajoute : « le recrutement, qui est laissé aux chefs d’établissements ». Et la jeune conseillère générale d’expliquer qu’il y a eu certaines dérives.

Désengagement de l’État

Et Joëlle Patiram d’achever le tour d’horizon en dénonçant ce « désengagement de l’État ». En effet, par une circulaire de juillet dernier, « le montant annuel de l’aide de l’état est fixé désormais pour un emploi occupé à plein temps (durée hebdomadaire égale ou supérieure à 35 heures) à 15.924,55 euros ». En clair, la prise en charge par l’État ne suit pas la revalorisation du SMIC (celle de juillet 2003 et toutes celles qui pourraient suivre). En revanche, les employeurs (associations, collectivités locales), sont elles, « tenus d’appliquer la réglementation en vigueur relativement au SMIC ». Et Joëlle de conclure : « comment vont faire les associations, les collectivités locales pour financer les salaires ? ». Et de laisser entrevoir la possibilité que certains contrats soient résiliés, faute de pouvoir être financés. Selon elle, plus « de 2.000 jeunes seront au chômage, à la fin de l’année, car aucune solution n’aura été trouvée pour eux, à l’issue de leur CEJ ». Or, rappelait-elle, il y a eu une promesse : « aucun jeune au bord du chemin ».
Ce ne sont donc pas les raisons d’inquiétudes qui manquent. Mais, aujourd’hui, pour le CED, il s’agit « d’un travail au cas par cas », précisait Yannick Potier, car « les situations sont très différentes », et « les problématiques ne sont pas les mêmes ». Mais elles recouvrent toute une même réalité : des jeunes qui, pendant 5 ans, ont déployé des efforts, ont acquis des compétences, mais qui se retrouveront sans emploi. Avec toute la dimension humaine dramatique que cela implique. Des jeunes qui ne se laisseront pas faire, bien décidés à poursuivre la bataille pour sauver leur emploi. Par des actions qui n’ont pas encore été déterminées.


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Témoignages - 82e année


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