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« On ne peut supprimer le minimum du minimum ! »

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Témoignages.re / 21 août 2003

Le Collectif Emplois en Danger (CED) et plusieurs associations confrontées au problème des emplois précaires mis en cause ou réduits par diverses mesures gouvernementales appellent à un rassemblement demain matin à 10 heures à Bras-Panon, Place de la Liberté.

Le Collectif Emplois en Danger (CED) rencontrait hier matin la presse en compagnie de plusieurs associations de chômeurs pour remettre de l’ordre dans les derniers événements sur la situation des emplois aidés.
Association de Pêcheurs de la Rivière des Roches, Association Comité de chômeurs et demandeurs de logements de Sainte-Suzanne, Association Comité de Quartier de la Rivière du Mât les Bas, Association Village en Action, Mouvement des Chômeurs Panonnais, Association d’aide aux chômeurs de l’Est, Association AIDER, Association de chômeurs du Port et de Saint-Paul et Association Réunion Donne la Main étaient représentés par leurs président(e)s pour maintenir en alerte de "vigilance" l’ensemble de la population.
Malgré le « revirement de position » de la ministre de l’Outre-mer sur les CES et les CED, le mardi 12 août sur Télé-Réunion, deux points fondamentaux ont été abordés : en premier lieu, la réponse que le CED et les associations veulent apporter face aux accusations gouvernementales de "désinformation" et de "manipulation" : "c’est une atteinte à l’intégrité des Réunionnais qui défendent l’intérêt des plus malheureux", soutient Joëlle Patiram du Collectif.

Par ailleurs, le deuxième volet portait sur le maintien de la mobilisation des CES et des CEC face aux effets d’annonce du gouvernement.

Une victoire de tous

En ce qui concerne la première thématique, le CED et les associations sont révoltés par l’interpellation "volontairement médiatisée" de son responsable Jean-Hugues Ratenon. Sans compter la brutalité à laquelle auraient eu recours les forces de l’ordre sur le responsable de la Coordination contre le chômage, l’exclusion et la précarité (CACEP).
"On a déposé plainte contre le CED, c’est au tour du CED de porter une plainte symbolique contre une atteinte aux droits de l’Homme ; si on n’a pu le droit d’exprimer ses idées, où va-t-on ?", s’insurgent les membres du Collectif Emplois en Danger. Et son président d’affirmer que "Jean-Louis Lagourgue, le président de l’Association des Maires, n’a jamais voulu porter plainte ; on l’a poussé par derrière…".
Cette volonté "d’humilier les représentants de La Réunion" et d’établir une tactique bien huilée se retrouve dans l’attitude des autorités après la marche pour l’emploi de la semaine dernière, allant du Port vers la Préfecture. "Comment se fait-il que le représentant de l’Etat ou le député réunionnais membre du Comité directeur du FEDOM, René Paul-Victoria, n’ont pas su nous répondre sur le dossier des CES alors que le soir même Mme Girardin parlait de rumeur ? Quelle place donne-t-elle à nos représentants ? s’interroge amèrement Jean-Hugues Ratenon. Est-ce à dire qu’il y aurait deux gouvernements, un gouvernement métropolitain et un gouvernement réunionnais ?", demande ce dernier.
Il est clair que ce "coup de bâton" reçu par l’ensemble des associations de chômeurs ne démotivera pas l’engagement des plus démunis. Et le président du Collectif de prôner "une victoire de la mobilisation de l’ensemble des élus, de la population et des médias. C’est notre victoire et Brigitte Girardin a reculé !"
Certes, une bataille gagnée et remportée grâce au courage des personnes qui reçoivent "le minimum parmi le minimum ; mais que devient la gestion humaine de ces contrats aidés ?"

Les témoignages des associations

En effet, les associations présentes ont donné plusieurs exemples de "l’engrenage humain" dans lequel elles se retrouvent. À l’exemple de l’association du Village en Action qui ne fonctionnait qu’avec des CIA. Or, ces contrats aidés ont été supprimés depuis le mois de juin dernier.
Quant à l’association de chômeurs du Port, qui employait essentiellement des CES et des CEC, ces derniers voient leur contrat se réduire de 24 mois, passant ainsi de 5 ans à 3 ans.
L’association d’aide aux chômeurs de l’Est subit de plein fouet une amputation de ses effectifs de 60 CES à 20 CES. "Nous n’avons aucune garantie pour la durée des contrats CES", estime Jean-Hugues Ratenon. "C’est une volonté du gouvernement de nous piéger. Quel sera le quota de 2004 ? Connaîtra-t-il un différentiel sur 2003 ? Le CES sera-t-il de 3 mois ou de 6 mois ?"
Rappelons au passage que les nouvelles mesures législatives n’autorisent les précaires de toucher les ASSEDIC qu’au bout de 6 mois de contrat et non plus au bout de 4 mois comme auparavant.
"Quelle sera alors la plus-value sociale, quelles seront les conséquences sur l’économie solidaire ou l’économie de La Réunion ?", s’inquiète le président du CED. Si une réponse "acceptable" a été retenue pour les Communes sur le dossier des emplois aidés, les associations elles demeurent dans le flou administratif : "les quotas ont été distribués aux Communes non aux associations".

"C’est un véritable cafouillage"

C’est ainsi que l’association des pêcheurs de la Rivière des Roches évoque chaque matin sa "descente" à la Direction du Travail à Saint-Denis afin d’obtenir une réponse concrète pour ses salariés. "En attendant, pendant un mois, des mères et des pères de famille doivent effectuer une rentrée des classes prochainement sans indemnisation ?", soulève la responsable de l’association. "C’est un véritable cafouillage", reconnaît Jean-Hugues Ratenon. "Le gouvernement ne fait même pas attention à sa population alors nous, nous passons pour qui ?", rajoute dépité un autre membre du CED.
Selon Jean-Hugues Ratenon, "le gouvernement a une volonté de mettre La Réunion "à feu et à sang" et de noyer le vrai emploi durable. Mme Girardin lors de sa venue, n’avait-elle pas dit qu’il fallait arrêter les emplois aidés pour aller vers de vrais emplois ?"

Rassemblement demain matin à Bras-Panon

Le problème de la titularisation des employés communaux a également été soulevé, comme une autre façon de procéder à un "gel des embauches et exploiter encore plus les CES et les emplois-aidés", constate le Collectif Emplois en Danger.
Pour toutes ces raisons, le CED et les associations présentes appellent à un grand rassemblement ce vendredi à 10 heures, "place de la Liberté" - emplacement minutieusement choisi - à Bras-Panon pour dénoncer "la manipulation des esprits par le gouvernement".
"Nous avons la responsabilité de l’éducation populaire. D’autres batailles dans le passé comme celui des dockers ou des planteurs montrent qu’une mobilisation amène à une victoire. On veut couper nos têtes, mais d’autres se relèveront. Nous fonctionnerons comme des rouleaux compresseurs puisque tel est l’agissement du gouvernement", déclare Jean-Hugues Ratenon avant de conclure qu’il est important de restaurer la "démocratie participative" tout en défendant que le CED est un mouvement apolitique.
Et comme la situation des aides-éducateurs reste aussi en suspens pour l’instant, une réunion sera organisée auprès des intéressés après ce grand meeting de vendredi.