L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
Production énergétique
Des choix à faire dans la transparence
28 octobre 2003

Alors que les chefs de blocs vapeur mis à disposition des centrales thermiques par EDF viennent de refaire des propositions qui les mettent à un tournant décisif de leur grève, les grévistes attendent de leur Direction régionale des réponses plus sérieuses que celles consistant à leur faire croire que la satisfaction de leurs revendications statutaire et salariale a forcément partie liée à l’accroissement en puissance des centrales thermiques sucrières.
Cette fable signe la complicité de fait entre la Direction régionale d’EDF -appuyée par la Direction de groupement des DOM- et la compagnie privée SIDEC qui, via les centrales sucrières, supervise la production d’environ 50% des besoins en électricité de l’île. Leur collusion, décrite dans le ’JIR’ de samedi, est à l’origine de diverses manœuvres, y compris les plus déloyales, pour faire passer en force le projet d’extension d’usine du Gol.
Il y a une relative urgence à tracer avant la fin de l’année les contours de la production énergétique de l’île et, de l’avis des observateurs de l’équipement en énergie, EDF a pris un peu de retard dans la mise en œuvre de son schéma de production. Ce n’est pas une raison pour ensuite précipiter des décisions prises sans transparence et sans consulter les décideurs réunionnais.
C’est pourtant ce qui était en train de se dessiner et ce que la grève des chefs de blocs vapeur dans les centrales sucrières a mis en évidence (voir les déclarations de Patrick Hoarau, CGTR-EDF, ci-contre). La fin de la semaine dernière a été particulièrement agitée à cet égard, pour beaucoup de monde. C’est par exemple EDF-Réunion qui envoie vendredi aux rédactions un communiqué (daté de la veille !) des plus douteux, visant à faire croire que le choix de la deuxième tranche du Gol « est désormais décidé ». Faux ! Intox même ! EDF-Paris a reçu depuis le 20 octobre dernier l’avis attendu de la Commission de régulation de l’énergie, la C.R.E, lui indiquant de choisir, entre le projet du Gol et celui de la centrale par cogénération de Promergy, celui qui offre la meilleure optimisation de baisse des prix.
Devant les réactions -quelquefois sincères et souvent manipulées- des acteurs de la filière canne devant son projet de raffinerie, le complexe européen a changé son fusil d’épaule en décidant de retarder la construction de la raffinerie. Le temps d’expliquer aux acteurs de la filière la nature exacte de son projet et l’intérêt économique qu’il peut représenter pour une île à sucre dans le contexte actuel, compte tenu des menaces qui pèsent sur la filière. La partie énergétique est en revanche plus actuelle que jamais puisque l’heure de la décision approche, sur le choix des moyens de production nécessaire à l’approvisionnement de l’île en électricité. Les deux projets -Promergy et le Gol- présentent des profils très différents, du point de vue de la production et des normes environnementales -pour s’en tenir à ces deux exemples- qui demandent à être examinés de près. Le traitement de ce qu’on appelle "les déchets ultimes" présenterait des variations considérables d’un projet à l’autre : 92 tonnes de boue par an d’un côté, 92 tonnes de cendre par jour de l’autre. Qui va décider de leur élimination ?
On comprend mal, de ce point de vue, la précipitation d’EDF qui, une veille de week-end, a tenté de faire passer en force auprès de l’opinion une décision qui, selon nos informations, n’est toujours pas définitive. Et d’autant moins acquise que Promergy a déposé hier un recours auprès du cabinet du président d’EDF, M. Roussely, demandant s’il est informé de la façon dont la Direction régionale de M. Buzin, avec l’appui de la Direction de groupement des DOM de M. Renoux, en charge du schéma électrique insulaire, ont défini leurs critères pour un marché "de gré à gré".
D’autre part, le fait qu’EDF soit seul responsable du choix ne dispense pas ses dirigeants de consulter les politiques réunionnais appelés eux aussi à prendre des décisions dans un domaine qui engage les moyens de productions l’île pour de nombreuses années : par exemple, le président de Région, qui a délégation en matière de politique énergétique ou le président du Conseil général, dont l’assemblée doit se prononcer le mois prochain sur l’offre de cession, faite l’année dernière à Promergy, d’un terrain du port appartenant au Département. Sur quels critères les conseillers généraux vont-ils se prononcer, si aucun débat public n’a lieu et si les arguments des uns et des autres ne s’échangent pas dans la transparence ? Sur les seules injonctions d’un sénateur-maire qui ne siège pas au Conseil général ?
Dans un courrier daté du 26 octobre aux deux présidents des collectivités territoriales de La Réunion, Jean-Yves Moine, le président-directeur général de Promergy attire l’attention de ses interlocuteurs sur le fait que « le choix d’un nouveau moyen de production, instrument indispensable au développement de La Réunion ainsi qu’à la satisfaction des besoins de tous les Réunionnais, doit se faire dans la plus complète transparence et faire l’objet de la concertation appropriée ». Il énonce aussi les raisons qui font douter du sérieux de la "décision" rendue publique par EDF Réunion. « En effet -poursuit-il- à aucun moment nous n’avons pu négocier ou nous concerter avec les services d’EDF, alors qu’officiellement la concurrence était ouverte. Il nous semble important qu’aucune décision définitive ne soit prise tant qu’un réel débat entre les parties commerciales n’ait lieu », ajoute encore le président directeur général de Promergy.
Cinq mois après l’annonce publique d’un projet concurrent à celui du Gol, on ne peut pas dire que les conditions d’un débat transparent soient réunies. Le Gol n’a rien communiqué de son projet et on comprend mal les manœuvres occultes pour imposer un projet méconnu, avant que soit rendue l’étude d’impact demandée par la filière canne au ministère de l’Agriculture. En effet, cette étude doit se prononcer sur l’impact économique de la raffinerie de Promergy, dont le fonctionnement par cogénération est inséparable de son unité thermique, concurrente de celle du Gol.
Là encore, pour que les choix soient faits dans la transparence, il faut au minimum une concertation des pouvoirs publics et une mise en phase des calendriers. On apprenait la semaine dernière la signature, jeudi 23, de l’arrêté préfectoral et la saisine du tribunal administratif pour la conduite de l’enquête publique, à compter du 1er décembre 2003, sur l’installation classée du Port.
D’un point de vue administratif, on peut parler de statu quo dans la mesure où les deux projets gardent leurs chances. Aussi, il y a une évidente malhonnêteté à tenter de faire croire que la décision est prise en faveur de l’un des deux, alors qu’aucun débat public n’a permis d’identifier celui des deux qui répondra, avec l’efficacité optimale, à nos besoins énergétiques, économiques, sociaux et environnementaux. C’est à cela qu’il faut répondre, publiquement… et vite.
| « On nous mène en bateau » |
|---|
| • Où en sont ce soir les négociations ? un communiqué CGTR-EDF dit que vos propositions pour les chefs de bloc « semblaient avoir retenu l’attention du médiateur… » |
| - Aujourd’hui, nous voulons la reconnaissance par EDF du métier tel qu’il est composé. Si nous sommes allés à la grève, c’est pour faire reconnaître la légitimité de l’activité réelle. Dans le fonctionnement quotidien des centrales privées, les chefs de bloc vapeur EDF sont amenés à faire des tâches complémentaires qui ne leur incombent pas et qui ne sont pas prises en compte dans leur qualification. Si les privés avaient dû assumer le fonctionnement en temps réel, ils auraient dû embaucher douze personnes (6 dans chaque centrale). En réalité, c’est nous qui faisons le travail, et il n’est pas reconnu. |
| • L’usine du Gol attribue aux grévistes d’EDF le « manque de vapeur » qui a interrompu le traitement des cannes, hier… |
| - On a mis tout le monde en garde hier, jusqu’au préfet : s’il y a intervention de gens qui n’ont pas la maîtrise de l’outil, il faut s’attendre à des problèmes et à des conséquences sur la population. Ils ont quand même pris les commandes. Ils ont pu tenir sur Bois-Rouge mais au Gol, ils n’ont pas maîtrisé et ce soir (hier-NDLR), ils ont arrêté les groupes. Actuellement, la chaudière du Gol est arrêtée. Si elle ne redémarre pas dans un délai rapproché, l’usine ne pourra pas redémarrer avant trois jours. Mais il faut arrêter de dire que c’est de la faute des agents d’EDF. Nous sommes intervenus dans les centrales pour rappeler que les salariés ne pouvaient pas rester plus de 10 heures au travail. Nous tenons à ce que les règles de sécurité soient respectées. Un cadre désigné pour remplacer un gréviste a travaillé 14 heures. Ils ont enlevé le cadre et c’est là qu’ils ont eu le problème. Ils ont dû mettre à l’arrêt un groupe que plus personne n’était capable de piloter. |
| • A quoi sert d’empêcher le charbon d’entrer dans les usines, si elles ne tournent pas ? |
| - À rien. Si les planteurs veulent réagir, il faudrait peut-être qu’ils aillent demander des comptes à la direction locale d’EDF. Pourquoi EDF, qui dit que ce n’est pas une question de coût, ne veut pas résoudre ce problème ? |
| • Qui est responsable de cette situation ? |
| - Le message fort en direction du public est que nous avons fait le nécessaire pour que les usiniers ne perdent pas le bénéfice de leurs cuves pleines. Nous avons relancé la vapeur la semaine dernière dans l’intérêt des planteurs. Samedi et dimanche, nous avons fait intervenir notre direction nationale… On ne peut pas continuer à dire que nous sommes responsables de la situation. Le préfet dit qu’il y a urgence, priorité, danger… Mais quand nous avons demandé à le rencontrer, depuis le premier préavis, pour expliquer pourquoi nous allions en grève, il n’a pas répondu. Hier encore, nous avons demandé à le rencontrer. Sous prétexte qu’un médiateur a été désigné, il ne veut pas nous entendre. Il ne mesure pas la situation. Le risque est qu’il se produise sur la centrale du Gol des événements que personne ne pourra maîtriser. Dix minutes suffisent à faire comprendre ce que nous voulons. On nous mène en bateau. D’un côté, les dirigeants d’EDF tentent de faire croire qu’ils sont capables de défoncer toutes les portes pour obtenir une autorisation et quand on leur demande de régulariser notre situation, ils n’en sont plus capables. |
| Propos recueillis par P. David. |
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
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