Filière canne-sucre

« Positivons la vigilance »

Paul Vergès fait le bilan de la réunion sur l’OCM-sucre

26 septembre 2003

Le président de Région invite les acteurs de la filière à tourner la page du statu quo, à faire des propositions dans le cadre défini pour le nouveau règlement sucrier et à les transmettre le plus vite possible.

La conférence de presse de Paul Vergès, dimanche, a suscité de nombreuses réactions, ce dont le président de la Région ne peut, avec le recul, que se féliciter, « au-delà du contenu des commentaires » a-t-il dit. L’effet positif de l’ultime mobilisation des élus réunionnais -parlementaires et président de Région- semble être d’avoir au moins fait prendre conscience du danger réel.
Car selon les éléments chronologiques rappelés hier par Paul Vergès -avec un brin d’ironie pour la moisson de déclarations de paternité dont a été entourée la première avancée obtenue à Strasbourg- tout s’est joué entre le 22 et le 23 septembre. Entre le projet de communication du commissaire Fischler, dont la Région a pris connaissance le lundi 22 et le contenu de la communication de la Commission européenne au Conseil et Parlement européen, le lendemain, il y a une différence de taille. Le premier texte ne mentionnait pas les RUP. Le passage qui les concerne, dans le texte définitif, est consécutif à l’intervention de Michel Barnier, commissaire au Développement régional, auquel le président de la Région a, dans l’urgence, adressé un courrier ce même lundi, rappelant les attentes des RUP dans la discussion qui devait s’engager le mardi. Le cas des RUP a été soulevé dans la soirée de lundi, lors de la réunion des chefs de cabinet des Commissaires et mis le lendemain, mardi, à l’ordre du jour de la réunion des Commissaires. Après la lettre faxée par Paul Vergès au commissaire Barnier (voir "Témoignages" du 25/9). Et le 23, la Commission a décidé de mentionner les RUP à la fois dans le document politique et dans le document technique qui l’accompagne et qui donne une synthèse des travaux d’analyse d’impact. Cette version adoptée reconnaît le principe d’un traitement différencié. C’est le point d’appui essentiel dont pourront se prévaloir les RUP dans les négociations à venir.

« Trouver des solutions particulières »

Mais ce traitement différencié -qui suppose que les RUP fassent des propositions adaptées à la situation particulière de chaque pays- intervient dans un cadre général dont le président de Région a également rappelé les données : diminution de la production par une baisse des prix et des aides et diminution des quotas. « Ces deux principes définissent le cadre général et l’objectif. E c’est dans ce cadre qu’il faudra trouver des solutions particulières pour les RUP », a dit Paul Vergès, en s’interrogeant sur certaines des réactions émises après la conférence de presse de dimanche. « Cela veut dire quoi "être vigilant" ? », se demande Paul Vergès.
Sans vouloir être désobligeant pour l’interprofession, il faut tout de même observer que son audition de la mi-juillet, à Bruxelles, a été de peu de poids auprès du groupe de pilotage Interservices [1], à l’heure de la rédaction de la version initiale de son premier rapport. Ce dernier n’envisageait qu’une « restructuration » ou une « reconversion », avec pour compensation des aides regroupées dans une enveloppe spéciale, un « fonds de reconversion », voire des « ventes de quotas ».
C’est sur la base de ces éléments d’information que le président de Région a jugé utile de tirer la sonnette d’alarme, provoquant en effet un certain émoi chez les professionnels du sucre et de la canne. Et comme d’habitude, au lieu d’analyser les causes de l’inquiétude, on a fait haro sur le sonneur de tocsin.

Faire des propositions

Si l’on veut aller au fond des choses, n’est-ce pas l’option suivie jusqu’à présent par l’interprofession qui pose problème ? Son acharnement à défendre le "statu quo" peut se comprendre, mais il n’a aucune chance d’être pris en compte. Cela aussi, Paul Vergès l’a souligné hier. « Que veulent les acteurs de la filière ? Le statu quo est écarté. C’est dans le scénario retenu qu’il faut chercher des solutions », a-t-il dit. Le président de Région a été plus qu’attentif au témoignage d’un jeune agriculteur qui a reconnu à la télévision tirer la moitié de ses revenus des aides de l’Europe. Dans ces conditions, comment ne pas plaider le "statu quo" ? Si les aides diminuent, qui va payer la facture d’un secteur agricole sinistré ?
« Si dans les mois, les semaines qui viennent rien n’est fait, tout sera perdu », a ajouté Paul Vergès en signalant que c’est aux acteurs de la filière qu’il revient de faire des propositions. « Il ne s’agit pas de donner dans l’incantation : qui va imaginer les mesures spécifiques ? Les politiques ne peuvent pas définir les mesures à la place des acteurs de la filière. Le rôle des politiques est un rôle de soutien, de saisine des instances, des ministères… ».
Autrement dit, le président de Région a remis tout le monde à sa place et en ordre de combat, hier, plaidant pour les prérogatives des politiques quand ils sont dans leur rôle -c’était le cas au moment de la réunion de la Commission- et invitant les acteurs de la filière à jouer le leur, qui est de proposer des solutions pour la survie de la filière canne.
« Positivons la vigilance », est le nouveau mot d’ordre pour les mois à venir. Cela consiste à faire des propositions et à les transmettre le plus vite possible. « Cela demande du temps, cela demande l’union, l’imagination, mais c’est vital. Les choses changent… Il reste à le faire comprendre à notre élite politique ».

Rapport Laffineur
Paul Vergès : « Ni responsables, ni boucs-émissaires »

Interrogé sur le rapport du député UMP Marc Laffineur sur la fonction publique d’État et la fonction publique territoriale d’outre-mer, le président de Région a d’abord observé que ce rapport émanait d’un « proche de M. Méhaignerie, président de la Commission des finances, dont les positions rejoignent celles de M. Arthuis », son homologue au Sénat. Tous deux sont les auteurs d’amendements sur la retraite, dont il a été beaucoup débattu. « L’élément important est que ce rapport émane d’un membre de la majorité actuelle », a ajouté Paul Vergès, en notant que l’approche privilégiée était « uniquement financière et budgétaire » et qu’elle prête le flanc par conséquent à des critiques qui pourraient lui reprocher d’avoir sur le développement de La Réunion une vision limitée aux problèmes de comptabilité publique.

Sur le fond, le président de Région a répété sa position : les fonctionnaires d’outre-mer ne peuvent être ni tenus pour « responsables » des politiques des gouvernements successifs, ni pris comme « boucs-émissaires » d’une situation dont le règlement relève du gouvernement.

Paul Vergès observe que le texte a été adopté mercredi soir par la Commission des finances et qu’il convient d’en débattre sur le fonds. « Discutons de la vie chère, de l’observatoire des prix et de toutes les mesures proposées, qui n’ont pas été appliquées », a-t-il poursuivi. Évoquant le Plan de développement actif (PDA) élaboré depuis plus d’une dizaine d’années, le président de Région a estimé que, devant une « attaque frontale », il faudra « faire preuve d’imagination et se concerter ».

Préparé en 1992 à l’initiative de Paul Vergès, alors vice-président de la Région, le Plan de développement actif comportait un système préservant les revenus nominaux des fonctionnaires et organisant une épargne par obligations défiscalisées et rémunérées, remboursables sur diverses échéances (5, 10 ou 15 ans).

Réactions au rapport Laffineur
André Thien Ah Koon : Tenir compte des droits acquis

Réagissant au sujet du rapport Laffineur sur la fonction publique outre-mer, André Thien Ah Koon demande « la prise en compte du facteur humain » qui« exige que l’on tienne compte des droits acquis, des engagements financiers contractés par les familles, du poids de la solidarité envers l’activité privée sociale et marchande ». Pour le député-maire du Tampon, le dossier de la fonction publique « ne peut se régler d’abord qu’au plan gouvernemental » et « il se règle aussi et surtout au Parlement ». André Thien Ah Koon estime que la ministre de l’Outre-mer a minimisé l’effet du rapport en question.

Le P.F.R. : « Avoir les éléments d’une recherche de solutions négociées »

Dans un communiqué diffusé hier, le Parti fédéraliste réunionnais « réitère sa demande de mise en place dès maintenant d’une commission sur la vérité des prix et des salaires ». Cette dernière vise à « avoir les éléments d’une recherche de solutions négociées avec l’ensemble des partenaires sociaux, économiques et politiques ». « La question de la surrémunération ne doit pas être abordée de manière sectorielle. C’est une question qui concerne tous les Réunionnais », conclut le communiqué.

Le S.N.E.S. : Pas de « victimes expiatoires »

Pour le SNES Réunion, l’annonce de milliers de suppression de postes et celle du rapport Laffineur « prennent tout leur sens quand on les replace dans la continuité de la décentralisation de certains personnels vers les collectivités territoriales, de la démolition du système des retraites, des suppressions de droits pour les chômeurs, et des cadeaux fiscaux multipliés en faveur du patronat et des contribuables les plus aisés ». « Les personnels de l’Éducation nationale condamnent avec la plus grande fermeté cette politique ultra-libérale, et refusent aujourd’hui comme hier de servir de victimes expiatoires dans ces manipulations en trompe-l’œil », précise le SNES.


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Témoignages - 82e année


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