Emploi

Près de 13.000 Réunionnais privés d’A.S.S.

Le gouvernement réforme le système d’indemnisation chômage

23 septembre 2003

Le gouvernement, via François Fillon, vient de procéder à une nouvelle attaque contre les droits acquis. Cette fois, c’est aux privés d’emplois qu’il s’en prend, en réduisant la durée du versement de l’allocation spécifique de solidarité. À La Réunion, 12.572 Réunionnais qui vont être touchés.

Que ne ferait pas le gouvernement pour tenter de réduire un déficit immense, notamment lié au fait qu’il a fait un cadeau aux plus riches, en baissant le taux d’imposition ? Une fois de plus, fidèle à son idéologie ultra-libérale, il s’en prend aux plus défavorisés. Cette fois, le gouvernement s’attaque aux demandeurs d’emploi. Il vient de procéder à une réforme du système d’indemnisation du chômage et plus spécialement à l’allocation de solidarité spécifique (ASS). Cette allocation - aussi connue sous l’appellation "allocation fin de droits" - est versée par les ASSEDIC mais elle est financée par l’État. Jusqu’à ce que le gouvernement attaque le dispositif, elle était attribuée à celles et ceux qui avaient épuisé leurs droits à l’assurance chômage (calculée en fonction du temps travaillé). Elle ne comportait aucune limitation de durée. Elle différait en fonction de l’âge du demandeur qui, pour la percevoir, s’engageait à « chercher activement un emploi ». Seulement voilà, à partir du 1er janvier 2004, cette ASS serait supprimée au bout de deux ans d’inscription aux ASSEDIC et de trois ans pour les actuels allocataires. Seuls, les plus de 55 ans seront épargnés par la mesure. Enfin, pas tout à fait, car le gouvernement va leur supprimer la majoration de 40% de l’allocation à laquelle ils avaient jusqu’à présent droit (soient 5,91 euros par jour).
Enfin, le gouvernement va durcir des conditions de prise en compte des revenus du conjoint pour calculer les ressources du ménage. Donc de celui qui percevait l’ASS. Cette mesure, décidée en 1997 par Alain Juppé, alors Premier ministre, sera étendue à l’ensemble des chômeurs couverts par l’allocation spécifique de solidarité. Nouvelle attaque perfide.

Quelles "économies" ?

Selon les chiffres avancés par la presse nationale, "l’économie" ainsi réalisée sur le dos des plus démunis ne serait que de 150 millions d’euros. À titre de comparaison, la baisse de 3% de l’impôt sur le revenu, que nous évoquions plus haut, correspond à un manque à gagner pour l’État de... 1,8 milliard d’euros. Cette "économie" pourrait être de 500 millions par an à partir de 2005. Comme dit le proverbe, "il n’y a pas de petit profit". Il n’empêche que la démarche est révoltante.
François Fillon explique que cette réforme n’est pas uniquement liée à des raisons budgétaires. En effet, pour lui, l’objectif est d’abord de poursuivre le « recentrage des moyens sur le retour à l’emploi et de valoriser le travail ». Cette décision serait « cohérente avec la revalorisation du SMIC, les contrats jeunes en entreprise, les allégements de charges et la transformation du revenu minimum d’insertion (RMI) en revenu minimum d’activité (RMA) ».
Mais la raison de cette attaque gouvernementale, c’est aussi de vouloir faire baisser les chiffres du nombre des demandeurs d’emplois. En effet, celles et ceux qui seront exclus de l’ASS risquent fort de ne plus se retrouver comme demandeurs d’emplois, car, par une démotivation qui se comprend on ne peut plus aisément, ils pourraient bien ne plus être considérés comme faisant « des démarches actives » pour retrouver un emploi. Et à ce titre, rayés du nombre de privés d’emplois.

13.000 Réunionnais touchés

En France, 317.480 femmes et hommes perçoivent l’ASS (source : "Bulletin mensuel statistique de l’UNEDIC - mois de juillet 2003"). Parmi eux, plus de 130.000 sont des demandeurs d’emploi au chômage depuis plus de trois ans. À La Réunion, ce sont 12.572 Réunionnaises et Réunionnais qui percevaient, en juillet 2003, cette ASS. 13.000 Réunionnaises et Réunionnais qui, à partir du 1er janvier 2004, vont venir grossir les rangs des érémistes de La Réunion. 67.000 Réunionnais aujourd’hui. Près de 20% en plus. Ce seraient donc au moins 80.000 Réunionnais qui toucheraient "le minimum".
Inacceptable.

Toujours les mêmes clichés...
François Fillon ne recule devant l’utilisation d’aucun cliché. En effet, pour justifier sa décision, il a expliqué qu’il s’agissait surtout d’inciter les chômeurs de longue durée à retrouver un emploi. En clair, ceux-ci se contentaient de percevoir leur allocation, et passaient leur temps à ne rien faire, et surtout pas à chercher du travail.
Or, le même refrain avait été prononcé par le même ministre... pour le RMI. En octobre 2002, il avait dit dans un entretien accordé au "Parisien", qu’il fallait « tenter de les (les érémistes - NDLR) responsabiliser ». Autrement dit : il faut obliger les pauvres à travailler. Ce même ministre avait même précisé : « Parmi ceux qui n’ont pas de travail, il faut distinguer les vrais exclus de ceux qui cherchent à détourner le système ». Quel mépris...
La logique infernale
Le gouvernement, face au déficit de l’UNEDIC, (estimé pour 2002/2003 à quelques 4,8 milliards d’euros), et sous l’impulsion du MEDEF, a réduit de sept à neuf mois les durées d’indemnisation. Rappelons la conséquence de cette manœuvre : en France, 150.000, 200.000 voire 250.000 personnes supplémentaires (en fonction des sources) vont passer du régime "normal" de l’indemnisation chômage à l’ASS au 1er janvier prochain. Autre attaque : celle qui a visé à exclure du système d’indemnisation - et de l’inscription comme demandeurs d’emplois. Cet été, l’ANPE a procédé à la radiation de plusieurs milliers de chômeurs qui n’avaient pas répondu à sa relance téléphonique.
Maintenant, le gouvernement suit sa logique infernale, en excluant de l’ASS un bon nombre sensiblement égal de demandeurs d’emplois. Et l’on ne peut que craindre qu’il continue sa chasse aux exclus, avec une troisième "étape" : en "virant" du RMI autant de personnes. Au vu des propos tenus, cette hypothèse n’est pas farfelue. Quant bien même la gestion de ce dispositif sera confié dès janvier 2004 aux Départements.

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