Emploi

« Provoquer une décision favorable du FEDOM »

• Paul Vergès se fait l’écho auprès du Premier ministre de l’unanimité des élus de la Commission permanente de la Région Réunion

13 août 2003

Dans le prolongement de la lettre qu’a adressée le président de la Région le 4 août dernier à la ministre de l’Outre-mer, et suite à la Commission permanente du 8 août, lors de laquelle une délégation de représentants des personnels sous Contrat Emploi Solidarité a été reçue par les élus de la Commission permanente de la Région (voir encadré), Paul Vergès a adressé lundi dernier une lettre au Premier ministre. Voici le texte de cette lettre :

« Monsieur le Premier Ministre,
J’ai l’honneur d’attirer votre attention sur l’urgence et la gravité de la situation sociale prévalant actuellement à La Réunion. Celle-ci découle de l’annonce d’une décision imminente du FEDOM qui se traduirait par une diminution de 75% du nombre des Contrats Emplois Solidarité affectés à La Réunion pour le second semestre 2003.
L’ensemble des acteurs politiques et sociaux de l’île, au-delà de la diversité de leurs opinions, considère qu’une telle décision aurait des conséquences catastrophiques sur la situation sociale à La Réunion.
Vous connaissez, Monsieur le Premier Ministre, les caractéristiques de cette situation.
L’ampleur du chômage, les limites actuelles de l’économie concurrentielle, les difficultés financières des Collectivités locales et enfin la fragilité d’un secteur associatif qui apporte une contribution précieuse à la cohésion sociale sont autant d’éléments qui font que l’intervention massive d’emplois aidés est indispensable au fonctionnement de l’économie et de la société réunionnaises.
Dans ce contexte, une diminution drastique du nombre des emplois aidés - et des CES en particulier - serait déstabilisatrice pour notre société.
Consciente de ce risque, la Commission Permanente du Conseil Régional a reçu ce vendredi 8 août une délégation représentative des personnes sous Contrat Emploi-Solidarité. À l’unanimité, les élus, toutes tendances politiques confondues, ont exprimé la demande de la reconduction au second semestre 2003 de la dotation affectée à La Réunion au second semestre 2002. Je vous transmets la délibération de la Commission Permanente adoptée à cet effet.
Convaincu que vous mesurerez l’urgence et la gravité de la situation, je vous saurais gré des initiatives que vous voudriez prendre pour provoquer une décision favorable du FEDOM qui doit se réunir dans les prochains jours.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma très haute considération »
.

La délibération de la Commission permanente de la Région
Vendredi dernier, à l’unanimité des élus, la Commission permanente du Conseil régional a décidé de demander sans délai au gouvernement de reconduire au second semestre 2003 la dotation affectée aux CES à La Réunion au minimum au même niveau que celle du second semestre 2002.
D’autre part, elle a décidé de saisir l’ensemble des acteurs institutionnels - Communes, Conseil général, parlementaires - pour que La Réunion exprime de manière unanime la même demande au gouvernement.

« Répondre favorablement à une expression unanime de La Réunion »

• Huguette Bello et Christophe Payet écrivent à Brigitte Girardin

Suite à l’annonce d’une éventuelle baisse des quotas de contrats d’insertion, les députés Huguette Bello et Christophe Payet ont fait parvenir hier à la ministre de l’Outre-Mer le courrier suivant :

« Madame La Ministre,
De vives inquiétudes s’expriment à La Réunion suite à l’annonce d’une éventuelle baisse du nombre de solutions d’insertion destinées à notre île.
En effet, la Direction Départementale du Travail et l’Emploi a adressé à tous les Maires une lettre leur indiquant un quota de C.E.S. en baisse pour le second semestre. Cela a créé un vif émoi chez tous les élus. De plus, le fait que la réunion du Comité Directeur du FEDOM, initialement prévue courant mai, puis fixée au 6 août, ait été repoussée à une date non précisée afin d’obtenir un arbitrage du Premier Ministre, a contribué à renforcer les inquiétudes.
Dans l’état actuel des choses, malgré les instructions données pour que le maximum de contrats disponibles soient mis au service des écoles ou des services municipaux travaillant vers le scolaire (restauration scolaire notamment), il n’est pas sûr que la rentrée puisse se faire dans les meilleures conditions. C’est ce qu’affirment de nombreux Maires à partir de leur expérience respective et en fonction des données qui leur ont été fournies.
Par ailleurs, une telle mesure aurait pour effet de rendre moins opérationnels certains services où sont employés des C.E.S. et qui se retrouveraient démunis. Enfin, plusieurs associations, dont une grande majorité ont de réelles activités de service, se retrouveraient pénalisées.
Pour notre part, nous craignons que si jamais la mesure envisagée était mise en application, elle annoncerait pour 2004 et les années à venir une baisse considérable et définitive des solutions d’Insertion pour La Réunion. Elle viendrait s’ajouter à la décision de supprimer les Contrats Emplois-Jeunes. Toutes ces mesures contribueraient à rende encore plus explosive la difficile situation sociale de l’île.
Aussi, nous vous demandons, Madame La Ministre, de répondre favorablement à une expression unanime de La Réunion en maintenant pour le second trimestre de cette année le même nombre de C.E.S., C.E.C. et autres contrats aidés que celui du second semestre 2002.
Avec nos remerciements anticipés, nous vous prions de croire, Madame La Ministre, en l’assurance de notre haute considération »
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Huguette Bello et Christophe Payet écrivent à René-Paul Victoria
« Monsieur le Député et Cher Collègue, devant l’émotion créée à La Réunion après l’annonce d’une éventuelle baisse du nombre de contrats C.E.S., nous nous permettons de vous interpeller en votre qualité de membre du Comité Directeur du FEDOM.
La mesure envisagée concernant un public très fragile et frappant des milliers de personnes est susceptible de rende explosive la situation sociale déjà difficile de l’île.
Aussi, nous vous demandons d’intervenir afin d’obtenir que le Comité Directeur du FEDOM se réunisse dans les plus brefs délais et qu’il prenne la décision de maintenir les mêmes quotas d’insertion attribués au second semestre 2002 à La Réunion »
.
Le président du Conseil général : « La situation des C.E.S. est préoccupante »
Le Département a publié hier soir vers 19 heures le communiqué suivant : « La situation des Contrats Emploi-Solidarité est préoccupante. Les élus du Conseil général, réunis en Commission permanente ce mercredi 13 août au Palais de la Source, examineront la question des CES.
Le président du Conseil général a par ailleurs souhaité rencontrer les associations représentatives des emplois aidés.
Le 5 août dernier, Jean-Luc Poudroux avait déjà attiré l’attention de Monsieur le Premier ministre sur le problème de la dotation allouée au département de La Réunion au titre du second semestre de l’année 2003 en matière de Contrats Emploi-Solidarité. Le président a souligné la nécessité pour les collectivités et les associations de disposer d’un quota de CES au moins égal à celui des années précédentes ».
Des faits dont on est sûr
Dans son édition datée d’hier, "Le Quotidien" commente les événements liés à la question des CES. Fidèle à lui-même et à sa tradition, c’est bien sûr, sur les élus réunionnais que la suspicion est jetée. « Il n’y aura pas suppression de 75% de postes de CES », écrit-il avant d’ajouter, en légende d’une photo : « le quota d’emplois CES devrait être reconduit ». Puis, il s’étonne de la mobilisation des élus de l’île et, toujours selon son habitude, le journal montre plus particulièrement du doigt... le Parti communiste réunionnais : « Le PCR le sait, mais joue la surenchère », écrit-il.
Le journal du Chaudron a choisi de jouer dans la démesure. Selon lui, « 75.000 emplois seraient menacés ». Si telle était la réalité, il faudrait s’alarmer plus que l’on ne le fait aujourd’hui.
C’est sur une base tout aussi faussée que "Le Quotidien" "se la joue donneur de leçons". En tous cas, l’article du journal laisse à penser qu’il dispose d’informations que les autres n’ont pas. D’où ce journal peut-il bien tirer la certitude que « il n’y aura pas suppression de 75% de CES » ? Veut-il dire qu’il n’y aura pas du tout de suppression ? Ou encore qu’il y aura suppression mais que celle-ci sera inférieure à 75% ? Il faudrait qu’il s’explique là-dessus.
Or, il y a un certain nombre de faits dont on est sûr.
1°) La DDTEFP a bel et bien fait parvenir à toutes les mairies un courrier leur demandant de geler une partie de leur quota respectif ;
2°) La réunion du FEDOM, prévue pour courant mai, a été fixée dans un premier temps pour début juillet, puis dans un deuxième pour le 6 août, avant d’être annulée et reportée à une date non encore précisée ;
3°) Si le ministère de l’Outre-mer souhaite une reconduction du même volume de CES que l’année dernière, il est dans l’attente d’un arbitrage de Matignon ;
4°) Il y a déjà eu une première alerte en début d’année, au moment de l’attribution des quotas pour le premier semestre. Les chiffres annoncés faisaient apparaître une baisse générale, laquelle avait fait monter tous les maires réunionnais au créneau ;
5°) Il y a bien eu, en avril, une annulation des crédits du FEDOM puis, par la suite, un gel d’une partie de ce qui restait ;
6°) Le gouvernement n’a jamais caché ce qu’était sa philosophie : diminuer, tant sur le plan national que dans les DOM, le nombre de contrats dit aidés dans le secteur public avec, comme objectif, de favoriser la création d’emplois dans les entreprises.
Si, avec tout ces faits rassemblées, "Le Quotidien" ne comprend pas pourquoi on s’interroge à La Réunion pour savoir si le nombre de CES diminuera ou pas, et s’étonne ensuite de l’inquiétude des élus réunionnais, il y a là un réel sujet d’étonnement. Pour nous.
Lors de la conférence de presse donnée la semaine dernière par le PCR sur le même sujet, le représentant du "Quotidien" laissait entendre que le gouvernement était en train de "monter une manœuvre" : il va laisser tout le monde protester avant d’annoncer que le nombre de CES sera maintenu pour en tirer tout le bénéfice. Outre le côté "indécent" que représenterait une telle opération - a-t-on le droit de jouer avec le sort de toute une partie de la population, notamment celle qui est la plus défavorisée ? - et plutôt que d’alerter l’opinion publique réunionnaise et préciser d’où il tire cette certitude, "le Quotidien" préfère s’en prendre aux élus réunionnais. Belle mentalité.

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Témoignages - 82e année


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