« Punishment Park » ou la violence d’État

2 février 2008

“Punishment Park” est un film sorti en 1970, présenté à Cannes en 1971, réalisé par l’américain Peter Watkins, qui pousse à l’extrême l’antagonisme qui a déchiré la société américaine pendant la guerre du Vietnam. Construit sur le principe de l’uchronie, c’est une fiction qui se donne à voir comme un documentaire, fasciné par la violence des forces de répression que le président Nixon a mobilisées contre ses opposants.
L’histoire se passe dans le Sud de la Californie, état où Nixon avait été élu député en 1946.
Pendant que des milliers de jeunes Américains sont envoyés se faire tuer au Vietnam, aux Etats-Unis se développent d’immenses manifestations de protestation. De jeunes opposants refusent la guerre. Ils sont militants des droits civiques, objecteurs de conscience, féministes, communistes, anarchistes, hippies et yippies (membres du Youth international party), Blancs, Latinos ou Noirs... Tous sous le coup de la loi d’exception Mac Carran.
Au terme d’un procès sommaire, ils sont condamnés à de lourdes peines pour atteinte à la Sûreté de l’Etat..., mais (et là commence l’“uchronie” ou “histoire alternative”) ils peuvent échanger leur peine contre un séjour au “Punishment Park”, un camp d’entraînement des policiers anti-émeutes et des militaires, dans le désert californien.
A partir de là, la fiction développe des récits parallèles, suivant deux “groupes” de résistants. Au groupe 637, les militaires font entrevoir la liberté s’ils parviennent à parcourir 85 km dans le désert, en 3 jours, pourchassés par l’armée, sans eau, ni nourriture, jusqu’à atteindre un drapeau américain.
Le groupe 638 - condamné avant son passage devant le tribunal - est aux prises avec cette juridiction d’exception à laquelle chacun des membres expose les raisons pour lesquelles il s’oppose à la guerre du Vietnam. Bientôt, le groupe 637 se sépare en 3 sous-groupes : ceux qui veulent tenter de s’évader du Park, ceux qui abandonnent et ceux qui veulent atteindre le drapeau...
Très pessimiste dans sa conclusion, le réalisateur n’exploite pas dans ce film tous les ressorts fictionnels de l’Histoire alternative. C’est peut-être ce qui a limité son succès, bien que le film soit très bien construit. Il développe surtout, dans ses rouages les plus répressifs et les plus désespérants, ce qu’aurait été une mise en application de la loi de Sûreté intérieure : quelque chose qui aurait transformé à son insu chaque Américain en Nazi.

P. D.


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Témoignages - 82e année


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