Élections régionales et cantonales - mars 2004

Rassembler très largement autour d’un projet réunionnais

Rassemblement du PCR hier à Sainte-Suzanne

27 octobre 2003

Dans environ 150 jours, ce seront les élections régionales et cantonales. Une occasion unique pour faire barrage à la politique du gouvernement : car il n’y aura plus d’autres élections avant 2007 et, si l’on n’y fait pas barrage, l’équipe gouvernementale en place va continuer sa politique d’attaque des acquis sociaux, comme elle le fait depuis 18 mois.
Une occasion unique aussi pour faire gagner La Réunion. Pour lui permettre d’affronter les défis qui se posent à elle. Ceci ne peut se faire que dans l’union la plus large.
C’est le message qu’a lancé hier Pierre Vergès, au nom du Parti Communiste Réunionnais, en rappelant que dans un passé récent, l’absence d’union au premier tour de l’élection présidentielle avait été lourde, très lourde de conséquences...

Le rassemblement des militants du PCR, hier à Sainte-Suzanne, mêlait réflexion et loisirs, puisque après une matinée consacrée à l’analyse de la situation politique, place était laissée l’après-midi à la détente, avec loto quine et boom.
L’analyse de la situation a été développée par Pierre Vergès, en l’absence d’Élie Hoarau (voir encadré). La bataille à venir est celle que toutes les Réunionnaises et les Réunionnais doivent mener contre la politique du gouvernement, qui menace de plus en plus la société dans son ensemble. C’est la raison pour laquelle il faut tout faire pour « sanctionner » et « faire barrage ».
L’occasion en est donnée en mars prochain, au moment des élections régionales et cantonales. « Il ne s’agit pas seulement d’élections visant à élire des conseillers généraux et régionaux » pour "remplacer" les sortants. Il s’agit surtout de mettre un terme à cette politique gouvernementale qui tend à faire porter aux élus locaux toutes les responsabilités, notamment celles découlant de ses erreurs ou de ses actions. Et à faire supporter à toutes les catégories de la population le poids financier de ces actions. Notamment les plus démunis. Mais aussi celles et ceux qui paient des impôts, à l’exception des plus riches, auxquels le gouvernement a fait un beau cadeau, en modifiant l’impôt sur la fortune (ISF), pour qu’ils aient des impôts allégés.

À la lumière du 21 avril

Puis Pierre Vergès, une fois ce cadre posé, a méthodiquement analysé la situation présente, avec l’éclairage du passé ; un passé pas si lointain que cela, puisqu’il remonte à un certain 21 avril 2002. C’était le soir du premier tour de la présidentielle... « Si l’on ne fait pas attention, ce qui s’est passé ce 21 avril peut fort bien se reproduire », lance Pierre Vergès.
Au premier tour, chacun avait joué sa carte et avait souhaité « se retrouver au second tour ». On connaît la suite : Lionel Jospin arrive derrière Jean-Marie Le Pen. Plus de "retrouvailles" possibles à ce second tour. Avec tout ce que cela a eu de conséquences : un vote massif en faveur de la majorité présidentielle lors des élections législatives. Une prédominance totale du parti élyséen non seulement à l’Assemblée nationale, mais aussi au Sénat, et dans bien d’autres structures... Tout cela a contribué à conforter le gouvernement dans sa politique d’attaques aux acquis sociaux. Et comme le soulignait Pierre Vergès, il n’y a qu’à faire du porte à porte pour se rendre compte à quel point la population réunionnaise « est soucieuse de faire partager son mécontentement » vis à vis du gouvernement. Tout comme elle est fortement décidée à faire en sorte que toutes ces attaques cessent. Rapidement.

18 mois après...

Mais il y a un second enseignement à tirer de ce 21 avril : pour préparer cette élection présidentielle, le PCR avait conclu un accord avec les représentants réunionnais et nationaux du PS. Sur ce document, quatre signatures : celles de Paul Vergès et Élie Hoarau pour le PCR, celles de François Hollande et de Michel Vergoz pour le PS. Cet accord était clair, reposait sur un constat partagé : « Au cours des vingt dernières années, avec la Gauche, la Réunion a connu de très importantes avancées (...). Pour importantes qu’elles aient été, ces avancées n’ont pas fait disparaître, loin de là, les inégalités sociales, les retards de développement, les blocages structurels qui rongent la société réunionnaise. Parfois, elles les ont même rendus plus insupportables, provoquant des éruptions de révolte ou de violence ». Un accord qui expliquait aussi : « Aussi, nous voulons réaffirmer avec force, à la veille des choix essentiels qui s’exprimeront lors des élections présidentielles et législatives de 2002, que c’est dans le rassemblement sur les valeurs, les idéaux et les projets des forces de progrès que se trouvent les chances et les espoirs de La Réunion pour la décennie à venir ».
18 mois après, les « chances et les espoirs de La Réunion » ont-ils été pris en compte et valorisés ? La situation s’est-elle améliorée ou aggravée ? Chacun a la réponse. Mais la question qui se pose aujourd’hui, est celle-ci : certains, qui alimentent la division, ont-ils envie recommencer ? Si tel devait être le cas, ce serait « un raisonnement que nous ne pouvons pas comprendre », martelait Pierre Vergès. Donc, plus que jamais, le PCR est « fidèle à sa politique d’union ». Plus que jamais, car les défis, déjà considérables, se sont retrouvés aggravés par la politique gouvernementale. Et face à cela, une division en mars 2004 montrerait qu’il existe chez d’autres « des préoccupations autres que celle de vouloir faire barrage à cette politique ».

Préserver les acquis

Cette politique d’attaques contre les acquis sociaux était prévisible : elle avait été soulignée par le PCR qui, entre le second tour de l’élection présidentielle et le premier tour des législatives, déclarait que le mot d’ordre devait être « Touche pas à nout l’égalité ». Il avait élaboré une plate-forme en six points. Force est de constater aujourd’hui, que les craintes du PCR étaient fondées : attaques contre le RMI, contre l’indemnisation chômage, contre l’épargne populaire, contre la retraite, contre l’emploi, contre le service public, contre la protection sociale... Ou contre une forme de décentralisation pourtant souhaitée mais à laquelle le gouvernement reste sourd, préférant imposer sa vision, comme s’il voulait faire le bonheur des gens malgré eux... En s’abstenant bien sûr, de tenir compte des conclusions des consultations qu’il a lancées...
Et ce n’est pas fini : après les élections de mars 2004, le gouvernement, s’il n’est pas sanctionné, si on ne lui fait pas barrage, va continuer. En s’attaquant -par exemple- à la réforme du système de protection sociale...

Un projet global et cohérent

Or, c’est pourtant bien dans la consultation de tous, de toutes les forces vives de La Réunion, que peut s’élaborer « un projet global et cohérent » pour la société réunionnaise. Un projet qui tienne compte de tous les paramètres, dans tous les secteurs. Qui ne dresse pas une partie de la population contre une autre. Qui maintienne dans l’île les sommes versées, afin de faire jouer la solidarité locale. Qui tienne compte de l’environnement de La Réunion, de son Histoire, de ses attaches, de ses liens... Qui souligne sa volonté de s’engager dans une démarche de codéveloppement... Qui tienne compte de ce défi démographique et de ses effets induits sur l’aménagement du territoire, sur la politique énergétique.
« Nous sommes tous concernés, communistes ou non, jeunes et moins jeunes », soulignait Pierre Vergès dans un emprunt à Aimé Césaire : « La Réunion doit danser sur sa propre musique » et non plus interpréter celle des autres...
Une "musique" dont la partition sera confiée partiellement au Conseil régional, chargé du projet de développement économique en 2005, via la décentralisation. La Réunion n’aura pas d’ailleurs attendu que Paris lui en donne la possibilité, puisque sous l’impulsion de Paul Vergès, les orientations stratégiques du Conseil régional, depuis 1998, vont dans ce sens : relations avec la Chine, l’Afrique du Sud, maîtrise de l’énergie, aménagement du territoire, etc. etc. etc.
Tout cela n’a pas été construit par un seul homme, mais par une équipe. Des femmes et des hommes de mouvances politiques différentes, qui ont eu des responsabilités. Et aujourd’hui, il est du devoir du PCR de dire à tout le monde, à toutes les forces politiques, Free Dom comme ceux qui ont quitté le PS, et tous les autres, "alon travay ansamn", aussi bien au Conseil régional qu’au Conseil général. Avec cet objectif partagé : allons faire barrage au gouvernement, allons lui envoyer un signal politique fort en sanctionnant les élus UMP locaux qui le soutiennent.
« Ceux qui ne voudront pas entendre ce langage porteront une lourde responsabilité ». Celle de permettre au gouvernement de poursuivre sa politique anti sociale.
L’objectif est de rassembler le plus grand nombre sur un projet de développement validé par les Réunionnais et de faire gagner La Réunion.

Message de l’assemblée à Élie Hoarau :

Prompt rétablissement

Depuis l’hôpital où il a été accepté pour une intervention chirurgicale délicate, survenue il y a deux jours, le secrétaire général du PCR, Élie Hoarau, a préparé un message qui a été lu à l’assemblée par Pierre Vergès.

Élie Hoarau y souligne, à l’attention de ses camarades, que l’opération a pu être réalisée à La Réunion parce que le système de santé y est devenu performant. « C’est une raison supplémentaire de veiller à ce que ce système ne soit pas démantelé » - a-t-il dit en substance.

Le secrétaire général annonce d’autre part qu’il reviendra à la bataille « aussi vite que possible » et que lui-même sera à son poste, avec tous les autres, dans les mois à venir.

Les 400 à 500 personnes rassemblées ont chaleureusement salué son message et lui ont exprimé en retour leur solidarité, en souhaitant à Élie Hoarau« de se rétablir vite et de revenir plus fort que jamais dans la bataille ».

Kozman militan
Krishna Badamia, 34 ans, médecin

Sur la santé, le bilan du gouvernement est catastrophique…

« Je vois régulièrement des patients qui me parlent des ASSEDIC qui finissent trop tôt ; ou qui sont inquiets des conditions du remplacement du RMI ; ou écrasés par les impôts locaux. Je pense à une dame de 55 ans, à Saint-Louis, proche de la retraite et encore aux ASSEDIC, qui n’a que 600 euros de revenus et 400 euros de charge par mois ; et on lui réclame 400 euros de taxe foncière ce mois-ci. Je vois des patients qui perdent le bénéfice de la CMU et dont les enfants sont asthmatiques ou allergiques.

Je suis confronté à la nécessité de récupérer des médicaments avec les pharmaciens, pour le donner à des gens… qui ne viennent même plus me voir, parce qu’ils renoncent à se soigner.

Ces situations sont très, très nombreuses !

Actuellement, les Mutuelles ne sont pas vraiment concurrentes et les prix ne baissent pas. De sorte que les gens doivent payer une Mutuelle et faire l’avance du prix des médicaments, puis attendre le remboursement deux ou trois mois après.

Sur la santé, le bilan du gouvernement est catastrophique pour les plus pauvres. Je vois des gens complètement perdus devant le démantèlement d’acquis sociaux historiques et essentiels pour notre île. La loi de 1946 avait été suivi de l’instauration d’un système de santé dont les acquis sont aujourd’hui remis en cause, surtout pour les plus pauvres, les plus fragilisés. Les gens viennent se faire soigner le plus tard possible, ce qui est contraire à une démarche de prévention. Le résultat est que cela coûte plus cher. Il y a plus d’arrêts de travail…

On ne peut pas comme ça acculer les gens, sur le plan de la santé et en même temps leur dire qu’ils devront travailler plus longtemps… »

Christine, 27 ans, sans qualification

« C’est nul… »

« La politique de ce gouvernement… c’est nul. J’ai eu un CES (4 mois) puis les ASSEDIC (6 mois), puis le RMI… c’est toujours le même manège depuis six ou sept ans. Je suis inscrite depuis des années à l’ANPE…

Ce matin, je suis venue écouter ce que propose le PCR. Ce qu’il faut, c’est sa mèm : sanctionner le gouvernement ».

Léonne, 51 ans, retraitée

« Lé difisil… »

« La retraite i ariv pa 400 euros par mois, mon mari parèy osi… É néna ankor troi zanfan la kaz : inn de 23 zan, dé de 21. Lé difisil… Bann marmay i fé demand si demand l’ANPE mais il n’y a rien pour eux, jamais ».
Christine Hoarau, 41 ans, salariée du commerce

Le gouvernement s’en prend aux plus faibles

« Ce ne sont que des attaques contre les petits : les ASSEDIC, la CMU… Moi par exemple, je voudrais quitter mon travail, mais avec tout ce qui nous tombe dessus… je n’ai que 27 annuités de travail. C’est vrai que mon travail ne fait pas partie des plus pénibles, mais ce sont les conditions qui se détériorent. Les relations humaines sont de plus en plus difficiles ».
Jacques Siou, 54 ans, artisan

Une mesure contre les petits artisans

« Raffarin mène une politique anti pauvres. Toutes ses mesures frappent les plus démunis. Les réductions d’impôt… Même ceux qui paient des impôts sont contre parce qu’ils savent que cela va retomber sur les plus pauvres, au bout du compte.

Déjà, j’ai des difficultés à payer la RAM et à partir du 1er janvier, il va falloir payer une Mutuelle. La RAM rembourse 70% des dépenses de santé et les artisans qui ne dépassent pas le plafond avaient droit à la CMU, jusqu’à cette nouvelle loi. C’est une mesure pour empêcher les artisans de bénéficier de la CMU. Pour les petits, c’est trop dur. Moi je pense qu’il faut repartir de plus belle à la bagarre ; il faut une mobilisation très large pour contrer ces mesures anti sociales. Une réunion comme celle d’aujourd’hui, c’est ce qu’il faut faire… et le plus souvent possible, pour ne pas laisser le champ libre au gouvernement ».


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