Réforme de l’OCM-sucre

Réactions d’acteurs du monde agricole

24 septembre 2003

• Jean-Yves Minatchy : Une mobilisation encourageante

Suite à la conférence de presse tenue dimanche dernier par le président de la Région sur les conséquences de la réforme de l’OCM Sucre dans notre pays, Jean-Yves Minatchy, président de la CGPER, a donné sa réaction.
Selon lui, « il est important que tout le monde aille dans la même direction que Paul Vergès ». Même si la filière canne-sucre constitue « un grain de sable dans l’océan Indien » et a fortiori sur le marché mondial, comparée aux 20 millions de tonnes en Inde ou au 4 millions de tonnes en Afrique du sud, « l’idée des parlementaires - Paul Vergès, Jean-Claude Fruteau, Huguette Bello et Christophe Payet - de converger vers notre spécificité domienne face aux commissaires européens ne peut être qu’encourageante ».
Le président de la CGPER avance le travail effectué en amont par son syndicat, cautionné notamment par un courrier du commissaire européen Frantz Fischler en date de trois semaines stipulant La Réunion « comme zone ultrapériphérique européenne et RUP par la transformation de l’article 299 en l’article 326 dans la nouvelle constitution européenne ». Par ailleurs, la canne « pivot de La Réunion » constitue par les petits et moyens planteurs près de 80% de la production de l’île et « accepter les baisses de prix et de quotas de l’OCM seraient rédhibitoires », déclare-t-il.
« Toute polémique sur la question est à exclure, comme l’a soutenu la Région », estime Jean-Yves Minatchy.


• Nicolas Alaguirissamy : « Faire bloc sur le sujet »

Nicolas Alaguirissamy, président des Jeunes agriculteurs (JA) de La Réunion, a donné son point de vue sur les menaces qui pèsent sur la filière canne-sucre.
Pour lui, il faut, à l’instar « du communiqué de Paul Vergès, faire bloc sur le sujet ». Avant de développer plus en détails les conséquences sur la filière canne à La Réunion, le président des JA a expliqué auparavant que sur les plans national et européen, « le gouvernement et à travers lui le chef de l’État doivent être sollicités sur la question du sucre dans l’île en mettant l’accent sur l’article 299 […], portant sur les spécificités, notamment en matière du prix du sucre ». « L’Europe planche sur les plaintes des pays comme l’Australie ». Ce pays souhaiterait la libéralisation totale du marché et la suppression des subventions, mais dans ces conditions, quel avenir pour les planteurs réunionnais ? « Il faudrait que nos coûts de production soient comme eux ! », a ajouté Nicolas Alaguirissamy.
En effet, pour le dirigeant syndical, les planteurs doivent encore faire face à de nombreuses charges comme « les coûts d’installation, les transports, les machines, les tracteurs. Avant qu’il y ait amortissement, il faut compter 10 ans et on ne peut pas nous dire que la filière canne disparaisse », soutient le président des JA.
« Les crédits doivent être payés par ces pays d’autant que notre main-d’œuvre n’est pas alignée. Nous rencontrons des barrières où notre sucre est beaucoup plus cher que sur le marché mondial », argumente le président des Jeunes agriculteurs avant d’insister : « s’il y a une politique de baisse des prix, cela entraînera forcément une baisse des subventions et par conséquent un programme de baisse de production de la canne qui reste le pivot de La Réunion ». Selon lui, la canne « est le régulateur de tous les marchés, qu’ils soient d’élevage, de maraîchage…Il ne faudrait pas que nous retournions à un système de troc ».
Nicolas Alaguirissamy suggère une solution citant pour exemple l’affaire Alstom : « le gouvernement a voulu réinjecter de l’argent chez Alstom alors que l’Europe ne le voulait pas ». Selon le président des JA, le chef de l’État a pesé de tout son poids pour aboutir à ce qu’un plan de sauvetage de l’entreprise puisse aboutir. « Ils n’ont qu’à faire la même chose pour le sucre réunionnais. Les élus doivent réagir ».
Si aucune avancée n’est faite, les Jeunes agriculteurs garantissent déjà « qu’ils savent se faire entendre par d’autres moyens plus expressifs et qu’il n’y aura pas 50 solutions pour sauvegarder le patrimoine de La Réunion ».
Quant aux conséquences sur le marché local, Nicolas Alaguirissamy note que beaucoup de planteurs ont diversifiés leur activité avec des tables d’hôtes, de l’élevage, du maraîchage. Le dirigeant syndical se dit tout même « optimiste sur la production canne car cela fait déjà plus de 100 ans qu’on essaie de remplacer la canne ». Il prend aussi pour exemple les conséquences touristiques sur la disparition de la filière en précisant que « la canne est la première barrière anti-érosive, avec le moindre grain de pluie, cela entraîne de la boue et une île à boue est défavorable pour les touristes ».
Le FDSEA, par la voix de son secrétaire général, Raymond Ramalingom, n’a pas souhaité réagir pour l’instant.


• La Chambre d’agriculture confiante dans les atouts de la filière

Dans un communiqué diffusé hier, la Chambre d’Agriculture indique qu’elle a été informée des différentes hypothèses d’évolution de l’Organisation commune du marché du sucre. C’est « un dossier sur lequel les dirigeants de l’Institution consulaire portent une grande attention ». Le communiqué précise qu’« ils se sont déjà rendus à Bruxelles au mois de juillet dernier, pour de premières négociations. Et ils y retourneront au mois d’octobre ».
Par ailleurs, « les dirigeants de la Chambre d’Agriculture se félicitent de l’appui apporté par le Conseil régional et les parlementaires de l’île sur ce dossier difficile ». Pour la Chambre, le dossier « devrait aboutir favorablement, compte-tenu des possibilités qui sont apportées par le statut de Région ultra périphérique dont bénéficie notre île et par l’importance économique et environnementale de la canne ». Pour l’organisme consulaire, « les représentants de la profession, au sein de la Chambre d’Agriculture, sont confiants dans les multiples atouts que possède cette filière et sont plus que jamais déterminés à œuvrer pour pérenniser une production qui est indispensable à la stabilité de notre économie agricole ».

Campagne sucrière : le point au 20 septembre
49% de taux d’avancement au Gol et à Bois-Rouge
Un communiqué des industriels nous apprend que les usines sont presque à la moitié du taux d’avancement de la campagne sucrière 2003. Le Gol a reçu 456.920 tonnes de cannes sur 1 million 8.350 tonnes prévues cette années, pour sa part, Bois-Rouge a reçu 521.879 tonnes sur 983.000 tonnes prévues. Ensemble, les deux usines ont déjà réceptionnées 978.799 tonnes sur 1 million 991.350 tonnes, ce qui représente 49% de taux d’avancement.

Selon les industriels, la semaine dernière, « les pluies ont entraîné une forte diminution de la livraison des cannes de la part des producteurs » à l’usine du Gol : « mardi et mercredi notamment, la sucrerie a enregistré un manque d’approvisionnement d’environ 3.800 tonnes ». D’après les industriels, « compte tenu de la météorologie, la richesse n’a pas évolué et a été enregistrée à 13,71% ». Entre le 15 et le 20 septembre, 46.624 tonnes ont été reçues au Gol, 43.924 tonnes ont été traitées pendant la même période.

Concernant l’usine de Bois-Rouge, son activité « a été perturbée par les pluies ».

« Malgré les pluies, la richesse enregistrée à 13,87%, a connu une légère augmentation par rapport à la semaine précédente », précisent les industriels. 42.355 tonnes ont été reçues, 42.355 tonnes ont été traitées entre le 15 et le 20 septembre.


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Témoignages - 82e année


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