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8 juin, parCommuniqué du Parti communiste réunionnais
Parution
"La République coloniale, essai sur une utopie"
15 octobre 2003

L’essai sur "La République coloniale" « concrétise la volonté de chercher de nouvelles voies pour l’appréhension de l’histoire de la République durant la période coloniale ». Les auteurs en sont Françoise Vergès, Pascal Blanchard et Nicolas Bancel. Françoise Vergès, politologue, s’attache à définir « l’événement colonial et postcolonial au-delà des lectures économistes et des binarismes simplistes ». Pascal Blanchard et Nicolas Bancel sont historiens, spécialistes de l’Histoire et de la culture coloniales. Chacun a apporté sa réponse à la question "qu’est-ce que la République coloniale ?" À partir d’approches théoriques et interprétatives très différentes, en tenant le pari « d’une écriture à trois, travaillée par ces particularités ».
Contradiction des principes
L’essai s’articule en cinq parties qui traitent de la République coloniale, des origines de la nation coloniale, des droits et devoirs de la mission civilisatrice, de race et nation républicaine et des héritages de la République coloniale. Il est complexe à résumer, du fait de la pluralité des approches. Ceux qui connaissent déjà bien les écrits de Françoise Vergès et ses différents travaux présentés à l’occasion de colloques retrouveront dans cet « essai sur une utopie » les grands traits de ses analyses de la participation des Républicains français à l’aventure coloniale, à travers le projet de « construire un empire colonial où s’épanouiraient les idéaux de la République » -une République qui, récemment, « est revenue occuper le terrain politique et culturel ». Est-ce la même ? « Comment réactualiser la République, poursuivre sa démocratisation, si nous n’examinons pas ce qui constitua en son cœur même une contradiction de ses principes » ? C’est ce que s’attache à faire la première partie à travers de très nombreux rappels historiques et l’évocation d’un « révisionnisme colonial actuel » [qui] « trahit une résistance des personnalités de gauche comme de droite, à penser le passé colonial » (p.36).
Double langage
D’où le retour aux origines de la nation coloniale, la construction de l’Empire et son double langage : « liberté, égalité, fraternité » pour les uns, « sujétion, hiérarchie, exclusion » pour les autres. Les auteurs vont chercher chez les philosophes fondateurs de la pensée politique européenne (Locke, Hobbes, les philosophes des Lumières…) l’origine d’une « fracture entre République coloniale et République française ». Toute la littérature sur la terre de l’Autre (l’indigène) et la vraie façon de la mettre en valeur (p. 52 et sq.) accompagne les conquêtes d’expansion par lesquelles l’Europe s’est vidée de son surplus de population, dans le dernier tiers du 19ème siècle, sur le mythe de la « civilisation » à apporter au monde. Les récits de voyage, la littérature exotique ou l’essor de la cartographie sont évoqués parmi les « traits et attraits de l’idéologie coloniale » par lesquels les Occidentaux modifient leur perception de l’espace et assoient, sur le terrain colonial, « un extraordinaire laboratoire d’expérimentation sur la mise en pratique d’intérêts transversaux -alliance de l’école républicaine et des missions catholiques, de l’armée et de l’école, des administrateurs civils ou militaires, du capital et de l’État » (p.65). Il est dit aussi que la colonisation « sert de champ d’expérimentation à la République… »
"Mission"
Cette notion d’expérimentation est étroitement liée à la "mission civilisatrice" qui fait l’objet de la troisième partie de l’essai : de l’impératif de "civiliser les sauvages" à la "mission d’ingérence", dont l’actualité n’échappe à personne. « À travers le récit de l’Empire, la République coloniale récrit l’Histoire de France. C’est une Histoire sans rupture révolutionnaire, sans division de classe », note l’un des auteurs (p.84). Situation idéale dans laquelle prospère l’inégalité coloniale, passée au crible des interrogations, dans « race et nation républicaine », qui déplace la question de la citoyenneté des colonies au territoire de la République et aux hésitations dans le statut reconnu aux "indigènes" immigrés des anciennes colonies.
Au final, les auteurs constatent la difficulté de tourner la page de l’Histoire coloniale et les résistances à sa socialisation (intégration collective d’une analyse critique). « D’un côté, le discours de l’idéal républicain, l’affirmation de sa loyauté à sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité » et, de l’autre, la brutalité de la conquête coloniale et du système colonial, et, plus près de nous, la brutalité de la répression au lendemain de la Seconde guerre mondiale. D’un côté, le discours de la coopération et de l’aide, de l’autre, la préservation, quel qu’en soit le prix, des zones d’influence française dans ses ex-colonies, mais aussi les mesures discriminatoires (administratives, économiques), en France, contre les originaires des ex-colonies et l’impossible résolution d’une relation libérée du passé avec les Outre-mers » (p.130).
Dimension européenne et "ultrapériphérique"
Les auteurs débouchent sur plusieurs obstacles mis à la socialisation de l’Histoire coloniale, aux résistances auxquelles elle se heurte et réaffirment l’utilité collective de cette analyse, pour « déconstruire les fondements de son imaginaire » et surmonter les échecs qui attendent la société française si elle ne se donne pas les moyens de « construire l’identité de près d’un tiers de [sa] jeunesse "de France" originaire de cet ex-empire… ». Prétendre le faire « sans revenir sur la République coloniale, c’est aller droit à l’échec, à la rancœur et à la haine : c’est s’engager vers de nouveaux conflits, ici, en métropole et dans les Outre-mers », notent-ils pour finir, en donnant à cet impératif de « décolonisation des idées et des institutions » une dimension européenne et "ultrapériphérique".
| Pour aller plus loin |
|---|
| Georges Corm, "Orient Occident. La fracture imaginaire", Paris, La Découverte, 2002.
Achille Mbembe, "De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine", Paris, Karthala, 2000. Marc Ferro, "Le livre noir du colonialisme", R. Laffont, 1er trim. 2003. |
Communiqué du Parti communiste réunionnais
Mézami mi koné pa si étan pti marmaye zot l’avé la shanss an avoir dann zot lanvironeman in vyé méssyé otroman in vyé madam téi gate azot dizon (…)
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