Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Culture et société
L’identité réunionnaise vue par des Québécois et présentée par le FRAC
13 mai 2003

Le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) présente jusqu’au 23 mai dans toute l’île l’œuvre originale de deux artistes québécois. Ceux-ci ont eu l’idée de ’recenser’ La Réunion et de faire voir l’identité du peuple réunionnais sous la forme de 715 portraits (soit un habitant sur mille), filmés sur une ’vidéo d’attitude’. Pendant trois quarts d’heure, à raison de quelques secondes par portrait, l’identité réunionnaise - vue par des artistes venus d’un ’autre bout du monde’ - défile sous nos yeux, pareille à celle d’aucun autre peuple sur Terre.
"Road Island" est une projection itinérante en camion, que Jacky Georges Lafargue et Louis Couturier entament actuellement le long des villes réunionnaises jusqu’au 23 mai. « L’idée était d’éviter tous les clichés vantés par les guides touristiques et d’accentuer notre projection plutôt sur les visages des habitants de l’île. C’est d’accorder une grande part à la spontanéité. Ce qu’il y a de plus beau chez l’humain, c’est le portrait… », explique Jacky G. Lafargue.
"Road Island" a vu le jour grâce au travail précédent des artistes, effectué à Saint-Pierre et Miquelon, dont Jacky G. Lafargue est originaire. En 2001, 2.001 portraits ont été réalisés sur le même concept à Saint-Pierre et Miquelon. À partir de là, il était envisageable pour les protagonistes d’aller « de l’extrême Nord à l’extrême Sud » et d’envoyer une "démonstration" à Sully Fontaine, directeur du FRAC qui décida de les inviter.
La méthode employée fut toute simple : interpeller les gens dans la rue pour qu’ils déclinent leur identité. Ainsi, chaque portrait a pour principe d’être enregistré sur le même plan : « des épaules à la tête, tout le monde est ramené à la même taille. Il n’y a pas de hiérarchisation dans la présentation des personnages. Du directeur au chômeur, les personnes sont sur le même pied d’égalité », précise Louis Couturier.
Travaillant ensemble depuis treize années, les deux compères partagent la même philosophie. « Faire cette vidéo m’a permis de me libérer et d’élargir mes horizons. Ça m’a fait grandir, comme un gamin qui ne finit pas de rencontrer les gens. Ce qui est intéressant, ce sont les évidences vivantes et ce qui n’est pas palpable… Si un modèle ne nous donne pas son image, nous sommes impuissants... », souligne poétiquement Jacky G. Lafargue, se définissant comme « un concept lyrique ».
Sur écran, défilent non stop des visages de tous âges énumérant leur nom et leur prénom. Quatre autres télés installées uniquement pour le vernissage intègrent directement la vie quotidienne des Réunionnais en signifiant le déplacement de la voiture dans le paysage, présenté sous les quatre angles, avant, arrière, droit et gauche. « Les Réunionnais bougent. Ils n’habitent pas une ville mais La Réunion. Ils vivent dans un paysage et se déplacent notamment en voiture… Les seules contraintes que nous nous sommes imposées, c’était de filmer les villes, le long des routes nationales », assure Louis Couturier.
D’une durée de 43 minutes, « ces portraits participatifs » seront exposés sur les places publiques (marché forain, hôtel de ville…) en fin d’après-midi, après que l’on ait lancé un appel à la population par mégaphone, « comme pour les élections », s’enthousiasme Jacky Lafargue.
« Ceux qui vivent ici pourront se reconnaître et nous filmerons également les gens qui visionneront la vidéo… C’était volontaire de notre part de ne pas passer de commentaires personnels », soulignent les artistes. La tournée se terminera sur Saint-Pierre.
Comme le note Paul Ardenne, écrivain et historien de l’art, qui résume distinctement la qualité de l’œuvre des artistes : « c’est un travail toujours corollaire à une réalité immédiate… c’est de "l’esthétique participative", un phénomène d’interrelations immédiates entre l’artiste et la population. Une certaine façon d’abolir la distance ».
Comme la démarche de la Compagnie Acte 3, les artistes ont souhaité amener la structure aux gens et non les gens à la structure. La soirée de présentation de "Road Island" s’est terminée avec l’écrivain réunionnais Francky Lauret déclinant un poème sur l’identité : "Kisamilé ?"
Courrier des lecteurs
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