Réforme de l’OCM-Sucre

Seule la vérité due aux planteurs est porteuse de solutions

Sortir d’une « vision cantonale » du monde

27 septembre 2003

Depuis dimanche dernier, une réelle émulation dans les déclarations de divers dirigeants de la filière canne-sucre a placé sur le devant de l’actualité la défense de la filière. Son véritable enjeu est le sort réservé à des milliers de petits planteurs par le scénario de baisse des quotas et de baisse du prix garanti. Il est plus que temps de « faire preuve d’imagination » - disait Paul Vergès cette semaine - pour dégager des solutions réalistes et sérieuses. La commission paritaire de la canne et du sucre qui se réunira mardi prochain pourrait en être le premier pas.

Le suivi de la réunion des commissaires européens du 23 septembre par les soutiens politiques locaux du gouvernement, les milieux conservateurs et par "le Quotidien" restera dans les annales comme exemple de distorsion de l’information.
Paul Vergès, dans la conférence de presse du 25 septembre, a ironisé sur la « vision cantonale » des problèmes européens et mondiaux donnée à travers certains commentaires de presse. "Le Quotidien" en particulier s’est illustré par des commentaires empreints de préoccupations électoralistes et politiciennes.
Comme si la complexité du dossier de révision de l’Organisation communautaire du marché (OCM) et les arcanes de la politique européenne ne suffisaient pas, le journal du Chaudron a surtout montré son acharnement à épouser les vues des adversaires du président de la Région, à quelques mois des élections régionales. C’est dit avec cynisme dans un "billet d’humeur" accompagnant les "réactions" de l’Interprofession après le compte-rendu de la conférence de presse du 21 septembre tenue par le président de Région et ancien député au Parlement européen.
Sans revenir sur des formulations malheureuses qui témoignent d’une compréhension lointaine et retorse du problème, sur le fond, les commentaires les plus malveillants situent les questions posées par la révision de l’OCM sucre à un niveau de préoccupations électoralistes borné à des vues politiciennes sans envergure.

Tout danger n’est pas écarté

« Écartons cette tendance à ne voir les choses qu’à travers une dérive politicienne », disait Paul Vergès jeudi, en ironisant à propos du rapport Laffineur sur la présence d’une « taupe du PCR » dans l’entourage immédiat de M. Méhaignerie. Plus sérieusement, il va falloir défendre la prise en compte du 299-2 définissant les RUP (III, 330 - ex. 326) dans le futur Traité constitutionnel de l’Union européenne élargie à vingt-cinq membres. Paul Vergès a, là encore, commencé à actionner la sonnette d’alarme : ce n’est pas parce que les États réunis à Salonique ont approuvé le projet de Convention que tout danger est écarté pour l’avenir. La proximité de la prochaine Conférence intergouvernementale (CIG) et les positionnements qui vont s’y manifester à propos du Traité de Nice vont-ils amener nos commentateurs-péi à s’offusquer d’un « réveil tardif » de l’homme politique réunionnais dont la contribution a été décisive dans la définition du concept de RUP ? Va-t-on aussi le soupçonner de vouloir « redorer son blason » auprès des habitants des RUP ? Et que vont-ils trouver à dire au moment de l’entrée en vigueur de la réforme de l’octroi de mer, en janvier 2004 ?
À en juger par les réactions du "Quotidien", c’est une véritable conspiration des instances européennes, Commission et Conseil, pour mettre sur la table quelques-uns des dossiers les plus chauds à six ou sept mois des élections cantonales et régionales réunionnaises !

Le rôle d’un élu

Situer le débat à ce niveau a quelque chose de profondément affligeant quand on sait qu’il y va de la survie de milliers de petits planteurs. Et les réactions à l’alerte lancée dimanche dernier par Paul Vergès sont elles aussi très misérabilistes. Elles s’acharnent à reprocher au président de Région d’avoir joué son rôle de politique au moment où il le fallait, là où il fallait. C’est son rôle ! S’il ne l’avait pas fait, La Réunion entière aurait entendu un chœur de pleureuses dans son refrain préféré : "Que font les élus ?" Qu’un élu connaisseur des arcanes européennes intervienne et qu’il obtienne un résultat : les réflexes de l’assistanat agressif s’exposent dans la presse et sur les ondes ! Ce qui veut dire que l’appel à « sortir du ladi-lafé » lancé en octobre 2002 par le président de Région n’est pas encore entré dans les mœurs des principaux intéressés.
Un passage de l’intervention de Paul Vergès, l’an dernier, devant les participants au Colloque de Stella, prend aujourd’hui un air de prophétie : « Comment allez-vous unir les politiques de ce pays, ses décideurs et les secteurs de la filière professionnelle s’ils passent leur temps à s’insulter dans les pages des journaux, à se mettre en cause parce que leur destin individuel l’emporte largement sur le destin de la filière canne à sucre à La Réunion ? »

Ceux qui ont le plus à perdre

Nous sommes à un an de ce Colloque, qui en son temps a planté le décor et apporté tous les éléments pour comprendre les évolutions mondiales, les positionnements tactiques et stratégiques des grands groupes.
Mais depuis un an, quelles propositions ont émané de la filière canne/sucre pour sauvegarder l’activité des planteurs les plus fragiles ? Paul Vergès le démontrait déjà l’année dernière : les grands groupes, présents dans nos deux usines du Gol et de Bois-Rouge, ont eux-mêmes anticipé en achetant des terres au Brésil, en se préparant à produire depuis les PMA. Les usiniers de l’île ont assuré leurs arrières et, si l’on en juge par la situation en Martinique et en Guadeloupe, ils n’ont pas grand chose à craindre : les Hayot et autres usiniers d’une filière antillaise sinistrée se portent plutôt bien. Merci pour eux !
Ceux qui ont le plus à perdre d’un tournant mal négocié sont les petits planteurs, ceux dont l’arrêt de mort est implicite dans les déclarations bonasses d’un Jean-Bernard Hoareau (FDSEA), expliquant hier sur RFO qu’on peut sans problème lâcher « 30.000 ou 50.000 tonnes de sucre dans notre quota ». C’est-à-dire 450.000 tonnes de cannes…- un cinquième de la production actuelle - et combien de petits producteurs dont les récoltes ne seraient plus broyées ?! Bonjour le syndicaliste !
Les planteurs les plus démunis sont le premier enjeu des solutions à trouver, dans le découplage prôné par Bruxelles entre le soutien aux producteurs plutôt qu’au produit.
Si les dirigeants dans la filière, ceux qui s’arrogent le droit de parler pour les autres, ne concrétisent pas leurs appels à « l’union » et continuent à ne pas faire de propositions, ce sont ces petits planteurs qui vont prendre le choc.

Le temps presse

Il y a au moins un effet positif à l’appel lancé dimanche par le président de Région : l’unanimité s’est faite dans les déclarations pour la défense de la filière, qui revient sur le devant de l’actualité. Une véritable émulation s’opère pour mettre la sauvegarde de la filière canne-sucre au centre des préoccupations. Il reste à dire la vérité aux planteurs et à faire des propositions. Ce n’est que sur cette base que pourront surgir des solutions réalistes, sérieuses.
Nous n’en sommes pas encore là… Les contre-vérités, les diversions et les tromperies occupent encore trop le devant de la scène. Pourtant, le temps presse. Du temps, la profession en a déjà beaucoup perdu, ne serait-ce que depuis le Colloque de Stella, quand Paul Vergès invitait déjà ses acteurs à se concentrer sur l’essentiel : « Nous ne sauverons pas la filière canne-sucre à La Réunion si nous ne nous concentrons pas sur le problème humain », disait-il alors. C’était il y a déjà un an.
Il est temps, grand temps, de faire déboucher les proclamations d’unité actuelles vers l’affirmation positive de propositions collectives. La commission paritaire de la canne et du sucre qui se réunira mardi prochain pourrait en être le premier pas.


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