Environnement

Situation préoccupante dans les DOM

Utilisation de pesticides

6 octobre 2003

L’Institut français de l’environnement (IFEN) a rendu public le 1er octobre son rapport annuel sur les pesticides dans les eaux, qui concerne les résultats des analyses effectuées en 2001. La situation est préoccupante dans les DOM.

Selon le communiqué de l’IFEN, le réseau de surveillance s’étoffe encore cette année avec 5.400 points d’observation (ils étaient 3.000 en 1999/2000), mais il reste encore trop hétérogène « pour en tirer une image représentative et précise de la nature de la contamination, en durée et en intensité ». La variabilité de ce réseau ne permet en outre pas de comparer encore les résultats obtenus d’une année sur l’autre.
Depuis 1998, l’IFEN établit un bilan annuel de la contamination des eaux par les pesticides, à la demande du ministère de l’Écologie et du Développement durable. Le cinquième bilan, publié le 1er octobre, synthétise les informations de l’année 2001, exceptées celles concernant le littoral. La connaissance de la contamination s’améliore d’année en année : les territoires couverts par les suivis s’étendent, les méthodes d’échantillonnage s’homogénéisent.
Depuis cinq ans, se sont notamment déployés les réseaux des groupes régionaux "phyto" et le réseau national de connaissance des eaux souterraines. Cependant, les efforts sont à poursuivre afin d’améliorer la qualité des données ou de réduire les temps de mise à disposition de l’information au niveau national.

Partout

Les pesticides sont présents sur la majorité des stations échantillonnées en 2001, plus souvent dans les eaux de surface (dans 73% des stations concernées, on a retrouvé au moins une fois une des substances actives recherchées) que dans les eaux souterraines (57%), dans des proportions telles que les milieux aquatiques peuvent être perturbés ou les seuils admissibles pour la production d’eau potable sans traitement spécifique des pesticides dépassés. La seule surveillance des captages d’alimentation en eau potable met cependant en évidence des ressources bien protégées.
Ces ressources permettent d’alimenter sans traitement spécifique d’élimination de pesticides un grand nombre de réseaux d’eau potable. Néanmoins, près de la moitié du volume d’eau superficielle utilisé pour la production d’eau potable ne permet pas leur distribution sans mesure appropriée.

Préoccupants

Dans les départements d’outre-mer, les réseaux de surveillance des pesticides sont en cours de structuration. Les résultats du contrôle sanitaire, des réseaux régionaux "phyto" ou d’études particulières font état de niveaux de contamination très préoccupants en Martinique et en Guadeloupe, notamment à cause de la présence d’insecticides interdits depuis plus de 10 ans.

Interdictions et contrôle

En termes d’évolution, et bien que les moyens consacrés à l’observation des pesticides dans les eaux continentales métropolitaines croissent d’année en année, il est encore délicat de dresser des conclusions générales. Des tendances peuvent être dégagées pour certains pesticides largement recherchés, disposant de méthodes analytiques éprouvées (comme pour le lindane, montrant une tendance à la baisse) mais, généralement, une analyse très approfondie des données reste nécessaire.
Le programme de réduction des pollutions par les produits phytosanitaires, lancé en août 2000, se poursuit. Des mesures de gestion du risque ont été prises par le ministère chargé de l’Agriculture pour limiter la présence de substances actives dans les eaux. C’est le cas par exemple des triazines, interdites en 2003, et qui, en 2001, étaient toujours les plus fréquemment retrouvées -avec leurs produits de dégradation- dans les rivières et les nappes.

Produits phytosanitaires
"Mieux" utiliser les pesticides

Les produits phytosanitaires, dont les pesticides, doivent être utilisés "moins" et "mieux", a déclaré vendredi le ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard, suite à ce rapport.

Le plan du ministère de l’Agriculture « vise à réduire significativement la quantité de pesticides utilisée en France et à améliorer les pratiques agricoles par la promotion de pratiques respectueuses de la santé publique et de l’environnement », a rappelé Hervé Gaymard dans un communiqué.

Ce plan s’est déjà traduit par « l’interdiction en 2002 de 500 substances actives évaluées comme toxiques pour l’homme et l’environnement ».

Particularisme ultra marin

Des niveaux de contamination des eaux en pesticides « très préoccupants » ont été relevés en Martinique et en Guadeloupe, selon le rapport de l’IFEN.

Pour le ministère, « la situation des départements d’outre-mer est liée à leurs particularités géographiques, climatiques, topographiques, économiques qui nécessitent l’emploi de produits phytosanitaires spécifiques notamment dans les traitement des bananeraies et des cultures maraîchères ».

Hervé Gaymard rappelle que, dans les DOM, il a notamment fait engager « des travaux de recherche pour fixer des limites de résidus en tenant compte des habitudes alimentaires (...) et un travail agronomique et de conseil aux agriculteurs visant à la réorientation des productions et l’emploi raisonné des produits phytosanitaires ».

Les pesticides, des substances chimiques utilisées dans l’agriculture pour combattre les insectes et parasites (insecticides, fongicides) ou les mauvaises herbes (herbicides), peuvent représenter un danger pour l’environnement et la santé humaine (cancers, fertilité masculine, troubles du système endocrinien).

Les pesticides dans les DOM
Voici le passage du rapport concernant les DOM.

« Dans les quatre départements d’outre-mer, le contrôle sanitaire effectué par les DDAS en 2000 et 2001 concernait une centaine de captages en eau superficielle et souterraine, sauf en Guyane où seules les eaux de surface ont fait l’objet d’un suivi. C’est en Guyane que le plus ancien réseau d’observation des pesticides a été mis en place. Depuis 1996, les eaux superficielles de trois zones agricoles sont surveillées par un réseau de dix stations. En 2001, 28 substances ont été recherchées.

En Martinique, les dix stations du réseau patrimonial de suivi des pesticides dans les eaux de surface sont installées à l’exutoire des bassins versants dont l’activité agricole est importante. Elles sont échantillonnées depuis 2000 et environ 260 substances sont recherchées. Sur les treize stations du réseau de l’Observatoire réunionnais de l’eau (dont neuf en eau souterraine), huit substances ont été recherchées en 2000 et 2001.

Le réseau régional de suivi des pesticides en Guadeloupe sera mis en place en 2003. Les résultats des campagnes 2000 et 2001 confirment la pollution mise en évidence en 1998, sauf en Guyane. Des insecticides comme le chlordécone, ß-HCH (utilisé autrefois pour la culture de la banane) se retrouvent fréquemment dans les eaux martiniquaises, parfois à des teneurs importantes (plusieurs microgrammes par litre), alors qu’elles sont interdites depuis 1993 et 1987. Des fongicides (bitertanol) et des herbicides (bromacil, triazines) sont également présents.

À La Réunion, on retrouve essentiellement dans les eaux superficielles ou souterraines des herbicides, principalement des triazines et occasionnellement du diuron à des teneurs inférieures à 2 microgrammes par litre, mais aussi du chlorpyriphos.

En Guadeloupe, les données du contrôle sanitaire de 2000 et 2001 mettent en évidence une contamination des eaux destinées à la consommation humaine d’une plus grande importance que celle identifiée en 1998. Le chlordécone, et dans une moindre mesure la dieldrine, sont présents, à des teneurs largement supérieures aux normes d’eau potable, et ce, dans les eaux de surface mais aussi sur un captage en eau souterraine.

Sur les dix points de surveillance des eaux superficielles du réseau guyanais, aucune substance n’a été quantifiée contrairement aux résultats obtenus en 1998/99 où des insecticides de la famille des pyréthrinoïdes avaient été mesurés.


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