Culture et identité

Souvenons-nous du combat des révoltés de 1811

Du 5 au 10 novembre à Saint-Leu

30 octobre 2003

Yvrin Rosalie et Jean-Bernard Zopire, du collectif associatif saint-leusien, avaient donné rendez-vous hier à la presse, afin de présenter les manifestations qui commémoreront un événement important et méconnu de notre Histoire : la révolte contre l’esclavage de 1811 à Saint-Leu. Cette année, l’accent sera mis sur le maloya et le moringue, deux symboles longtemps interdits de la résistance aux injustices.

À l’époque où La Réunion était gouvernée par les Britanniques, le 5 novembre 1811, Élie, Jules et Prudent ont été à l’initiative d’une réunion qui s’était tenue à la ravine du Trou, entre Saint-Leu et les Avirons. Plusieurs dizaines d’esclaves avaient répondu à l’appel de leurs camarades. Leur objectif : briser les chaînes de l’esclavage. Ainsi commença la plus importante révolte contre le régime raciste et le travail forcé qui eut lieu avant 1848. De ce mouvement de lutte pour la liberté, on ne sait pas grand chose, si ce n’est qu’il a duré jusqu’au 11 novembre, que des "maîtres" et des marons ont été tués, et qu’il s’est conclut par une sévère répression orchestrée par une justice aux ordres des esclavagistes au pouvoir. Un procès a ainsi eu lieu dans ce qui est aujourd’hui la cathédrale de Saint-Denis, avec des verdicts connus d’avance : les fers, le bannissement ou la mort. Ce fut pourtant une vengeance bien inutile car 37 ans plus tard, la certitude des maîtres de l’époque qui croyaient l’esclavage éternel allait être ébranlée.

Des enseignements

Cet épisode de notre Histoire est exemplaire à plus d’un titre. Ainsi, il révèle les complicités qui existaient à l’époque entre ceux qui profitaient d’un crime contre l’humanité pour prospérer, ceux qui justifiaient l’esclavage en utilisant la religion, et une justice qui avait pour objectif de veiller à ce que toute tentative de renverser un régime raciste soit sévèrement réprimée, que le gouverneur soit français ou britannique. Il met également en évidence toute la difficulté qu’il y a de remettre en cause une société injuste et de libérer les esprits de ceux qui souffrent le plus des injustices d’un sentiment de résignation et de complicité avec l’ordre établi.
Les révoltés de 1811 voulaient étendre le mouvement de liberté à toute l’île, afin d’en finir avec l’esclavage. D’après les écrits qui existent sur cet événement, ils ont été trahis par une des leurs, appelé Figaro. Pour récompenser ce dernier, les dominants de l’époque lui ont offert une concession dans le cirque de Cilaos, d’où l’origine du chemin Figaro, ainsi qu’une pension à vie pour le remercier d’avoir contribué à un mouvement progressiste. Mais cette partie de notre Histoire nous apprend également que, malgré les moyens dont ils disposent pour diviser, afin de conserver leurs privilèges, ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change dans la société ne font souvent que retarder l’échéance. La répression de la révolte de 1811 n’a pas empêcher les Réunionnais de commencer à se libérer de l’esclavage quelques décennies plus tard.

Résistance

Pour que nous puissions nous souvenir de ce moment important et méconnu de notre Histoire, une commémoration se déroule depuis 3 ans à Saint-Leu. Est prévue une série de manifestations entre le 5 et le 10 novembre prochains sous l’impulsion du collectif associatif saint-leusien. Une commémoration où seront particulièrement mis en valeur le maloya et le moringue, deux symboles de la résistance à l’injustice longtemps interdits par les pouvoirs qui se sont succédé, comme le rappelle Yvrin Rosalie, du collectif associatif saint-leusien.
À partir du 5, il sera possible de visiter une exposition au musée de Stella sur le thème du Code noir et de la traite : présentation d’article du texte de loi qui légitimait l’esclavage, de maquettes de bateaux négriers et de tableaux. On pourra ainsi découvrir les œuvres du peintre mauricien Sylvain Lacorne.
Le 7 novembre, une randonnée permettra de découvrir un des principaux lieux de résistance à l’injustice de notre pays : la région de Piton Rouge, haut lieu du maronnage. Un départ en bus est prévu le matin devant le parc du 20 décembre, en face de la mairie de Saint-Leu. Le car déposera ensuite les marcheurs au départ du sentier de Piton Rouge. L’itinéraire conduira ensuite jusqu’à la caverne du roi Phaonce.

Sobatkoz et kabar

Le samedi 8 novembre, à partir de 14 heures, un grand sobatkoz se tiendra à Stella Matutina. Les historiens, Philippe Bessière et Gilles Gérard, et l’anthropologue, Georges Tergimina, animeront les débats. Il sera question de notre Histoire, des séquelles de l’esclavage et de la persistance aujourd’hui de ce crime contre l’humanité, ainsi que de la réparation.
Le lendemain, rendez-vous est donné au parc du 20 décembre à 15 heures pour un défilé qui ira jusqu’à la plage de Saint-Leu au son des tambours et des djembés, afin de se rappeler que la plupart de nos ancêtres sont venus en bateau et ont débarqué sur nos côtes après un voyage éprouvant. Ensuite, la journée sera conclue par un grand kabar à la Ravine, lieu de spectacle bien connu, à partir de 16 heures. D’après les organisateurs, on pourra compter sur la présence de Zangoun, Zarlor, Argo groupe de gospel du Port, l’association Cœur saignant, Patrick Manan, Kayambé, Kèr maron et Lanmb sim.
Parallèlement à tout cela, Yvrin Rosalie annonce également des actions de sensibilisation dans les écoles.

Projets

Il évoque également le projet d’une stèle, monument en hommage à ceux qui, le 5 novembre 1811, ont risqué leur vie pour en finir avec un crime contre l’humanité. Le collectif propose un emplacement appelé "la Cafrine", derrière la mairie au bord de la mer, afin que le plus grand nombre de Réunionnais puisse se l’approprier. Une idée qui pour le moment ne recueille pas l’accord de la municipalité.
Cette dernière voudrait plutôt voir la stèle se construire dans un endroit plus discret, à côté de la "batterie des Sans-culottes", deux canons qui surplombent l’entrée de la ville au-dessus de la ravine de la Fontaine. Une situation qui démontre combien il est encore aujourd’hui difficile pour bien des Réunionnais d’assumer leur Histoire. Ce qui ne fait que renforcer la pertinence de l’initiative du collectif saint-leusien.
Par ailleurs, le collectif compte l’an prochain donner une nouvelle impulsion à cette commémoration, 2004 sera en effet l’Année mondiale de lutte contre l’esclavage. Peut-être qu’en accédant aux archives britanniques, il sera possible d’en savoir davantage sur cet événement important et méconnu de notre Histoire, dit en substance Yvrin Rosalie.


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Messages

  • Qui oserait nier le crime qu’a été l’esclavage.Les pratiques de cette époque aussi condamnable qu’elles soient ne doivent pas occulter la grande tolérance raciale et religieuse qui caractérise notre ile,je voulais dire votre ile car bien qu’amoureux de La Réunion je suis métro.J’ai bien noté le ton modéré de cet article mais je voudrait mettre l’accent sur la nécessite de prendre en compte et d’informer que ces faits datent de plus d’un siècle et qu’il pourrait être dommageable de prendre le risque de raviver un ressentiment légitime à l’époque.De plus le métissage important qui donne de La Réunion cette image heureuse au monde entier ne nous incite t’il pas à déduire et à s’interroger,qui est blanc,qui est noir ,qui est totalement descendant d’esclave,qui est totalement descendant de "maitre".Entretenons le souvenir ,informons nos jeunes de la réalité de l’histoire aussi dérangeante qu’elle puisse étre mais de grace soyons prudents.
    A bientôt chez vous où il me tarde de revenir


Témoignages - 82e année


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