Agriculture

« Ti pa, ti pa, na arivé… »

Éleveurs en difficulté à la DAF puis à la Région

17 septembre 2003

Ils l’avaient promis après la réunion de vendredi dernier à Saint-Pierre, et ils ont tenu parole : les éleveurs, durement touchés par les dernières intempéries (pluie et froid), sont venus se faire entendre hier à Saint-Denis. D’abord devant les locaux de la Direction de l’agriculture et de la Forêt (DAF) puis à la Région.
La situation dans laquelle se trouvent ces éleveurs, résumait un responsable syndical, ne leur laisse guère d’autre alternative que d’alerter les pouvoirs publics afin qu’une solution soit rapidement trouvée. Une situation que l’on peut aussi résumer par ce dicton bien de chez nous : "zanfan i plèr pa i gagne pa tété". À la DAF, la rencontre a commencé par ce qu’un éleveur présent a qualifié « d’explication de texte ». Autrement dit, alors que l’on était parti il y a moins de quinze jours encore sur une procédure de calamité agricole, il s’avère que globalement, même si les situations des différents éleveurs sont très disparates, le taux moyen de 27,7% de pertes ne serait pas atteint.
Or, font valoir avec raison les responsables professionnels, ce chiffre cache des situations parfois alarmantes. Et c’est donc pour répondre à ces situations qu’une autre piste a été explorée, permettant de mobiliser des fonds de l’État qui pourraient être abondés par la Région pour une aide plus ciblée en direction de ceux qui ont été le plus durement touchés.
Concrètement, dès la semaine prochaine, les éleveurs recevront un formulaire dans lequel ils devront faire figurer tous les éléments relatifs à leur situation personnelle, et notamment leur niveau d’endettement. Ce formulaire devra être retourné à la DAF avant le 6 octobre.
Parallèlement, la DAF mettra en œuvre les moyens nécessaire au traitement de toutes ces informations qui seront examinés lors d’une réunion qui se tiendra le 13 novembre. Enfin, la DAF s’est engagée à mobiliser dans le cadre de ce dispositif, les crédits pour venir en aide aux quelque 60% d’éleveurs qui ont connu des pertes qui s’échelonnent entre 15 et 60%.

Après la DAF, direction la pyramide inversée du Moufia, où une délégation a été reçue dans l’après-midi. Là, dans un premier temps, les responsables de la Région devaient rappeler leur position, à savoir que jusqu’à présent, elle est la seule à avoir mis la main au porte-monnaie en débloquant une subvention exceptionnelle de 105.000 euros et ce, avant même qu’un premier bilan ne fixe l’étendue des dégâts.
Une façon aussi de montrer que si l’on n’est pas insensible - loin s’en faut - à la détresse d’un certain nombre d’éleveurs, il appartient aussi à l’État de prendre ses responsabilités. En tout état de cause, il est difficile pour la Région d’aller plus loin en l’absence de réaction significative de l’État. Un État qui est loin d’avoir fait pour les éleveurs réunionnais ce qu’il a fait pour les éleveurs métropolitains, avec mobilisation de l’armée pour livrer de la paille aux victimes des calamités etc…
Cela dit, dans le cadre de la procédure actuelle, dont les éleveurs ont discuté avec la DAF, le Conseil régional prendra toute sa place dans le cadre de régimes et de dispositifs existant.
Enfin, l’avancée la plus significative concerne la mobilisation des 105.000 euros débloqués par la Région pour financer à hauteur de 50% l’achat d’aliments pour bétail. Il s’avère en effet que ces crédits n’ont pas encore été utilisés et ce pour une raison bien simple : les éleveurs devaient faire l’avance de la somme totale pour être ensuite remboursés de 50% de leur achat sur présentation de factures. Or, si la mesure part d’un bon sentiment, dans la pratique, les éleveurs ont de grosses difficultés de trésorerie et bien souvent n’ont pas la possibilité de faire l’avance des 50% remboursables.
En foi de quoi, il a donc été décidé hier, lors de l’entrevue à la Région, que les éleveurs concernés n’auront plus à faire l’avance des 50%. Une mesure qui, si elle ne règle pas le problème dans son entier, constitue malgré tout une aide importante. Comme le disait en plaisantant hier un éleveur : « dousman, dousman, i avance. Ti pa, ti pa, na arivé… ».


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