Social

Totale relaxe pour les syndicalistes

Quatre dirigeants de l’Union régionale Sud de la CGTR accusés de saccage, coups et menaces de mort par le patron de Vogue :

24 octobre 2003

Trois hommes et une femme dans le box des accusés, hier, au tribunal correctionnel de Saint-Pierre, avec un point commun : ce sont tous des dirigeants de l’Union régionale Sud de la CGTR. S’ils se retrouvent ainsi traînés en justice, c’est parce qu’un patron, en l’occurrence celui de Vogue, a cru trouver justice en l’épilogue d’une grève qui restera dans les annales de la lutte syndicale.
L’affaire remonte à 1999. Cette année-là, des employés de la chaîne de magasin Vogue se mettent en grève avec l’appui de la CGTR pour dénoncer leurs conditions de travail. À l’issue d’une grève qui aura duré près de deux mois, un accord est trouvé et un protocole rédigé entre les différentes parties. On pourrait croire que tout allait rentrer dans l’ordre, mais c’était sans compter sur la volonté patronale de ne pas tenir compte du protocole mettant fin à la grève. En signe de protestation, une manifestation est organisée devant la sous-préfecture de Saint-Pierre afin de demander au représentant de l’État de faire respecter le droit du travail. Une seconde manifestation est organisée devant le magasin Vogue de Saint-Pierre, rue des Bons Enfants. Suite à cette action, quatre dirigeants de l’URS CGTR sont accusés par le patron de Vogue de saccage dans le magasin, de coups, blessures et de menaces de mort. Pourtant, fait remarquer Pierre Boisvilliers, secrétaire régional de l’URS, cette manifestation s’est déroulée sous les yeux de nombreux policiers et d’un officier des Renseignements généraux.
Suite à la plainte déposée par le patron de Vogue, Pierre Boisvilliers, Marlène Derfla, Jean-Baptiste Taïlamée et Alix Clain se retrouvent convoqués chez le juge d’instruction et mis en examen. Comme par hasard, les accusations du patron sont appuyées par des témoignages "spontanés" d’employés du magasin Vogue de la rue des Bons Enfants. Puis, ces mêmes employés, fatigués des pressions exercées à leur encontre reviennent sur leurs déclarations et écrivent au procureur pour expliquer dans quelles conditions ils ont été amenés à témoigner : menaces, pressions, harcèlement…
Hier, dès l’ouverture de l’audience, c’est le tribunal qui se demande si les faits reprochés aux quatre responsables syndicaux ne tombent pas sous le coup de la loi d’amnistie. Une position que ne partageait bien évidemment pas l’accusation. Après une première interruption d’audience, le tribunal estimait qu’effectivement, les faits reprochés aux quatre syndicalistes tombaient bien sous le coup de la loi d’amnistie et qu’il n’y avait donc plus lieu de statuer sur le fond de l’affaire. Déboutée au pénal dans ce que l’on pourrait qualifier de harcèlement anti-syndical, l’accusation maintenait sa demande de dommages et intérêts. Demande jugée irrecevable car non déposée dans les délais impartis par la loi. Si l’accusation a été déboutée tant au pénal qu’au civil, la CGTR, tout en estimant qu’il s’agit là d’une victoire, explique qu’elle était prête à aller jusqu’au bout de l’affaire. Après ce jugement, l’accusation dispose d’un délai de dix jours pour faire appel.


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Témoignages - 82e année


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