Spectacle

Tour du monde en miniatures

Le théâtre des "Petites fables" d’Agnès Limbos à La Réunion.

13 novembre 2003

Agnès Limbos, son théâtre dans sa valise, nous arrive de Belgique, tout près de Bruxelles, où se trouvent son atelier et sa compagnie itinérante Gare Centrale, créée il y a vingt ans et subventionnée par le gouvernement belge. Son théâtre d’objets se produira, à l’occasion d’une tournée de trois semaines, au Théâtre du Grand Marché à Saint-Denis, en passant par la scène Les Bambous de Saint-Benoît, qui co-réalise cette tournée aux côtés du Centre dramatique de l’océan Indien et avec le soutien de l’Office national de diffusion artistique (ONDA), pour terminer avec Le Séchoir de Saint-Leu.
« C’est un spectacle intelligent, malin et sans complaisance », nous confie Robin Frédéric des Bambous pour qui l’objectif est de « faire découvrir des auteurs ou des formes innovantes ». Il qualifie le travail d’Agnès Limbos comme étant du « Théâtre d’aujourd’hui, où l’absence de mot raconte quelque chose ». « Il me le faut ! », voilà ce que se sont dit Robin Frédéric et Stéphane Maisonneuve du Théâtre du Grand Marché quand, à des moments différents, sans concertation, ils ont été tous deux séduits par le spectacle d’Agnès Limbos et ses objets.

« Je demande à l’imaginaire de travailler »

Cette comédienne de formation n’a pas attendu que la comédie lui ouvre ses portes : elle a fait le choix de mettre à profit son inspiration, son imagination pour baisser, devant un public familial, le rideau du théâtre de ses "Petites fables". « J’ai commencé par de petites représentations dans ma cuisine. Déjà enfant, j’adorais les objets, reproduire des paysages, des maquettes. Il y a de la fascination dans l’objet qui prend vie soudainement parce que quelqu’un le prend avec sa main, le fait bouger, le regarde, le pose, le "manipule" et nous renvoie une forme poétique ». Au travers de quatre décors qu’Agnès Limbos fait et défait tout au long du spectacle, constitués, tour à tour, de figurines plastiques, de briques empilées, de personnes représentées uniquement par de petites chaussures et un pantalon prenant vie grâce aux doigts de la fée Limbos…, ce sont quatre escales qui sont proposées, en Afrique, en Autriche, en Espagne, et dans les banlieues, tous pays confondus, ce sont quatre histoires contemporaines, sur fond « d’une petite critique ouverte », rajoute l’auteur. Les thèmes abordés sont ceux du quotidien, la vie, l’amour, l’abandon…, ils s’entrechoquent et se rencontrent. Le soleil, le cœur, le couteau sont des objets récurrents, des signifiants qui symbolisent les changements de saisons, d’humeurs. « C’est un spectacle violent mais pas agressif. Les adultes y trouveront du cynisme, alors que les enfants adoreront ne serait-ce que pour le jeu du couteau. Je pense que ce n’est pas faire un cadeau à l’enfant que d’ignorer la violence et les "Petites fables" permettent un questionnement quant aux notions de justice et d’injustice qui peuvent apparaître ». C’est pourquoi Agnès Limbos insiste sur l’âge minimum requis pour pouvoir assister au spectacle -à partir de huit ans- car, « à cet âge-là, l’esprit critique est en éveil, alors qu’un enfant trop jeune interprétera mal (…), j’essaie de donner aux enfants une alternative poétique face à une société où l’imaginaire est mis en péril, où les jouets de grande consommation, les dessins animés commercialisés sont devenus des références : alternative ludique face à une rigueur politique, à une violence quotidienne et à un nivellement de la pensée ». Le jeu des lumières, le chant, les onomatopées, le tout saupoudré d’un peu d’espagnol, concourent à l’originalité de la création. « Même si j’emploie l’espagnol, celui n’est pas le langage du spectacle. Le texte n’est pas un moteur, l’histoire se véhicule autrement, sans barrière de langue ».

Un théâtre "intimiste"

La configuration des salles qui accueillent les "Petites fables" ne dépassent pas la centaine de places, alors que "l’aire de jeu" de la conceptrice se limite quant à elle « à la grandeur d’une table de petit-déjeuner mais sur laquelle l’imaginaire s’impose ». Agnès Limbos, qui s’inspire de ses sensations comme de l’actualité pour donner vie à ses fables modernes, parle de rapport triangulaire entre le public, les objets et elle. L’attention du spectateur est pleinement sollicitée pendant les quarante-cinq minutes du spectacle, comme un effet de zoom, les yeux sont braqués tour à tour, soit sur la "manipulatrice", soit sur les objets eux-mêmes. « Je suis également spectateur de ce que je fais, et c’est la complicité avec le spectateur qui permet plus de liberté, de passer de la violence à l’humour (…), je mets en forme mes propos, puis mise sur l’intelligence du spectateur, pour ce qui est des enfants, ils captent ».

Programmation des représentations des "Petites fables"
• Théâtre du Grand Marché à Saint-Denis :
- vendredi 14 et samedi 15 novembre à 20 heures,
- dimanche 16 novembre à 18 heures,
- mardi 18 novembre à 20 heures,
- mercredi 19 novembre à 15 heures.

Réservation au 0262 20 96 36, du lundi au vendredi de 11 à 18 heures. Tarif : de 8 à 15 euros.

• Les Bambous, scène conventionnée de Saint-Benoît :

- vendredi 21 novembre à 20 heures 30

- samedi 22 novembre à 16 heures
Réservation au 0262 50 38 63.

Tarif : de 5 à 13 euros.
• Le Séchoir, scène conventionnée de Saint-Leu :

- vendredi 28 novembre à 20 heures 30

Réservation au 0262 34 31 38.

Tarif : de 5 à 15 euros


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